Le risque quand un gouvernement danse sur la frontière du respect des droits

24/05/18 à 12:33 - Mise à jour à 12:36

Source: Belga

(Belga) Au gouvernement fédéral, "on peut objectivement lui reprocher de danser sur la frontière du respect" des droits fondamentaux, "or danser sur cette frontière comporte le risque que l'irréparable se produise", écrit jeudi le philosophe libéral François De Smet, directeur du centre fédéral Migration Myria, dans un nouveau plaidoyer pour l'ouverture de davantage de canaux migratoires légaux.

"Oui", au gouvernement, "on peut objectivement lui reprocher de danser sur la frontière du respect de ces droits, en privilégiant en permanence une certaine idée de l'efficacité au détriment de la prudence (comme lorsqu'on choisit d'expulser des Soudanais pour éviter un mini-Calais sans vérifier suffisamment les risques de mauvais traitement en cas de retour)", souligne-t-il. Les ministres invoquent régulièrement l'"appel d'air" que susciteraient des politiques trop tolérantes. Le gouvernement fédéral défend une politique ferme mais humaine. Mais "si un marché de trafic peut toujours prospérer sur les fruits de la guerre, de la misère ou de l'envie d'une vie meilleure, c'est principalement parce que le plus grand appel d'air reste la différence de conditions de paix, de niveaux de vie et de possibilités de réaliser ses aspirations entre les êtres humains", réplique François De Smet. Le premier ministre Charles Michel appelle régulièrement au renforcement du contrôle des frontières européennes. Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon et le secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations Theo Francken communiquent assidûment sur l'intensification des contrôles policiers et l'augmentation des capacités en centres fermés. Or, "cela ne peut se résoudre simplement par davantage de frontières, de police et de centres fermés, car cette course mettra par définition face-à-face des barrières sécuritaires toujours plus hautes face à des migrants toujours plus déterminés, aidés par des passeurs toujours plus cupides", estime le directeur de Myria. Ce dernier en appelle une nouvelle fois à "l'ouverture de davantage de canaux migratoires légaux et sécurisés" et à "une action bien plus décisive sur les causes de migration". Dans un communiqué, les ligues des droits de l'Homme, flamande et francophone, appellent également le gouvernement à ouvrir "des voies d'accès sûres et légales pour les migrants". Par ailleurs, le directeur de Myria demande également une intensification de la lutte contre les passeurs alors que "la Belgique est une plaque tournante des trafics", kurdes notamment. A cet égard, il plaide pour une meilleure collaboration avec les victimes. Dans l'affaire de la petite Mawda, François De Smet rejoint ceux qui se disent "légitimement troublés" de constater que les migrants n'ont pas été dirigés vers le statut de victime et que les auteurs présumés aient été libérés. Myria devrait se constituer partie civile dans ce dossier. (Belga)

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