Gérald Papy
Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Opinion

14/05/12 à 11:15 - Mise à jour à 11:15

Le serviteur de la République

La France a à peine tourné la page de Nicolas Sarkozy que, déjà, son successeur élu, François Hollande, est présenté comme le sauveur de la Grèce, de l'Europe et, pourquoi pas ?, de la France, alors que d'aucuns redoutaient encore hier qu'il en soit le fossoyeur. La "vraie" politique s'accommode mal de l'emballement médiatique alors que le temps de la réflexion donne des clés pour mieux appréhender l'avenir.

Beaucoup a déjà été dit sur les raisons de l'échec de Nicolas Sarkozy, sanctionné par la crise, par l'usure du pouvoir à droite et pour son comportement personnel. Somme toute, au-delà des programmes, François Hollande a été choisi par une majorité de Français parce qu'il est apparu le plus en phase avec son époque et avec les préoccupations de ses concitoyens, empêtrés dans une crise dont ils ne voient pas la fin. Lassés sans doute par les matamores qui promettent beaucoup et obtiennent peu, ils ont préféré un "président normal" qui a su persuader de sa détermination à agir au mieux des intérêts de ses électeurs et n'a pas dû forcer le trait pour convaincre qu'il adapterait son attitude aux exigences de la "République exemplaire" qu'il a promise. Moins de majesté, plus de normalité.

Les temps changent. La crise est passée par là. Le citoyen fait montre d'une hypersensibilité légitime aux inégalités qu'illustrent les salaires mirobolants de certains patrons. Il doute de la capacité du politique à réguler les milieux financiers. Et qu'il soit de gauche ou de droite (on estime à un million le nombre d'électeurs du Front national qui ont voté pour François Hollande au second tour), il ne supporte plus de devoir payer pour les errements de quelques-uns.

Fils d'une mère de gauche et d'un père d'extrême droite, François Hollande synthétise bien l'état de la France de 2012. Cette France que, lors de son premier discours de président élu à Tulle, il s'est engagée à "réunir dans le même destin", alors que l'élection l'a laissée divisée en trois, entre la gauche, la droite et une extrême droite à la fois plus policée et plus menaçante. Fameux défi : rassembler la France autour des idées phares de la justice et de la jeunesse.

L'autre pari fait par François Hollande est de convaincre l'Europe d'insuffler une dynamique de croissance pour prévenir les effets de l'austérité que la crise a imposée. Là aussi, le nouveau président français fait davantage preuve d'intelligence tactique que d'audace politique ; des voix européennes s'étaient déjà élevées pour contester la stratégie allemande du tout-à-l'austérité. Le défi n'en reste pas moins délicat, compliqué qu'il est par l'imbroglio postélectoral grec. Mais, à tout le moins, un mouvement est enclenché. Et le sujet n'est plus tabou, même à Berlin.

Sur le mode caustique, le philosophe François De Smet dressait récemment ce constat (La Libre Belgique du 26 avril) : "La seule vraie "chance" de François Hollande est que, élu par une vague résignée et motivée essentiellement par l'envie de dégager son concurrent, il incarnera à ce point l'icône de la normalité qu'il ne pourra décevoir que modérément." S'ils se satisfont aujourd'hui que François Hollande se soit engagé à "servir, servir la République, [à] servir au-delà de nous-mêmes, servir les valeurs [à] qui auront à être entendues en France, en Europe et dans le monde", ceux qui l'ont élu n'en nourrissent pas moins une autre ambition pour leur leader. Mais un président "normal" peut-il devenir charismatique ? Réponse dans cinq ans.

GÉRALD PAPY

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