Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

13/05/11 à 09:38 - Mise à jour à 09:38

La vie est belle, non ?

DES MIRAGES ET DU SABLE MOUVANT. DEPUIS PLUS D'UN AN, nous avançons à l'aveuglette. En tâtonnant, sans voir plus loin que le bout de notre nez. Avec, pour seules balises, les déclarations des uns, les pseudo-confidences des autres, autant de postures qui basculent selon les circonstances, les opportunités, les stratégies.

La vie est belle, non ?

Les mêmes mots, les mêmes antiennes qui quadrillent les mêmes phrases pour rythmer des discours discordants. Même le roi n'est pas épargné. Des "cafteurs" ont une nouvelle fois rompu le pacte de confidentialité qui régit les colloques singuliers. A qui profite le crime ? Moi ? Jamais, s'indignent, la main sur le coeur, les politiques reçus régulièrement en audience depuis le début de cette crise interminable. Et il faudrait les croire. De la commedia dell'arte qui ne fait plus sourire personne. Trop gros, énorme même.

Mais pas question de se laisser plomber le moral pour autant. Le gouvernement en affaires courantes y veille : la croissance est meilleure que prévu ; le budget en voie d'être voté, bien plus favorable qu'on pouvait le craindre : il n'imposera aucun sacrifice douloureux. Mieux, la Belgique est en mesure de rembourser sa dette sans difficulté. Un miracle ! Conforté par "la mansuétude" de la très diabolisée et menaçante agence de notation Standard & Poor's qui, c'est officiel, ne dégradera pas notre note en juin prochain. Bref, la vie est belle, non ? Pour Yves Leterme, c'est l'extase !

Des mirages et du sable mouvant. Notre pays n'a toujours pas conclu, malgré des mois de négociations, le tant attendu accord institutionnel. Il n'a pas réalisé non plus la réforme vitale des pensions, pourtant urgente si l'on ne veut pas handicaper l'avenir de nos enfants. Le peuple subit les blocages actuels. Pas grave, demain est un autre jour. Pourquoi s'inquiéter ? Nos politiques se chargent de tout. Dans l'opacité et le plus grand secret. Circulez, il n'y a rien à voir. Car, dans nos "vieilles" démocraties, si, officiellement, le pouvoir est entre les mains des élus de la Nation, à savoir le Parlement, dans la réalité, il a été confisqué depuis belle lurette par les partis. A l'heure où le nombre des militants, toutes tendances confondues, a diminué de moitié, et que le taux d'abstention aux élections atteint des records, seuls les présidents de parti peuvent conclure les alliances préélectorales confidentielles, décider des coalitions gouvernementales, nommer les ministres, déterminer l'agenda politique ou la composition des listes, imposer une discipline, y compris au sein du Parlement. Pas question d'y déroger. En marginalisant les assemblées, l'oligarchie politique crée de facto un déficit démocratique maintes fois dénoncé par les politologues et les citoyens.

Bricolage institutionnel, négociations successives, marchandages, recherche permanente de compromis ont renforcé de manière pernicieuse cette dérive en Belgique. Rien, on ne nous dit rien. A peine quelques bribes et morceaux lâchés avec parcimonie et aussitôt démentis si une tempête médiatique pointe son nez. Même la communication est verrouillée. Mais les temps changent. L'individu ne veut plus appartenir, il veut choisir. Il rêve de vision politique à moyen et à long terme, de repères, de stabilité, d'avenir, de nouvelles relations fondées sur une confiance retrouvée avec ses représentants. Face à la dérive, il est urgent et sain qu'il réinvestisse la politique, qu'il s'engage. Surtout à l'heure où les changements qui se profilent vont ébranler tout notre édifice, lui qui ne tient plus que sur quelques pilotis.

CHRISTINE LAURENT

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