Le plan confédéraliste de la N-VA, déjà testé par les Allemands en 14-18

07/11/13 à 14:05 - Mise à jour à 14:05

Source: Le Vif

La N-VA de Bart De Wever rêve d'une Belgique confédérale réduite à quasi rien. L'occupant allemand l'a devancé en 14-18 : son envie de liquider le pays l'a déjà poussé à tester la formule. Retour sur un précédent quasi centenaire.

Le plan confédéraliste de la N-VA, déjà testé par les Allemands en 14-18

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1914-1918. Un coin de patrie libre en sursis, âprement défendu par une armée enterrée dans les tranchées de l'Yser, résiste encore à l'envahisseur. Mais le territoire que les Allemands occupent leur complique la vie. Ils n'envisageaient la Belgique que comme simple point de passage dans la course à l'écrasement de la France. Mais, résistance militaire oblige, le voilà contraint de s'attarder en Belgique et d'administrer le pays. "Il doit agir dans une certaine improvisation", souligne Paul Delforge, historien attaché à l'Institut Jules Destrée, qui a étudié de près cette expérience institutionnelle peu connue.
L'administration civile et militaire que l'occupant met en place à Bruxelles s'attaque à reconfigurer la Belgique. Pour en faire un territoire administrativement séparé en deux entités : l'une flamande, l'autre wallonne.

En mars 1917, c'est le passage à l'acte. Scission généralisée des ministères (Agriculture, Travaux publics, Industrie et Travail, Intérieur, Justice, Finances, Marine, Postes.) Maintien de l'administration flamande à Bruxelles, proclamée ville flamande et capitale de la Flandre. Et transfert des départements ministériels wallons à Namur, de facto bombardée capitale de la Wallonie.

Cette décentralisation administrative, qui se veut systématiquement favorable à la Flandre, n'est conçue que comme un marchepied vers un autre modèle. Qui reste à inventer. Au bout de deux ans et demi de tâtonnement et de cacophonie, vient le déclic. La réforme interne de l'Etat belge sur laquelle planchait une "Kommission" allemande accouche, fin 1917, d'un "système confédéral à deux composantes unies sous une couronne royale unique".

Bienvenue dans le royaume de Belgique revisité à la manière allemande. Avec dans le rôle des entités fédérées : une Flandre et une Wallonie autonomes. Totalement compétentes en matière d'enseignement, y compris universitaire. Entièrement maîtresses de la Politique d'emploi, des Impôts directs, des Travaux publics, de l'Agriculture, des Affaires intérieures, de la Poste et des chemins de fer, des Services vicinaux, de la Justice. De la Marine, quoique celle-ci soit exclusivement attribuée au nord du pays. Voire aussi d'une garde civique, dans l'hypothèse où elle ne serait pas supprimée.

Bref, deux régions appelées, au terme d'une phase transitoire qui pourrait être longue, à devenir deux nouvelles nations. Avec, in fine, leur propre parlement et un embryon d'appareil gouvernemental. Le tout à coiffer d'une coupole aux compétences fortement limitées : Affaires étrangères, poids et mesures, système monétaire, timbres, taxes douanières et de consommation, éventuellement politique militaire. Quant aux Affaires sociales, elles resteraient au niveau fédéral mais les entités autonomes se chargeront de leur mise en oeuvre. Dans ce schéma, l'unité belge sur le plan économique n'est plus qu'un souvenir.

28 mai 1918, l'"Unionsakte" est adopté. C'est une synthèse des travaux menés par plusieurs instances allemandes, preuve du sérieux de l'opération. C'est la copie conforme d'un modèle confédéral. La Belgique à l'heure allemande devrait avoir le visage de deux régions à ce point autonomes qu'elles deviendront deux Etats. "Les Allemands sont donc résolus à ne plus abandonner la Wallonie à la France et à conserver un ensemble belge où la Wallonie deviendra un Etat par symétrie, dans la mesure où la Flandre et l'Allemagne y ont autant d'intérêt", observe le chargé de recherches au sein de l'Institut Jules Destrée.

La fin de la guerre fait rentrer chez l'occupant, avec armes et bagages. Et, sous le coudes son plan B pour la Belgique : "la formule douce", confédérale, qui signifiait de toute façon une mise à mort de la Belgique. Toute ressemblance avec le modèle désiré par la N-VA ne serait que pure coïncidence.

Le dossier intégral dans Le Vif/L'Express de cette semaine

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