Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

08/11/13 à 11:57 - Mise à jour à 11:57

Le grand méchant loup

Et pourtant... Car le plus surprenant, ce n'est pas que le leader flamand persiste et signe. Mais bien la stupeur dans les rangs francophones quand il a dévoilé, la semaine dernière, son programme institutionnel pour 2014, rien moins qu'une Belgique qui s'effrite comme une biscotte, avec Bruxelles carbonisée au milieu. Shocking ! Au Sud, ce n'était qu'indignation et cris d'orfraie. Tous sortis de leurs gonds, joli spectacle, pour une condamnation unanime. Pile poil au moment d'Halloween, De Wever avait parfaitement endossé les oripeaux du grand méchant loup, il a cartonné.

Un petit tour de chauffe avant le rendez-vous de mai prochain ? Sans doute. Mais il devra tenir encore plusieurs mois. Une éternité en politique. De fait, sa position de taliban pourrait lui valoir quelques pertes de voix au Nord où tous les électeurs, on le sait bien, ne sont pas séparatistes, loin s'en faut. Pour preuve, sa mise à l'écart par les partis traditionnels, CD&V en tête, qui ont vertement fustigé son projet. Apparemment, il a choisi de passer outre. S'il perd des plumes, il pourra toujours se replier dans l'opposition, son bunker. S'il gagne... C'est une autre histoire. Un vrai coup de poker.

Définitivement infréquentable, BDW a stoppé net les espoirs de certains libéraux, comme Jean-Luc Crucke (lire Le Vif/L'Express du 25 octobre 2013) de l'inviter à la table des futures négociations gouvernementales. Dur, dur ! Tout profit, en revanche, pour le PS. Ses élucubrations institutionnelles font peur ? Les socialistes francophones veillent, Bart Vador (voir Vadot en page 3) ne passera pas. Nul doute que l'on a dû sabrer le champagne au boulevard de l'Empereur. Pour les "Rouches", Bart, quel cadeau ! Car tant qu'il occupe l'avant-scène avec son confédéralisme radical, au diable les sujets qui fâchent, le chômage, la dette, et tout le toutim ! Une bénédiction en temps de crise.

Bart ou le chaos. Une Belgique confédérale, rien moins qu'un pays à la dérive ? Et pourtant, la formule a déjà été testée. Avant De Wever, d'autres y avaient sérieusement pensé, comme le rappelle notre dossier cette semaine. Flashback. 1914, les Allemands occupent notre territoire. Bien trop encombrant. Pourquoi ne pas le démantibuler ? En s'appuyant sur la Flandre, qui deviendrait un axe de la politique germanique, la Wallonie inspirant bien trop de méfiance. Mars 1917, passage à l'acte : scission généralisée des ministères, maintien de l'administration flamande à Bruxelles proclamée ville flamande et capitale de la Flandre, transfert des départements ministériels à Namur, bombardée capitale de la Wallonie. Une décentralisation administrative qui crée deux régions appelées à devenir deux nouvelles nations. Bienvenue dans le royaume de Belgique revisité à la manière teutonne. La formule bénéficiera du soutien des Flamands nationalistes, mais rencontrera bien des résistances côté wallon où les amateurs ne se bousculent guère au portillon. Déjà... Un précédent centenaire que ne peut ignorer l'historien Bart De Wever. Pour preuve...

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