Le PS : plus capitaliste que socialiste ?

26/09/13 à 09:12 - Mise à jour à 09:12

Source: Le Vif

A la fois patron et mandataire politique, Stéphane Moreau est-il le paradigme du nouvel "homme PS" ? De plus en plus, en Wallonie, les socialistes plongent leurs mains dans le cambouis du business.

Le PS : plus capitaliste que socialiste ?

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L'affaire Tecteo est éclairante. Les socialistes liégeois font leurs emplettes comme de parfaits "capitalistes": l'aéroport de Bierset, les Editions de l'Avenir, l'immobilier, pour ne parler que de leurs plus récentes acquisitions. A une nuance près : les capitaux qu'ils utilisent sont exclusivement d'origine publique. On l'a peut-être oublié, mais la Belgique est une économie sociale de marché, où non seulement, l'Etat régule mais intervient comme acteur économique. "Les socialistes belges ont mis très tôt en avant le principe d'une économie mixte, dans laquelle les pouvoirs publics jouent un rôle important, rappelle le politologue Pascal Delwit. C'était tout l'axe de réflexion d'Henri de Man, présenté au congrès de 1933. C'est ensuite revenu en vogue dans les années 1960, avec l'idée des réformes de structures portée par André Renard et la FGTB." Jean-François Escarmelle, auteur d'une thèse sur le rôle de l'Etat dans l'économie, administrateur de la Société wallonne d'investissement de Wallonie (SRIW) pendant vingt-cinq ans, a fait toute sa carrière à l'Intercommunale de développement économique de Mons-Borinage. Il insiste sur la conversion du PS à la sociale-démocratie: "Jamais je n'ai dit qu'il fallait nationaliser telle ou telle entreprise, mais au contraire les soutenir dans leur phase de start-up, dans leur croissance ou dans leurs difficultés passagères. A part quelques archéo-marxistes qui continuent à exister au PS, la pensée dominante est une pensée sociale-démocrate", rappelle-t-il.

Jusqu'où aller ?

Pour Bernard Thiry, étiqueté PS, ancien professeur d'économie sociale à l'ULg, directeur général d'Ethias (ex-Smap), compagnie d'assurance à 100 % publique, la diversité des formes d'entreprenariat est une richesse européenne. "Dans notre système économique, il y a trois secteurs : le privé qui fait du profit, le public (administration et entreprises) et économie sociale (mutualités, coopératives, ASBL). En ce qui concerne les entreprises publiques, je n'ai pas l'impression que ce secteur soit plus important chez nous qu'ailleurs. A Cologne, par exemple, c'est un holding communal qui s'occupe de l'énergie, du traitement des déchets et des transports pour une population équivalente à celle des 19 communes bruxelloises. Mais on demande plus aux entreprises publiques. Elles doivent être éthiques et transparentes en plus d'être efficaces. Or si on est trop transparent, on n'est plus efficace. Une entreprise cotée n'est pas nécessairement d'une grande transparence. En tout cas, pour Ethias, je peux dire que le personnel est très attaché à ses valeurs mutuellistes."

Pourtant, l'actualité récente oblige à s'interroger sur le rôle des pouvoirs publics dans l'économie. "La mainmise de plus en plus grande de Tecteo sur le paysage des médias en Wallonie est une illustration de l'étatisation progressive de l'économie du sud du pays, observait récemment le journaliste Stefaan Michielsen dans le Tijd. L'initiative privée est tolérée, mais on croit beaucoup plus dans l'initiative publique."

Les influences, dans l'économie mixte, se partageant au prorata du résultat des élections (clé D'Hondt) et le PS se trouvant au pouvoir depuis vingt-cinq ans, il va de soi que ce dernier occupe une position ultra-dominante. Il a des relais dans la haute administration fédérale (Guy Quaden, ex-gouverneur de la Banque nationale, Robert Tollet au Conseil central de l'Economie, Jean-Marc Delporte au SPF Economie) ou régionale (Olivier Vanderijst à la SRIW). "J'entends tous les jours dire que la Wallonie est un Etat-PS, relève André Van Hecke, ancien directeur de la régie publicitaire de RTL-TVI, aujourd'hui à la tête du Cercle de Wallonie, qui met en réseau 1 500 patrons. Quand les gens s'en plaignent, ils doivent se plaindre de la démocratie et du suffrage universel, car à partir du moment où les électeurs votent pour le PS et en font le premier parti de Wallonie, il est normal de retrouver des responsables socialistes à de nombreux postes-clés." L'ancien publicitaire reconnaît le poids dominant du PS dans le système d'aide aux entreprises. "Mais je n'ai jamais entendu un seul membre du Cercle de Wallonie affirmer qu'il fallait obligatoirement faire allégeance au PS pour obtenir des primes, nuance-t-il aussitôt. Je peux assurer que les responsables de Meusinvest, par exemple, examinent tous les dossiers avec un oeil objectif."

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine :

- PS : le capitalisme rouge - Pascal Delwit : "Le PS a toujours été pragmatique avec les entreprises" - "A Mons, sans le PS, pas de business"

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