Olivier Mouton
Olivier Mouton
Journaliste politique au Vif/L'Express
Opinion

17/12/14 à 14:27 - Mise à jour à 14:27

Le dilemme de Charles Michel

Le Premier ministre maintient le cap, en tentant de mieux communiquer. Son épreuve de vérité arrive, pourtant. Après la trêve de Noël, il devra choisir: payer le prix pour retrouver le chemin du consensus ou assumer sa volonté de passer en force.

Le dilemme de Charles Michel

© Belga

La trêve de Noël n'aura sans doute jamais été aussi bienvenue sur le plan politique et social. Les héros syndicaux sont fatigués et se retirent sous la tente des fêtes de fin d'année pour tenter, du bout des lèvres, de laisser une chance au dialogue. Rien toutefois n'exclut pour l'heure une reprise des hostilités dans la rue au début du mois de janvier.

C'est que le Premier ministre et son gouvernement entendent maintenir le cap. Dans un exercice de pure communication, mardi soir sur RTL-TVI, Charles Michel a lancé un énième appel à la concertation et proposé aux partenaires sociaux d'élaborer ensemble une "Stratégie pour l'emploi" en l'échange de laquelle il réclame la paix sociale. Pas question, par contre, de revenir en arrière sur les mesures les plus critiquées comme le saut d'index ou le relèvement de l'âge de la pension à 67 ans. Quant aux éventuelles mesures garantissant une meilleure justice fiscale, elle ne viendront que dans un second temps, pour autant qu'elles puissent être élaborées sereinement... et que le contexte budgétaire le permette.

Au fond, c'est bien joué de la part de Charles Michel. Il a patiemment attendu que le mouvement social bombe le torse et épuise ses forces avant de remettre sur la table... un menu parfaitement identique à celui annoncé à son arrivée. Un espace de concertation existe depuis le début pour assouplir la portée des mesures contestées, voire les étaler dans le temps. Une importante réunion du Groupe des Dix a lieu ce mercredi après-midi pour prolonger les contacts qui ont eu lieu en coulisse ces dernières semaines et baliser la discussion. De là à dire que les acteurs de cette confrontation frontale des dernières semaines se retrouvent le coeur léger, il y a un pas que l'on ne franchira pas.

Dans un entretien exclusif que Le Vif/ L'Express publiera dans son édition de jeudi, le Premier ministre revient longuement sur son année folle et souligne sa détermination à aller jusqu'au bout de son programme de rupture. S'il exprime sa compréhension par rapport à l'inquiétude exprimée par les mouvements sociaux, Charles Michel insiste sur la nécessité du virage pris et avance surtout son intention de mieux expliquer les mesures, pour tordre le cou aux désinformations de l'opposition et de certains syndicats (visez la FGTB) "instrumentalisés politiquement". "Les recettes du Parti socialistes n'ont pas fonctionné", coupe-t-il notamment. Ne manquez en aucun cas ces confessions qui balayent une année 2014 météorique et en disent long sur ce jeune messie de la politique qui semble prendre de l'étoffe au fil des épreuves.

Une trêve de Noël bienvenue

La trêve de Noël est bienvenue parce qu'elle permettra, au fond, de digérer le contexte inédit issu des élections du 25 mai dernier, avec ses majorités asymétriques du côté francophone et une polarisation du débat sans précédent depuis un quart de siècle. Ces deux mois de confrontations sociales n'auront pas servi à rien, tant s'en faut. Les citoyens et travailleurs ont pu commencer à exprimer leurs inquiétudes, leurs préoccupations et leurs priorités. Le gouvernement a pris conscience de l'importance du malaise et tiré les conclusions de ses erreurs coupables de communication initiale. L'opposition a modéré le ton de ses attaques frontales des premières semaines. Comme si chacun avait besoin de ce temps pour se repositionner dans un paysage profondément bouleversé.

L'opération de com' de Charles Michel, cette semaine, vise aussi à mettre les syndicats au pied du mur et à tester leur réelle détermination à oeuvrer en faveur de l'emploi. Certains, dans les milieux gouvernementaux, considèrent en effet que ces derniers vivent du malaise social et du chômage galopant. Ils n'auraient en réalité aucun intérêt... à ce que se mettent en place des solutions qui fonctionnent.

Premières failles au sein de la majorité

Dans les rangs syndicaux, l'évaluation de ces semaines d'actions devrait mettre en avant les premières failles apparues au sein de la majorité. Le CD&V, singulièrement, semble fragilisé, mal à l'aise, du côté flamand face à deux partis intransigeants, la N-VA et l'Open VLD. Faute de réelle ouverture dans le chef du gouvernement, l'épreuve de force pourrait viser à accentuer l'inconfort de la démocratie chrétienne, alors que le PS, surtout, multiplie les gestes pour démontrer au CD&V que tout serait plus simple avec lui. "La grande différence entre aujourd'hui et il y a six mois, c'est que le pays vit dans une tension extrême, a martelé Elio Di Rupo, président du PS, qui déplore l'absence d'ouverture du gouvernement Michel. Traduisez: nous sommes l'alternative.

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Une reprise des grèves en janvier malmènerait la société et causerait des dommages considérables pour l'économie du pays

Nous sommes au milieu du gué. Il reste bien des obstacles à la reprise d'un vrai dialogue. Les semaines à venir diront si dans le calme et la discrétion, chacun pourra retrouver le sens des responsabilités et de l'ouverture. Il n'y a guère le droit à l'échec: une reprise des grèves et des heurts en janvier malmènerait la société et causerait des dommages considérables pour l'économie et l'image de marque du pays.

La véritable épreuve commence pour Charles Michel, une période clé au cours de laquelle il devra choisir: retrouver le chemin du consensus en en payant le prix ou assumer sa volonté de passer en force.

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