Le "non" du cdH lance la crise politique

24/06/14 à 18:51 - Mise à jour à 18:50

Source: Le Vif

La Belgique a connu mardi son premier épisode de crise fédérale après le "non" opposé par le cdH à la note de l'informateur royal Bart De Wever. Celui-ci n'a pas voulu réagir. Il fera rapport de sa mission mercredi au Roi.

Le "non" du cdH lance la crise politique

© Belga

Après un mois de travaux, la mission du président de la N-VA, consistant à informer le chef de l'Etat sur les possibilités de former un gouvernement fédéral rapidement, semble aboutir à un échec. Bart De Wever ambitionnait de jeter les base d'un gouvernement de centre-droite. Le CD&V et le MR ont dit oui à la note et accepter d'entrer dans une phase suivante, le cdH est allé dans le sens contraire.

Au centre des attentions médiatiques depuis plusieurs jours, le président des centristes francophones a réuni mercredi son bureau politique pour examiner la note de l'informateur. Après deux heures de réunion, il a fait savoir qu'il n'avait reçu assez de garanties du leader des nationalistes flamands. Le cdH voulait des engagements sur le respect du principe de loyauté fédérale et la mise en oeuvre de la 6e réforme de l'Etat, sur le niveau des soins de santé ou encore sur le maintien du niveau de salaire des citoyens, engagements qu'il ne retrouve pas dans la note. "Le loup n'est pas devenu subitement un agneau", a lancé M. Lutgen en évoquant la N-VA.

La note, si l'on en croit les échos de presse, n'évoquait pas les dossiers communautaires et se montrait assez vagues sur l'indexation des salaires. Aux yeux du cdH, ces éléments étaient insuffisants. "Le diable se trouve dans les détails", a répété le président à qui la N-VA n'inspire toujours pas confiance. Un manque de confiance qu'illustre encore dans le choix posé par les nationalistes flamands de rejoindre au parlement européen le groupe eurosceptique de l'ECR dominé par les conservateurs britanniques et ultraconservateurs polonais.

Le MR a immédiatement mis en garde le cdH contre les conséquences de son choix. "Le cdH retire la prise et je vois que, derrière ce non, il n'y a pas d'alternative", a averti le président des libéraux francophones, Charles Michel. Selon lui, s'annonce une "crise potentiellement grave et potentiellement longue".

Outre les motifs invoqués par les centristes, se pose également la question de leur engagement à l'égard du PS avec lequel ils ont entamé des négociations dans les Régions wallonne et bruxelloise et en Fédération Wallonie-Bruxelles. "On a le sentiment que, systématiquement, le cdH fait tout pour ramener le PS", a déploré M. Michel. M. Lutgen a quant à lui démenti une pression du PS: il imagine mal les socialistes annoncer brusquement qu'ils iraient rechercher le MR si la réponse avait été différente, a-t-il fait remarquer.

Le "non" du cdH signifie-t-il une option mise sur la reconduction de la tripartite traditionnelle (socialistes, libéraux, chrétiens-démocrates)? M. Lutgen n'a pas voulu s'avancer sur ce point. "Il y a des alternatives, avec ou sans le PS. Ce qui compte, c'est le projet", a-t-il affirmé.

Wouter Beke veut connaître les raisons du "non" du cdH

Le président du CD&V Wouter Beke va prendre des contacts, ces prochaines heures, avec le cdH pour connaître les raisons de son refus, a-t-il indiqué mardi soir dans Terzake. Il pense que le cdH a surtout réagi de manière émotionnelle, alors que le CD&V a accepté la note "sur base de la rationalité". Le président du CD&V estime que le roi entamera de nouvelles consultations après la visite de l'informateur Bart De Wever.

Wouter Beke a souligné que le CD&V retrouve de nombreux points de son programme dans la note et qu'un certain nombre de dossiers dont le CD&V n'était pas partisan ont été omis dans le texte.

La suite des événements regarde l'informateur et le roi, a-t-il commenté. "Nous avons pu retrouver de nombreux points de notre programme dans cette note, c'est pourquoi nous avons dit oui, mais s'il ressort que les quatre partis ne sont pas en état de dire "oui" à cette formule, alors elle est morte."

Le CD&V ne cherche pas à reprendre l'initiative. "L'informateur a toujours le droit d'initiative et qui fera rapport demain au roi. Et je suppose que le roi entamera de nouvelles consultations", a-t-il encore commenté.

Ce week-end, les présidents du PS se sont plaints d'avoir été exclus des travaux de l'informateur et ont mis en avant le succès électoral engrangé d'après eux par cette formule traditionnelle. Les libéraux risquent toutefois d'y conditionner une entrée dans les majorités régionales, une hypothèse rejetée par le cdH.

La suite des événements demeure incertaine. La perspective d'une formation "rapide" d'un gouvernement fédéral se ferme peu à peu. Il est vraisemblable que le Roi entamera une nouvelle série de consultations politiques avant de désigner un nouveau chargé de mission.

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