Le soleil se lève sur Eliosys, testeur de panneaux solaires

18/04/12 à 18:51 - Mise à jour à 18:51

Source: Le Vif

Eliosys est un laboratoire liégeois, sans équivalent en Belgique, dont la spécialité est de tester les panneaux solaires en simulant les multiples contraintes auxquelles ils seront soumis dans leur environnement. La jeune entreprise va bientôt s'agrandir et accroître ses compétences.

Le soleil se lève sur Eliosys, testeur de panneaux solaires

© Eliosys

Vent, pluie, grêle, foudre, gel... La nature mène la vie bien dure aux produits technologiques que sont les panneaux solaires. Pour s'assurer que leurs panneaux tiendront le coup et continueront de longues années à remplir leur office, les fabricants les font donc tester. Les laboratoires capables de mener ces essais ne sont cependant pas nombreux. Eliosys, à Liège, est l'un d'entre eux.
Eliosys est né au sein du Pôle d'Ingénierie des Matériaux, sur le campus du Sart-Tilman. Dans une première version, le projet lancé par le consortium des centres de recherche était destiné à tester les matériaux (industriels, de construction...), en recréant les conditions rencontrées dans l'environnement : chaleur, humidité, rayonnement solaire... Réorienté, il a débouché à la mi-2009 sur la création d'un laboratoire des technologies solaires, principalement photovoltaïques. Dans ce domaine, en pleine évolution, les nouveaux développements sont permanents et les besoins d'évaluation vont croissant.

Deux ans et demi plus tard, la jeune entreprise dirigée par Julien Thiry (qui en est aussi l'actionnaire principal, aux côtés de Meusinvest), est en pleine croissance. À l'étroit dans les 100 m² qu'elle occupe, elle déménagera début mai dans de nouveaux locaux, deux fois plus vastes, sur le même site. Mais surtout, elle disposera de nouveaux équipements qui lui permettront d'étendre ses compétences.

Climat à la demande

Le fleuron d'Eliosys, c'est la chambre climatique, qui permet de simuler le climat "à la demande", 24 heures sur 24 et toute l'année, en s'affranchissant des (vraies) conditions extérieures. C'est une grande boîte de 2 x 1,15 m, où l'on peut générer des températures de -70 à +120 °C, faire varier l'humidité de 30 à 90 % et recréer le rayonnement solaire, de l'ultraviolet à l'infrarouge. "L'ultraviolet influence le vieillissement du panneau et l'infrarouge détermine la montée en température, dont dépend le rendement des panneaux photovoltaïques, explique Nicolas D'Août, responsable des tests climatiques. La chambre permet de tester la résistance des panneaux aux conditions climatiques et de vérifier les mesures de puissance annoncées."

L'outil a été construit par un consortium d'entreprises euro-américain, en fonction d'un cahier des charges dressé par Eliosys. "Tous les autres bancs d'essais ont été conçus et assemblés par nos propres soins." Les autres bancs, ce sont des équipements qui permettent de recréer diverses contraintes mécaniques : effet du vent, poids de la neige, impact de la grêle (à l'aide d'un canon qui tire des glaçons sur le panneau, auquel rien ne sera épargné !)... Il est même possible de soumettre les panneaux à l'impact de la foudre. Au total, Eliosys peut effectuer une cinquantaine de tests différents. "L'avantage de posséder nos propres bancs d'essais, c'est la souplesse. Nous sommes parfaitement capables de concevoir un banc spécifique pour un client. Avec l'aide de l'ULg, nous avons par exemple créé, à la demande d'un gros fabricant de verre, un test d'érosion éolienne qui simule un vent chargé de sable."

L'implantation au Sart-Tilman et la proximité avec l'ULg permet à Eliosys de bénéficier de partenariats utiles, notamment avec Sirris (le centre collectif de l'industrie technologique belge), le CRM (centre pour la recherche en métallurgie) ou encore le CEWAC (centre d'étude d'assemblage et de contrôle des matériaux). Depuis le mois d'avril, le laboratoire possède en outre la certification ISO 17025 (qui porte sur les exigences de compétence pour effectuer des essais et des étalonnages).

Recréer la course du soleil

Unique en Belgique, Eliosys n'a que peu d'équivalents ailleurs. En dehors de la TÜV allemande, qui domine le marché des tests solaires, il n'existe guère plus d'une quinzaine de laboratoires comparables dans le monde. "Mais la plupart sont financés par des fonds publics, alors que nous sommes une entreprise privée, constituée en SA", précise Nicolas D'Août.

Ses clients ne sont pas seulement des fabricants de panneaux - guère nombreux en Belgique, si ce n'est Issol, à Dison - mais aussi des fabricants de composants, des importateurs, des installateurs. La filière solaire belge comprend à peu près tous les éléments qui font un panneau : on produit dans notre pays des cellules photovoltaïques (Photovoltech, à Tirlemont), du verre spécialisé (AGC, ex-Glaverbel, à Seneffe), des silicones industriels (Dow Corning, à Seneffe également), sans oublier la recherche en électronique (IMEC, à Louvain). Pour toutes ces entreprises, Eliosys est un partenaire naturel en recherche et développement.
"De plus en plus, nos clients sont aussi des importateurs, qui veulent tester le matériel qu'on leur propose, ou des installateurs ; surtout depuis la fin des primes. Il faut savoir que la plupart des panneaux solaires vendus chez nous viennent de Chine et qu'ils peuvent présenter des écarts de qualité importants. Cela se remarque surtout dans le vieillissement. On y trouve de tout, le pire comme le meilleur. Il est déjà arrivé qu'un importateur refuse un lot après l'avoir testé chez nous." Les autres acteurs du marché sont principalement américains, allemands et, désormais aussi, indiens. "La Belgique occupe une place modeste, mais avec une expertise reconnue à l'échelle internationale."

Eliosys, qui ne compte à ce jour que trois ingénieurs, a réalisé l'année dernière un chiffre d'affaires d'environ 200.000 euros, équitablement réparti entre Wallonie et Flandre, avec quelques clients français ou néerlandais. La jeune entreprise espère bien doubler ce chiffre en 2012, mais il n'est cependant pas encore question de bénéfices : il faut d'abord amortir les investissements, qui atteindront cette année le million d'euros.

Eliosys vient en effet d'investir dans un deuxième simulateur, plus grand (2 x 2,6 m). "Ce sera un outil unique en Europe, qui nous permettra de recréer la course du soleil, avec son angle d'incidence sur le panneau, selon les moments de la journée et de l'année. Nous pourrons simuler toute une année en une quinzaine de jours. Grâce à cette nouvelle chambre, nous pourrons étendre nos essais sur les panneaux thermiques." Eliosys vient par ailleurs de lancer une nouvelle activité de tests de pompes à chaleur, pour lesquelles il n'existait pas encore de laboratoire certificateur en Belgique. Les premiers tests ont eu lieu au mois de mars. Et ce n'est pas tout : "En dehors de l'énergie, nos tests climatiques intéressent aussi d'autres secteurs, dont la construction, l'armement ou les textiles, qui nous adressent des demandes."

Pour répondre à cette croissance, l'entreprise s'apprête à engager un premier collaborateur commercial "parce que trois ingénieurs ne font pas un bon commercial, sourit Nicolas D'Août. C'est un autre métier, dans lequel les ingénieurs ne sont pas à l'aise. Nous avons besoin de quelqu'un qui puisse nous représenter sur les salons et rencontrer les clients."

EMMANUEL ROBERT

En savoir plus sur:

Nos partenaires