Le nouveau président catalan entre en fonctions, premier choc avec Madrid

17/05/18 à 19:03 - Mise à jour à 19:06

Source: Belga

(Belga) Le nouveau président de la région Catalogne, l'indépendantiste Quim Torra, a pris ses fonctions jeudi à Barcelone. M. Torra ne s'est engagé à respecter ni la Constitution espagnole, ni le statut de la Catalogne qui règle les attributions de la région autonome. Il s'est limité à promettre de "remplir loyalement ses obligations (...) en étant fidèle à la volonté du peuple de Catalogne, représenté par le Parlement de Catalogne", dominé par les séparatistes.

Près de sept mois après la vaine proclamation d'une "république catalane" suivie de la destitution par Madrid du dirigeant Carles Puigdemont, les indépendantistes ont désormais récupéré la présidence régionale. La cérémonie a toutefois été expédiée en quelques minutes et quasiment sans invités. Aucun représentant du gouvernement central n'y a assisté. Dans la région encore sous tutelle de Madrid, les indépendantistes avaient uniquement accepté la présence d'un représentant "de second rang" du gouvernement de Mariano Rajoy. Madrid a alors décidé de n'envoyer personne. Le ministre des Affaires étrangères, Alfonso Dastis, a critiqué cette cérémonie "en catimini", comme si Torra "était un président de second rang". L'éditeur de 55 ans, nouveau venu en politique, se considère comme un "président en exercice" en attendant le retour de celui qu'il désigne comme "le président légitime en exil", Carles Puigdemont. M. Torra a par ailleurs été très critiqué pour des écrits passés offensants envers "les Espagnols", qu'il avait sommés de "partir une fois pour toutes". Les Catalans qui ne parlent pas la langue régionale y étaient également vilipendés, traités notamment de "charognards", "hyènes" et d'"animaux à l'apparence humaine". Confronté au parlement par Inés Arrimadas (Ciudadanos) et Miquel Iceta (parti socialiste), Torra avait répondu que l'article cité "se voulait ironique" avant de présenter ses excuses à ceux qui se seraient sentis "offensés". Il doit désormais former son gouvernement, condition à la levée de la tutelle exercée par Madrid depuis la tentative de sécession du 27 octobre. Mais il voudrait y inclure d'anciens membres de l'exécutif destitué qui se trouvent actuellement en détention provisoire. Si le gouvernement espagnol considère cela comme illégal, il pourrait décider de maintenir le contrôle sur la région. 'L'exécutif est poussé dans cette direction par le parti libéral Ciudadanos, qui menace la suprématie du parti conservateur de M. Rajoy aux élections régionales et municipales de 2019. Reçu jeudi par M. Rajoy, le dirigeant de Ciudadanos, Albert Rivera, lui a demandé non seulement de ne pas lever la tutelle sur la Catalogne mais de l'étendre. Il a par exemple préconisé de prendre le contrôle des médias publics catalans, qu'il a accusés de "propagande séparatiste". "Ce n'est pas le moment de la contemplation ni des bons sentiments, c'est le moment d'agir", a lancé M. Rivera. Le chef du gouvernement espagnol a toutefois urgemment besoin que la situation en Catalogne se normalise. Il lui faut les voix du Parti nationaliste basque (PNV) pour voter la semaine prochaine le budget 2018, or ce dernier s'oppose à toute tutelle sur les régions autonomes. Mariano Rajoy s'est engagé à maintenir un contrôle étatique étroit sur les finances publiques catalanes, tout en affirmant être disposé à dialoguer avec M. Torra, "dans le cadre de la loi". Parallèlement, 25 élus et personnalités indépendantistes sont poursuivis en justice pour "rébellion" et d'autres délits présumés. (Belga)

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