Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

29/06/12 à 10:07 - Mise à jour à 10:07

La vie rêvée de Philippe de B.

A-t-il rêvé, un jour, d'être un artiste ? la légende ne le dit pas. Ni les rares confidences échappées miraculeusement du Palais. C'est tout juste si l'on sait qu'il aime, en vrac, les spaghettis sauce tomate, ses enfants, Mathilde, le sud de la France, la Chine et prendre de la hauteur avec son hélicoptère. La face people.

Pour le reste, motus et bouche cousue. Même sous la torture, ses fidèles ne lâcheraient rien. Trop peur des conséquences atomiques que la moindre gaffe pourrait provoquer. L'intéressé lui-même se camoufle derrière un mur de discrétion aussi épais qu'un bottin mondain. Il faut dire qu'il s'est déjà fait tacler quelques fois et qu'on ne l'y reprendra plus. Ainsi cet épisode douloureux de 2004, quand il s'était attaqué aux partis séparatistes flamands. "Celui qui s'en prend à la Belgique s'en prend à moi. Je peux être coriace si je veux. Je ne me laisserai pas marcher sur les pieds", avait-il, alors, mâlement avancé. Tollé général, rappel à l'ordre du Premier ministre de l'époque, Guy Verhofstadt. Courbe rentrante. Pour mieux rebondir un peu plus tard, avec quelques incartades avec la presse, mais c'est de l'histoire ancienne, prescription oblige. Pourtant, on dit le prince idéaliste, dévoué, généreux, tenace. Un brin orgueilleux, vindicatif et terriblement maladroit, aussi. Au point de s'autoparalyser, de crainte de fauter.

Aujourd'hui, officiellement, il est toujours en formation. L'une des formations les plus longues infligées à un héritier du trône. Peu doué ou sous haute surveillance politique, Philippe de B. ? Peu importe. Après quelque trente ans d'écolage, on peut espérer que cette fois-ci, ça y est, il est fin prêt pour succéder à son père le moment venu. "Je le suis", confirmait solennellement il y a peu le principal intéressé devant un aréopage de journalistes soigneusement sélectionnés. Dont acte.

Hélas, la vie rêvée du prince Philippe en son royaume ne lui réserve guère de bonnes surprises. Dur, dur le métier, avec tous ces malveillants qui guettent. A commencer par les séparatistes flamands, justement, qui depuis 2004, comme les petits pains et les poissons de la Bible, se sont multipliés. Et que dire de son beau pays, dont il sait si bien vanter les charmes à l'étranger, et qui frôle désormais l'implosion ?

Fort heureusement, il est un cénacle au sein duquel il échappe à toutes ces mesquineries et ces tracas de bas étage, comme le révèle notre enquête cette semaine. Un cocon clairement conservateur, proche de l'aristocratie européenne : le groupe Bilderberg qui réunit le gratin de la politique et du business international, mais "bien peu de smicards", selon le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius. Là il se sent chez lui, du moins si l'on se réfère à son taux de présence. Avec Henry Kissinger, les ministres polonais ou turc des Finances, la reine Beatrix des Pays-Bas, l'un ou l'autre CEO des plus grandes multinationales, il peut refaire le monde, en toute discrétion, autour de l'idéologie et du credo euro-atlantiste. Au nez et à la barbe du gouvernement fédéral. Personne pour lui demander des comptes. Là, il est libre, Philippe, il est libre.

Rien d'illégal, bien entendu. "Sphère strictement privée", précise le Palais. De fait, le prince a bien droit à ses jardins secrets. Oui, mais... il y a comme un malaise. Car, si le gouvernement est prompt à pointer le moindre dérapage du prince Laurent, il ne pipe mot sur l'intégration de son aîné dans un réseau informel aux orientations politiques affichées. Tandis que son fauteuil de sénateur de droit reste désespérément vide à la Haute Assemblée, à Bruxelles. Trop risqué

CHRISTINE LAURENT

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