Carl Devos
Carl Devos
Politologue à l'Université de Gand
Opinion

04/04/15 à 10:53 - Mise à jour à 10:53

Le gouvernement Michel n'est pas le gouvernement de Charles Michel

Les disputes entre CD&V, N-VA et Open VLD affaiblissent la position du Premier ministre. Il n'arrive pas à garder ses partenaires dans le rang, malgré ses appels répétés. Charles Michel se révèle ainsi un leader faible.

Le gouvernement Michel n'est pas le gouvernement de Charles Michel

Charles Michel a du mal à s'imposer comme véritable chef de file du gouvernement. © BELGAIMAGE/Nicolas Maeterlinck

Près de six mois de gouvernement Michel, déjà. Aux premiers jours de cette équipe inédite, tout le monde pensait que la position du MR, seul parti francophone de l'attelage, allait être facteur d'instabilité. Le parti du Premier ministre était considéré comme le maillon faible de l'exécutif. Et la "coalition logique" - telle que décrite dans les rangs de la N-VA - de partis flamands relativement proches comme le moteur de toute une série de changements importants.

Jusqu'à présent, ces deux prévisions ne se sont pas réalisées.

D'abord, donc, le MR n'est pas le facteur d'instabilité. Au contraire: c'est lui qui occupe le centre du lit. Les compromis dégagés au sein du gouvernement sont généralement fort proches du programme du parti réformateur. Charles Michel n'éprouve jamais de vraies difficultés pour "vendre" un compromis à son parti, problème qui se pose pourtant fréquemment au chef d'un gouvernement. Les tensions internes au MR sont fort gérables, elles aussi, même si les différents clans s'opposent sur le dossier de la SNCB.

Le MR est aussi moins affecté par la résistance francophone qu'il ne l'avait craint. En fait, le PS se cherche toujours un second souffle. Il a toujours du mal à fonctionner à la fois dans l'opposition au niveau fédéral et aux affaires au niveau régional. Ses coups de gueule à la Chambre ont sans doute eu un effet thérapeutique sur sa base, mais ils n'ont pas marqué le début d'une opposition inspirée, susceptible de mettre à mal le gouvernement fédéral. Le fait que le PS lance une énième opération de réforme, destinée cette fois surtout à profiler un Di Rupo mal choisi pour le rôle de président, illustre la faible menace que les socialistes francophones représentent pour le gouvernement fédéral.

Chez Ecolo, ce n'est pas beaucoup plus convaincant: on y supplie Groen de former ensemble un seul parti, belge. Une telle demande n'est pas une preuve de force. En tant que succursale du PS, le CDH évolue pour sa part à la limite de la pertinence politique. Les autres partis francophones sont trop petits pour exercer un quelconque impact au niveau fédéral. Même si les interventions du PTB se révèlent souvent très pertinentes.

Partager

Les disputes entre CD&V, N-VA et Open VLD affaiblissent la position du Premier ministre. Il n'arrive pas à garder ses partenaires dans le rang, malgré ses appels répétés. Charles Michel se révèle ainsi un leader faible.

Ensuite, la perspective d'une bonne entente entre les partis flamands, relativement proches sur l'échiquier politique, ne s'est donc pas réalisée. Dans ce gouvernement sans socialistes, CD&V, N-VA et Open VLD se compliquent mutuellement la vie, des suites, surtout, de la lutte flamande pour le centre (plutôt droit), où le CD&V doit aussi couvrir son flanc gauche. Ces disputes affaiblissent la position du Premier ministre. Il n'arrive pas à garder ses partenaires dans le rang, malgré ses appels répétés. Charles Michel se révèle ainsi un leader faible. Cet aspect-là avait été prédit il y a six mois: le Premier ministre était d'emblée concurrencé par des présidents de partis flamands forts et par quatre vice-Premiers ministres de belle carrure.

Les deux qui lui empoisonnent le plus la vie sont Bart De Wever et Kris Peeters. Et ce n'est pas un hasard: tous deux avaient été pressentis pour diriger le gouvernement. Après le contrôle budgétaire et le tax-shift, une autre tâche délicate attend le Premier ministre: celle de devenir enfin le véritable chef d'équipe. Une évolution nécessaire vu les tensions qui peuvent encore s'accumuler ces prochaines années et qui, à mesure qu'approcheront les élections, sont susceptibles de nuire gravement au MR.

En attendant, le gouvernement Michel n'est pas le gouvernement de Charles Michel.

En savoir plus sur:

Nos partenaires