La question n'est pas de savoir "si" les pays seront frappés, mais "où et quand"

01/02/16 à 17:19 - Mise à jour à 21:02

Source: Belga

"Nous sommes côte à côte et déterminés à faire face pour élever le niveau de sécurité, lutter contre le fanatisme et le terrorisme", a déclaré le Premier ministre belge, Charles Michel à l'issue de sa rencontre avec son homologue français Manuel Valls, invité lundi à Val Duchesse.

La question n'est pas de savoir "si" les pays seront frappés, mais "où et quand"

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Cette réunion d'environ deux heures avait pour but de tirer le bilan de la coopération anti-terroriste entre Paris et Bruxelles depuis les attentats de Paris en novembre dernier. Les Premiers ministres belge et français sont déterminés à renforcer leur coopération policière et judiciaire pour lutter contre le terrorisme, ont-ils insisté au sortir de la réunion à laquelle participaient aussi leurs ministres de l'Intérieur et de la Justice, respectivement Jan Jambon et Koen Geens du côté belge ainsi que Bernard Cazeneuve et Jean-Jacques Urvoas du côté français. Des représentants de la Sûreté de l'Etat, de la police fédérale et le procureur général étaient également présents, conférant à la rencontre un caractère "exceptionnel", a souligné Charles Michel. Les dirigeants ont, entre autres, réalisé une évaluation du niveau de la menace pour "confronter nos diagnostics et être lucides face aux nouvelles formes de danger en Europe", a expliqué M. Michel. "Nous devons nous adapter, mieux anticiper et agir de concert", a-t-il appelé. M. Valls a pour sa part observé qu'il fallait "renforcer les coopérations dans tous les domaines policiers et judiciaires pour mieux détecter les individus qui présentent une menace", alors que Belgique et France font face "à la même menace". La question n'est pas de savoir "si" les pays seront frappés, mais "où et quand", a-t-il encore mis en garde.

La réunion s'est également concentrée sur les enquêtes en cours et sur les "leçons à tirer" pour déterminer comment "faire encore mieux en prenant en compte des différences intrinsèques des systèmes judiciaires respectifs", a déclaré Charles Michel. Il a évoqué la nécessité d'alimenter les bases de données Schengen (SIS) et Interpol de "manière unifiée et harmonisée", et manifesté la volonté d'avoir recours davantage aux données biométriques pour mieux lutter contre les documents de voyages falsifiés. M. Valls a pour sa part annoncé l'affectation d'un magistrat de liaison à l'ambassade française à Bruxelles, qui fera office d'interface entre les autorités judiciaires des deux pays et entre les ministères de la justice.

Les deux chefs de gouvernement ont aussi abordé la question de la radicalisation et la nécessité d'échanger de bonnes pratiques pour "lutter contre le processus qui amène au fanatisme et au passage à l'acte violent", a soutenu M. Michel. Le libéral a insisté sur la nécessité pour les deux pays de faire front commun dans le dialogue avec les principaux fournisseurs de service de téléphonie et d'Internet. Il s'agit d'une part de permettre l'obtention rapide d'informations nécessaires aux enquêtes terroristes, mais aussi de la détection et du retrait de contenus illicites. Enfin, les deux parties ont témoigné de leur ambition à défendre une ligne commune dans les instances européennes, notamment pour le renforcement des frontières extérieures de l'UE, et de la mise en application du "PNR européen". La réunion a donc permis de faire le point sur la collaboration franco-belge en matière de lutte contre le terrorisme, après les attentats du 13 novembre à Paris contre le Stade de France, la salle de concert 'Le Bataclan' et des terrasses de café. Les tueries, revendiquées par le groupe Etat islamique, ont fait 130 morts et des centaines de blessés. Quatre des neufs assaillants étaient d'origine belge, avec un solide ancrage dans la commune bruxelloise de Molenbeek.

Manuel Valls assure n'avoir jamais douté de la volonté du gouvernement belge

Le Premier ministre français Manuel Valls a assuré lundi n'avoir jamais douté de la volonté du gouvernement belge dans la lutte anti-terroriste, alors que l'image du pays est endommagée à l'étranger par les connexions belges des attentats de Paris.

Ces attentats "ont d'abord été préparés en Syrie, où l'ordre a été donné par Daesh - l'État islamique - de frapper en France et en Belgique ou d'autres pays européens", a affirmé M. Valls sur le plateau de RTL-TVi, aux côtés de son homologue belge Charles Michel. "Je n'ai jamais douté un seul instant de la force et de la détermination du gouvernement belge. Ce qui ne va pas, c'est qu'il faut améliorer les systèmes d'information, de renseignement et de prévention, pas seulement entre la France et la Belgique - même s'il y a déjà un haut niveau de coopération - mais au niveau de l'Europe", a ajouté le chef du gouvernement français. Lors d'une précédente rencontre, M. Michel avait déjà fait savoir à M. Valls que certaines déclarations sur la Belgique du président François Hollande et du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avaient pu paraître pour le moins ambiguës dans le clan belge. M. Michel a d'ailleurs annoncé il y a peu une série de visites à l'étranger pour restaurer l'image de la Belgique, endommagée par l'implication de certains de ses ressortissants dans les attentats du 13 novembre à Paris.

L'image de la Belgique a été mise à mal après les tueries de novembre à Paris (130 morts et des centaines de blessés), les enquêtes ayant rapidement mis en lumière les ramifications du réseau terroriste en Belgique, et plus particulièrement la piste de la "filière de Molenbeek". "La détermination belge est très grande" pour lutter contre le terrorisme, a affirmé plus tôt dans la journée M. Michel, sur la radio française Europe 1, tout en regrettant "les caricatures qui ont été exprimées contre la Belgique", notamment à l'encontre de la commune de Molenbeek Saint-Jean souvent taxée de repère pour terroristes.

Le sommet entre les deux pays doit être perçu "comme une histoire positive" en matière de collaboration antiterroriste, commente un proche de la partie belge. Après les attentats, la coopération franco-belge a donné lieu à une soixantaine de perquisitions et onze mandats d'arrêt en Belgique, mais aussi à des informations importantes délivrées par Bruxelles à Paris pour mener l'assaut de Saint-Denis le 18 novembre dernier. "Ce serait dommage de ne pas tirer de leçons de cette expérience positive", ajoute cette source. "Quoi qu'on ait pu dire, notre coopération en matière de sécurité fonctionne plutôt bien. Les échanges sont les plus systématiques possibles, des équipes d'enquête conjointes sont en place", a d'ores et déjà appuyé Charles Michel dans un entretien au quotidien Le Monde le même jour. Il a annoncé toutefois vouloir "prendre des engagements plus opérationnels et plus concrets. Nous pouvons aussi améliorer notre lutte conjointe contre la radicalisation."

Chaque partie insiste en outre pour une mise entre oeuvre rapide d'un "PNR européen". Ce fichier des passagers aériens, "approuvé après de scandaleuses lenteurs, ne fonctionnera que si les échanges entre les pays fonctionnent vraiment", a encore précisé au Monde M. Michel.

Les intervenants belges ont aussi fait valoir leurs inquiétudes au sujet des camps de migrants dans la "jungle" de Calais, qui commence aussi à affecter les territoires côtiers belges.

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