Le maïeur flamingant qui fait fuir les portraits royaux

26/07/13 à 10:25 - Mise à jour à 10:25

Source: Le Vif

Chahuter les francophones de la périphérie bruxelloise mène à tout. Même au maïorat. Kurt Ryon, ex-perturbateur forcené de la cause flamingante, s'épanouit à Steenokkerzeel, théâtre d'une mystérieuse disparition de portraits royaux. Pure coïncidence ?

Le maïeur flamingant qui fait fuir les portraits royaux

© Image Globe

Kurt Ryon a la baraka. Le week-end du 21 juillet, il a pu laisser son écharpe maïorale au placard. Celle que, dit-on, il préfère cacher sous sa veste lorsqu'il doit la ceindre autour de la taille. Parce que le noir-jaune-rouge réglementaire lui fait trop mal aux yeux. Saigne son coeur endurci d'indépendantiste flamand. Le premier citoyen de Steenokkerzeel l'a échappé belle. Pas de déplacement programmé jusqu'à l'aéroport militaire de Melsbroek, situé sur le territoire de sa commune. Aucun chef d'Etat à accueillir, revêtu des attributs tricolores de la fonction maïorale, à l'occasion de l'intronisation de Philippe, septième roi des Belges.

Ce week-end-là, aucune tête couronnée n'a foulé le tarmac de Melsbroek. Kurt Ryon le républicain a été dispensé d'apporter sa modeste contribution au bon déroulement des festivités royales. L'homme a bien d'autres priorités dans sa nouvelle vie de bourgmestre ultra-flamingant. Et même une mini-affaire royale sur les bras : Albert II et Paola ont disparu de l'hôtel de ville de Steenokkerzeel. Le couple s'est volatilisé, sans laisser de traces, depuis janvier dernier. A croire que leurs portraits officiels, accrochés de part et d'autre de l'escalier et de l'ascenseur situés au rez-de-chaussée, n'ont pas su résister longtemps au souffle nationaliste qui a envahi la maison communale au dernier scrutin d'octobre.

Yvette Luypaert, cheffe de file de l'opposition socialiste, ne décolère et ne désarme pas. A trois reprises, elle est revenue à la charge au conseil communal, déterminée à tirer cette affaire au clair. Elle en est jusqu'ici ressortie bredouille. La conseillère communale SP.A a sa petite idée. Elle cache à peine son intime conviction de tenir l'auteur du forfait, ou du moins le commanditaire : Kurt Ryon en personne, bourgmestre de la commune depuis les dernières élections. "Le vol n'a pu être commis que de l'intérieur du bâtiment, puisqu'aucune infraction n'a été constatée. Et les portraits n'ont pu être ôtés en plein jour, vu leur taille" et le va-et-vient dans le hall d'entrée. Elémentaire, ma chère Yvette.

Mais surtout, il y a le passé du maïeur. Son CV en fait le coupable idéal de ce qui ressemble à une mauvaise blague de potache. Kurt Ryon, 37 ans, a déjà prouvé un savoir-faire certain en la matière, au cours d'une vie entière consacrée au combat flamand. Il est tombé dedans quand il était petit, à cause d'un père actif à la Volksunie. Kurt Ryon a fait toutes ses classes au VNJ (Vlaams Nationaal Jeugdverbond), le mouvement de jeunesse nationaliste flamand. Et s'engage très tôt au TAK, le turbulent Taal Aktie Komitee, groupe d'action allergique à toute francisation de Bruxelles et plus encore de sa périphérie.

La consécration : l'écharpe maïorale de Steenokkerzeel, conquise au soir du scrutin communal du 14 octobre dernier sur une liste locale Klaver-N-VA. Il fait alors partie de ces électrons plus ou moins libres de la mouvance flamingante que la vague montante de la N-VA propulse aux responsabilités locales. Bien qu'il assure ne pas avoir, et ne jamais avoir eu de carte de parti.
Kurt Ryon ne se heurte plus à la police locale. Il lui donne des instructions. De guerre lasse, il vient ainsi de la charger d'élucider cette fâcheuse disparition des portraits royaux. Histoire de faire taire les soupçons nés de la façon qu'il a eu de prendre la chose à la rigolade : "Je ne suis pas royaliste mais je n'y suis pour rien. Peut-être les portraits royaux ont-ils pris l'ascenseur pour gagner le deuxième étage..." Ce n'est pas demain que Philippe et Mathilde auront officiellement droit de cité à la maison communale de Steenokkerzeel.

L'intégralité du dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine

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