La sécurité à l'aéroport de Zaventem critiquée de toutes parts

31/03/16 à 11:40 - Mise à jour à 11:54

Des agents de la police aéronautique ont exprimé mercredi dans une lettre ouverte adressée à leurs supérieurs leur mécontentement quant à ce qu'ils qualifient de "mauvaise gestion" de la sécurité à l'aéroport de Zaventem. Un article d'un média alternatif flamand pointe également du doigt certains manquements.

La sécurité à l'aéroport de Zaventem critiquée de toutes parts

© BELGA

Lacunes en matière de sécurité

Des agents de la police aéronautique, dans une lettre ouverte adressée mercredi à leur hiérarchie, plaident "pour la protection d'un aéroport international comme cela devrait être le cas en 2016". Ces agents font partie d'une section de la police fédérale compétente au sein des aéroports et chargée du traitement des plaintes et des dépositions, de la constatation de délits, de l'exécution de patrouilles et de missions de protection. Ils y soulignent que depuis que le niveau de la menace terroriste a été élevé en Belgique, ils ont signalé quotidiennement des lacunes en matière de sécurité à leurs supérieurs et à Brussels Airport.

Ils pointent du doigt les quatre niveaux du bâtiment de l'aéroport qui sont "très accessibles à tout un chacun", et donc aussi aux criminels. "Plusieurs rapports d'information destinés au service de lutte contre le terrorisme ont été dressés au sujet de contrôles d'identité des passagers comme de passants douteux", ajoutent-ils.

Dans leur lettre ouverte, les policiers expliquent également que de nombreuses personnes travaillant à l'aéroport sont connus pour des faits criminels graves. Interviewé ce matin par Bel RTL, Vincent Gilles président du SLFP Police ne confirme pas : "Ça nous était revenu aussi, mais nous n'avions pas les éléments de preuves. D'autant que ce n'est pas vraiment un champ de négociation pour nous. Il apparait qu'il y a eu une politique de recrutement discriminatoire et qu'une certaine catégorie de la population était visée par ce recrutement plus favorable. Ce qui fait que dans le personnel bagagiste, apparemment, il y a pas mal de personnes qui, lors par exemple des faits de Paris, ont acclamé ces faits. Ce sont des collègues témoins qui nous l'ont dit."

Manque d'effectifs policiers et nouvelles règles

En avril 2015 déjà, des grèves du zèle avaient été organisées à l'aéroport de Zaventem, dans le but de dénoncer des carences au niveau du cadre policier. En réaction, le ministre Jan Jambon annonçait un renfort rapide. En novembre 2015, rebelote. "Et une fois de plus, nous voilà face à un engagement non respecté de la part de Jan Jambon. Il avait promis de compléter le cadre pour arriver à 435 effectifs. (...) Dans la réalité, ils sont 400 policiers sur le terrain !", avait dénoncé Vincent Gilles dans une interview pour la Dernière Heure.

Il y dénonçait aussi les nouvelles règles en matière de rapatriement : "Le nouveau patron de la police de l'aéroport (...) prévoit moins d'effectifs pour les rapatriements, si bien que les policiers chargés de contrôler les identités des passagers sont obligés de quitter leur poste pour aider leurs autres collègues chargés des rapatriements."

Un contrôle de sécurité des voyageurs qui pose question

Il n'existe pas le moindre contrôle de sécurité des voyageurs et de leurs bagages avant ceux permettant d'accéder aux portes d'embarquement, déplorent encore les agents de la police aéronautique dans leur lettre ouverte de mercredi. "Cette politique d'ouverture est désuète dans d'autres pays depuis longtemps et constitue l'exemple même de la situation d'insécurité fondamentale à l'aéroport de Zaventem." Les agents plaident pour des contrôles des passagers pénétrant dans le bâtiment et souhaitent une interdiction des véhicules dans un rayon de 100 mètres autour de celui-ci.

Ils demandent à être équipés de couvertures balistiques et de chambres de pression (afin de lutter contre les explosions) et à une révision de la procédure "inquiétante" pour le traitement des bagages abandonnés. Les agents plaident également pour la mise en place d'une équipe de réponse rapide (SRT) formée pour intervenir en cas d'incidents avec des fauteurs de troubles ou d'actes terroristes. Enfin, la lettre évoque la proportion relativement élevée de travailleurs situés dans les zones de tri des bagages au niveau du tarmac ayant un casier judiciaire. Il y est préconisé un suivi actif du personnel problématique exerçant ses activités dans des zones sensibles de l'aéroport, un screening plus sévère des badges et un licenciement des personnes déjà suivies pour terrorisme.

Badges et procédures

La rédaction du site DeWereldMorgen.be, un média alternatif flamand, a justement mené une enquête sur la sécurité de l'aéroport de Zaventem, qu'elle a publié mercredi. Les journalistes ont notamment tenté de contacter le ministre de l'Intérieur Jan Jambon à ce sujet. Par respect pour les victimes des attentats, les journalistes ont attendu une semaine avant de publier les premiers résultats.

L'enquête est partie du statut Facebook d'un étudiant de Borgerhout. Via une agence de recrutement, il a obtenu un emploi dans la firme de sécurité G4S. Dès le premier jour, il a reçu son badge de sécurité, valable deux mois. La date de fin était inscrite en vert, signifiant qu'il n'avait pas accès à la CPSRA, une zone de sécurité restreinte. Durant les deux premières semaines, il a travaillé sans problèmes. Lors de sa troisième semaine, son agence lui fait comprendre qu'il ne doit plus venir, sans raison apparente. Selon son manager de G4S, les "services de police" avaient demandé "d'arrêter ses activités dans l'aéroport ", écrit le média. Les journalistes se demandent alors : "S'il n'avait pas accès aux zones sensibles, pourquoi a-t-il été écarté sur base d'informations de sécurité ?".

Les journalistes ont donc voulu enquêter plus loin. "Nous apprenons alors que G4S et BAC, l'exploitant de l'aéroport qui distribue les badges, ne suivent pas la procédure. Normalement, le badge doit être demandé par la société qui emploie le salarié. S'ensuit une étude d'au moins cinq semaine. L'employé en question sera alors information s'il peut obtenir le badge", écrivent les deux journalistes. "Qu'un service de police prenne contact avec l'employeur sur le dossier est étranger et illégale. Surtout que le travailleur n'a pas eu la chance de faire appel de la décision", poursuit l'article.

Les journalistes apprennent également que les entreprises trouvent "des solutions créatives aux problèmes de badges". En exploitant par exemple le système des badges visiteurs. La personne ayant un badge visiteur, valable 7 jours, doit toujours être accompagné d'une personne avec badge permanent. Mais cela ne semble pas toujours être le cas. De plus 20 à 30% des entreprises utilisent des travailleurs temporaires, ce qui rend difficile l'enquête de cinq semaines pour l'obtention d'un badge. Les journalistes disent avoir présenté les éléments de leur dossier au ministre, sans réponse.

(OL avec Belga)

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