Le coût caché du gouvernement Di Rupo

29/11/13 à 07:06 - Mise à jour à 07:06

Source: Le Vif

Derrière le bon bulletin budgétaire européen adressé à la Belgique se cachent bien des non-dits. Georges Gilkinet (Ecolo), président de la commission des Finances de la Chambre, dénonce en exclusivité pour Le Vif/L'Express une situation qui risque de devenir explosive.

Le coût caché du gouvernement Di Rupo

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La Belgique est remise sur les rails budgétaires. C'est le discours officiel. Le 15 novembre dernier, la Commission européenne a enfin attribué une note "satisfaisante" à notre pays. Au printemps prochain, en pleine campagne électorale, nous devrions quitter la procédure de déficit excessif, qui sanctionne les pays dont le déficit budgétaire est supérieur à 3% du PIB. C'était l'un des objectifs avoués du gouvernement mis en place en décembre 2011 par Elio Di Rupo après 541 jours de crise politique. Un soulagement.

Tout n'est cependant pas si rose. En deux ans, la majorité fédérale (PS, SP.A, CD&V, CDH, MR et Open VLD) a gratté les fonds de tiroir pour réaliser plus de 22 milliards d'euros d'économie (quelque 800 milliards d'anciens francs belges, c'est colossal!) en essayant de ne pas casser la machine. Elle a - surtout - transmis la facture à d'autres niveaux de pouvoir, pris des mesures qui seront douloureuses à terme et, parfois, décidé... de ne pas décider. Georges Gilkinet (Ecolo, opposition au fédéral), président de la commission des Finances de la Chambre et à ce titre observateur privilégié des débats budgétaires, dénonce dix dossiers très concrets qui sont autant de bombes à retardement.

Le Vif/L'Express : Peut-on se réjouir du bon bulletin budgétaire européen adressé à la Belgique ?

> Georges Gilkinet : Non, il n'y a pas lieu de se réjouir. Elio Di Rupo est un remarquable communicateur qui agit dans un contexte difficile. Il n'a certes pas la partie facile avec six partis au sein de sa majorité, mais d'un point de vue budgétaire, je veux être très clair : on n'a rien résolu ! Le Premier ministre ne cesse de nous dire que la situation est pire ailleurs, dans d'autres pays européens. Peut-être. Mais on ne prépare pas l'avenir.

On a fait le plus urgent, sortir des radars des marchés financiers, et on a accepté les exigences budgétaires de l'Union européenne, mais on n'a pas créé les conditions pour rencontrer les enjeux économiques et sociaux du futur. Sans doute le fédéral ne voulait-il pas être le seul à annoncer de mauvaises nouvelles. Ce sera donc le job des prochaines majorités.

On n'a rien résolu, vraiment ?

> Le gouvernement règle l'urgence tant bien que mal, en laissant pourrir d'autres problèmes plus fondamentaux qui finiront par éclater. Quand il ne reporte pas la charge sur d'autres entités - les Régions ou, le plus souvent, les pouvoirs locaux - et sur les générations futures.

Peut-être est-ce le propre de chaque gouvernement de travailler dans le court terme, mais la majorité Papillon pousse cette logique à son extrême. C'est évidemment dû aussi au fait que les finances publiques sont compressées à leur maximum. On essaie de voir là où il reste un peu de gras, le temps de traverser la tempête.

L'équipe Di Rupo dit avoir réalisé quelque 22 milliards d'économies sans faire trop de dégâts...

> Je conteste le discours consistant à dire que ce serait indolore. Et j'estime en outre que ce sera encore plus douloureux demain.

Le pire, c'est que ce sont les plus faibles qui trinquent. Beaucoup de chômeurs vont se trouver en fin de droit et devront s'adresser à leur CPAS. Les communes les plus pauvres sont au bord de la rupture. Des associations mettent la clé sous le paillasson. Des entreprises font faillite en raison des factures non payées par les autorités publiques. Le nombre de personnes en situation de risque de pauvreté ne cesse d'augmenter.

Officiellement, on se réjouit du fait que ce gouvernement a sauvé la Belgique, on vante la "recette belge", mais dans les faits, on met bien des problèmes sous le tapis dont le coût, demain, risque de s'avérer exorbitant.

C'est la politique des bouts de ficelles ?

> C'est le retour de la politique de la râpe à fromage. On s'interdit de poser des choix structurels, mais on embête tout le monde. On n'ose pas se poser sérieusement les questions sur les recettes, la lutte contre la fraude fiscale, la contribution des revenus des capitaux, la réforme du secteur bancaire et financier... Intellectuellement, dans les discours, cette réflexion existe, mais on n'en tire pas les conséquences en prenant les décisions courageuses et visionnaires qui sont nécessaires.

On verra, la prochaine législature, s'il sera possible de mettre en place des majorités plus homogènes sur le plan idéologique, avec un vrai projet mobilisateur et du temps pour agir. On se trouvera face à un tunnel de quatre ans sans élection : cela fait longtemps que ça n'était pas arrivé...

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine, avec l'avis des principaux concernés, la réplique du gouvernement, la sentence de Jean Hindriks, professeur d'économie à l'UCL, et les dix bombes à retardement :

- La pauvreté dies CPAS
- Les communes étranglées
- Les retards de paiement meurtriers pour les entreprises
- L'iceberg des pensions
- La gestion des banques
- La justice est délaissée
- La faillite des titre-services
- Le passif nucléaire coûtera cher
- La non-réponse climatique
- La coopération au développement étranglée

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