Le dernier épisode de Saga Belgica

06/12/10 à 13:45 - Mise à jour à 13:45

Source: Le Vif

Accord à Noël ? Elections à la Saint-Valentin ? Les deux scénarios restent possibles, malgré la menace des spéculateurs.

Le dernier épisode de Saga Belgica

© Belga

Quel suspense ! La proposition du conciliateur royal Johan Vande Lanotte (SP.A) se muera-t-elle enfin en compromis à la belge ? Ou bien retournerons-nous aux urnes à la fin de l'hiver ? Même madame Irma ne voit que des flocons blancs dans sa boule de cristal. Rien n'est joué. A l'instar des séries télé, les événements de ces derniers jours constituent un excellent teaser pour le prochain épisode...

Scène 1 : la menace des spéculateurs. "La Belgique, prochain domino de la zone euro à tomber ?" s'interroge The Wall Street Journal, le 26 novembre. Et la presse britannique sérieuse ( The Guardian, The Independent) d'embrayer : les spéculateurs s'intéresseraient à notre pays très endetté, comme ils l'ont fait avec la Grèce et l'Irlande. Bien que cela fasse frissonner, la menace semble exagérée. De nombreuses voix belges s'élèvent néanmoins pour renchérir. Une trame bien connue se dessine : plus les marchés se montreront nerveux, plus les négociations ont une chance d'aboutir.

Scène 2 : il y a de l'espoir. Johan Vande Lanotte fait rapport au roi qui prolonge sa mission. La recette de l'Ostendais paraît très équilibrée. Pour les Flamands : une bonne dose de responsabilisation et d'autonomie fiscale, un mécanisme de solidarité qui diminuerait avec le temps. Et pour les francophones : le maintien de la solidarité et de la progressivité de l'impôt, des freins à la concurrence fiscale entre Régions, le refinancement de Bruxelles via un impôt régional partiellement basé sur le lieu de travail, des garanties pour le trésor fédéral. Bien sûr, cet équilibre subtil est encore flingué des deux côtés de la frontière linguistique, mais, cette fois, avec du petit calibre. Grâce aux simulations de la Banque nationale, la négociation pourrait être en bonne voie. Un dialogue est réamorcé, alors que les sept négociateurs (PS, CDH, Ecolo, N-VA, CD&V, SP.A, Groen !) ne se sont plus réunis autour d'une même table depuis trois mois.

Scène 3 : le Voka crée la surprise. Le patron des patrons flamands, Luc De Bruyckere, tance Bart De Wever pour qu'un accord soit enfin signé. Pas de plans B, pas de nouvelles élections, prévient-il. Car trop risqué pour le pays. Vu l'étroite complicité entre la N-VA et le Voka, on se prête à rêver. Et si De Bruyckere avait sifflé la fin de la récré ? Les vrais fans de la série auront néanmoins noté que, le lendemain, sur les ondes de la VRT, De Bruyckere a nuancé son sermon : les problèmes financiers du pays ne doivent pas être un alibi pour brader un accord.

Scène 4 : la tension remonte insidieusement. Invité-star du Cercle de Wallonie, Bart De Wever assure, entre deux boutades, ne pas vouloir de nouvelles élections. Pensez donc ! Après l'appel à la raison du Voka... De son côté, le même jour, Elio Di Rupo (PS) montre patte de velours : OK pour une plus large autonomie fiscale des Régions. Réelle bonne volonté ? On sent plutôt que l'un et l'autre préparent le terrain pour un classique "C'est pas moi, c'est lui !", en cas d'échec des négociations. Ce n'est plus un secret pour personne : De Wever veut le MR à ses côtés. Sur les hauteurs de Namur, il a fait les yeux doux, sans pudeur, à Didier Reynders qu'il avait personnellement choisi comme Monsieur Loyal avant son show wallon. Il veut aussi se débarrasser du CDH qui cale toujours sur l'autonomie fiscale. Mais personne ne veut prendre la responsabilité de débrancher la machine des négociations. Car cela signifierait automatiquement de nouvelles élections. Des élections impopulaires, référendum sur la survie de la Belgique. Cela ferait saliver encore plus les vautours de la spéculation... L'intrigue est à son comble. Suite au prochain épisode. A force, on risque tout de même de se lasser.

THIERRY DENOËL

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