Groupe du vendredi
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Opinion

29/07/16 à 09:47 - Mise à jour à 11:06

Le fait régional au centre de l'univers belge. Est-il trop tard pour écrire une autre histoire?

Lorsqu'au 16e siècle, Nicolas Copernic a démontré que la terre ne constituait pas une masse immobile et n'était pas le centre de l'univers, seuls certains pans de sa théorie furent reconnus.

Le fait régional au centre de l'univers belge. Est-il trop tard pour écrire une autre histoire?

© Belga

. Il fallut attendre la fin de la Renaissance pour que la science, encore sous la coupe de l'Eglise, n'abandonne le géocentrisme. Le relativisme de la condition humaine, ainsi introduit, ouvrit de nouvelles portes à l'investigation scientifique. L'être humain était désormais conscient qu'il n'était ni unique, ni le centre de l'univers, donnant un formidable élan au désir de progrès.

Notre pays a mené, depuis la fin des années septante, différentes réformes de son organisation institutionnelle, la dernière en date étant intégrée par nos institutions avec plus ou moins de succès. À quelques exceptions près, le régionalisme est devenu l'alpha et l'oméga de la politique belge. Tantôt évoqué comme solution miracle à tous nos problèmes, tantôt agité pour flatter notre régionalisme embryonnaire, le fait régional semble être au centre de l'univers... belge.

Tentons de regarder la situation froidement. Tout d'abord, sur la scène mondiale, notre pays est un confetti avec de multiples talents dont on est fiers certes, mais un confetti malgré tout. Avec sept milliards et demi d'habitants, dont trois quarts se trouvent en Asie et en Afrique, l'Europe peut encore jouer un rôle majeur à condition de se réformer. La Belgique est un petit Etat au sein de ce vieux continent, lui-même en perte de vitesse. Aucun politique ou diplomate ne peut sérieusement soutenir que l'avenir de la Belgique passe par un pouvoir accru aux Régions. Tout ce que le monde connaît de nous se résume pratiquement à la bière, "Brussels" et Tomorrowland.

Ensuite, on constate que les réflexes politiques régionaux et l'absence de collaboration efficace entre niveaux de pouvoir paralysent notre pays, l'empêchant d'avancer dans une série de domaines. Si la régionalisation se révèle judicieuse à certains égards, elle semble inapte à apporter des solutions à quelques grands défis (infrastructures, mobilité, lutte contre le réchauffement climatique, etc.). A force de régionaliser des compétences, par vision politique ou opportunisme, c'est le sous-localisme qui prend doucement le pouvoir. Pour les prochaines élections, il est à espérer que certains partis politiques feront le choix de l'audace, en proposant une nouvelle organisation des compétences, avec de meilleurs mécanismes de collaborations à la clé. Il doit en tous cas y avoir débat sur le modèle à adopter. La création d'une véritable circonscription fédérale fait aussi partie de la solution afin de responsabiliser les politiques quant à leurs déclarations électorales.

Qui aujourd'hui, comme élu régional, oserait prendre des mesures dans l'intérêt de tous les citoyens belges? Ou pire, s'inspirer des bonnes pratiques d'une autre région? Le prisme mental de nos élus risque de ne plus être l'efficacité des politiques publiques au bénéfice du plus grand nombre, mais une rhétorique régionale stérile. Enfin, il ne faut pas penser que seul un re-design des compétences pourra apporter des solutions. Une modification de l'ADN politique est également nécessaire. Les institutions sont des outils puissants à disposition des élus. Même dans leurs imperfections, il ne tient qu'à eux de les utiliser dans une dynamique constructive, faite de dialogue et de compromis. Comme dans les années 60-70, il est temps que nos élus passent du temps ensemble et apprennent à se connaître autour d'une bonne table. Les plus grands compromis de l'histoire belge sont sortis de terre après de bons repas. Or nos élus, de part et d'autre de la frontière linguistique, ne se parlent plus, ils échangent des lettres et des scuds médiatiques.

De la même façon que Copernic a invalidé la vision aristotélicienne du monde, notre classe politique doit aujourd'hui accoucher d'un nouvel esprit belge, fait de (sur)réalisme, de créativité et d'ambition. Car qu'on ne s'y trompe pas, de même que la terre tournait déjà autour du soleil il y a 500 ans, le monde avance également, avec ou sans la Belgique.

De nombreux observateurs s'accordent pour dire que le sens de l'histoire belge est connu. Les Régions vont prendre de l'importance, laissant au fédéral les miettes permettant de sauver la face du pays aux yeux du monde. Il n'est pourtant pas certain que les jeunes générations, plus ouvertes au changement et au monde, souhaitent vivre dans le pays qui se dessine sous leurs yeux.

Dire que la Belgique actuelle ne fonctionne pas est faux. Dire que notre pays est une démocratie moderne et efficace l'est tout autant. Comparé à la majorité des pays dans le monde, nous vivons dans un pays ultra-privilégié dans lequel de multiples opportunités existent. Le changement est une chance unique qu'il faut saisir sans peur. Ne gâchons donc pas cette opportunité en nous refermant sur nos petites régions au nom d'un pseudo sens de l'histoire déjà écrit.

François Toussaint est entrepreneur et membre du groupe du vendredi, une plateforme politique pour jeunes d'horizons divers soutenue par la Fondation Roi Baudoin. Il écrit en nom propre

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