La privatisation de tâches n'est pas une réponse au désinvestissement dans la police

08/12/15 à 16:02 - Mise à jour à 16:41

Source: Belga

La prise en charge de certaines tâches policières par le secteur privé de la sécurité n'est pas une réponse au désinvestissement dans la police, ont indiqué mardi les organisations syndicales à l'occasion d'un débat relancé mardi par l'Open Vld, auquel ils ne ferment toutefois pas la porte.

La privatisation de tâches n'est pas une réponse au désinvestissement dans la police

© Reuters

Redéposée sous cette législature, une proposition de loi de Sabien Lahaye-Battheu vise à libérer de la capacité policière en permettant au secteur de la sécurité privée de s'emparer de certaines tâches de surveillance, de transport, d'escorte, de vidéo-surveillance mais également à compléter le travail policier, y compris dans le cadre de la loi sur la détention préventive.

Pour Vincent Gilles, président du Syndicat Libre de la Fonction publique (SLFP), "le débat est tout à fait envisageable" mais "nous avons une limite, celle de la qualité judiciaire". A partir de là, il convient, selon lui, de s'interroger sur la nature de la qualité des normes des agents de sécurité privée. Actuellement, leur niveau de formation est à cet égard "largement insuffisant" et "les épreuves certificatives ne font pas l'objet de normes". Il s'agira également de s'intéresser aux normes d'exécution des tâches, sachant que l'objectif du privé est la rentabilité et à cette fin la tentation d'un "abaissement de normes". On reste dans le domaine du service à la population, avec des moyens coercitifs, l'usage d'une violence légale potentiellement attentatoire aux libertés individuelles, a-t-il rappelé. Enfin, il faut pouvoir s'assurer de garanties suffisantes quant à la réalité d'exécution. Le représentant du SLFP cite à cet égard l'exemple des escortes pour les courses cyclistes que la loi permet déjà d'octroyer au privé mais dans lesquelles ce dernier n'a pas investi, faute d'expertise et de formation.

Son collègue du SLFP Vincent Houssin appuie ces réserves, avec d'autres exemples. Au milieu des années '90, le privé est venu appeler la police au secours pour escorter les transports de fonds. "Il y a eu 59 attaques en 1995, plus aucune aujourd'hui", souligne-t-il en épinglant par ailleurs les difficultés qu'il y aurait à permettre au privé de donner des injonctions dans la circulation. Autre exemple, la cavalerie qui a permis de mettre fin aux émeutes aux abords des stades de football.

De son côté, la CGSP (socialiste) ne rejette pas non plus le débat d'une certaine prise en charge privée "en complément" de la police mais, selon Eric Picqueur, il y a lieu de le reporter dans l'attente du plan du ministre de l'Intérieur Jan Jambon sur les tâches-clés de la police. "Il faut lister les tâches de la police" avant de décider d'une certaine externalisation, a-t-il dit, rappelant qu'il manquait 3.000 personnes au cadre opérationnel de la police intégrée pour réaliser les tâches policières essentielles.

Et c'est là que se situent les principales inquiétudes syndicales relayées mardi par le secrétaire permanent de la CSC-Police (chrétien) Stéphane Deldicque dans une longue dénonciation de la "politique déraisonnée criminelle de désinvestissement" sécuritaire, une responsabilité politique que finira, selon lui, par payer le citoyen. La question de tâches prioritaires ou non prioritaires est un faux débat, a-t-il soutenu mardi, car c'est "l'appareil policier qui a atteint sa limite". Cela s'est vu lors de la manifestation nationale du 6 novembre 2014, avec une police incapable de faire face et des autopompes qui n'étaient pas en état de fonctionner, cela s'est vu aussi lors du niveau 4 à Bruxelles quand les zones ont été incapables de subvenir à l'appel au renforcement des forces dans la capitale, en dépit du recours à 200 militaires complémentaires. "Et cela, sans qu'aucun incident majeur ne se soit déroulé, je vous laisse imaginer, autrement, ce qui se serait passé", a pesté le permanent dans un véritable 'J'accuse' dénonçant le résultat d'une "carence budgétaire récurrente". Selon lui, "l'État de droit anorexique ne survivra pas longtemps au manque d'investissement en personnel, moyens techniques et logistiques".

S'il a dit pouvoir "s'inscrire dans les démarches prises" au gouvernement et au parlement sur les tâches policières, Jérôme Aoust, secrétaire national au Syndicat national du personnel de police et sécurité (SNPS) a également souligné que lancer une réflexion au départ d'un cadre rempli à 90% constituait "clairement un problème". Il a également invité à choisir un système "uniforme" et non pas des privatisations optionnelles, faute de quoi on risquait de retomber dans les travers d'une police désorganisée qui fut celle d'avant la réforme.

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