Stéphane Michiels
Stéphane Michiels
Fondateur de Belvox
Opinion

23/10/17 à 10:41 - Mise à jour à 11:27

La politique, ce dragon qui se mange la queue

C'est un véritable dialogue de sourds qui s'est installé en Belgique entre les citoyens et les représentants politiques.

La politique, ce dragon qui se mange la queue

© DR

Lassés, fâchés, ulcérés par la situation politique, économique, sociale et par les affaires et les scandales, les citoyens réclament du changement en profondeur, exigent d'être reconnus et entendus, militent afin de pouvoir participer au fonctionnement des institutions, persuadés que leur bon sens pourra remettre de l'ordre dans tout cela, car le système montre trop de failles trop de faiblesses et qu'il est temps d'en changer.

Sans doute qu'à la construction du modèle démocratique, au début du XIXe siècle, la volonté de concentrer le pouvoir dans les mains d'un petit nombre fut salutaire.

Mais depuis, l'érudition de la population, l'avènement des moyens de communication et les nouvelles technologies ont clairement démontré l'obsolescence d'un système aussi opaque.

Les politiques eux n'entendent pas.

Il n'est pas dans leur algorithme d'envisager de tels bouleversements ni même de comprendre qu'on puisse imaginer une autre façon de fonctionner que celle dans laquelle leur engagement prend ses racines.

Comment en serait-il autrement ?

Ils se présentent et sont élus dans un système donné, pour le faire fonctionner, le cas échéant le protéger, mais jamais pour le remettre en question.

Tout est fait, pensé, calculé pour que le système se perpétue. Tous les risques ont été évalués, scénarisés, toutes les formes de contestation envisagées puis cloisonnées.

Une marge de manoeuvre a été aménagée pour laisser une indispensable impression de liberté. Même la liberté fondamentale, celle du vote, ce droit ultime et inaliénable, impose malgré tout un choix parmi des candidats issus du système, jamais d'en dehors.

Le vote blanc, ce signe fort comme marque du refus de participer, est lui aussi déjà prévu et considéré comme nul. Toute contestation est étouffée.

Le cercle infernal, l'ouroboros de l'antiquité, ce dragon qui se mange la queue.

Les revendications citoyennes sont donc inaudibles et insurmontables même si elles et ne portent pourtant rien qui puisse remettre en question les valeurs démocratiques du système.

Exacerbées par la rancoeur et sans doute aussi décrédibilisées par les réactions émotionnelles générées par les affaires, elles sont perçues comme illégitimes, irréfléchies et passagères et non comme l'inévitable fruit de l'évolution des mentalités.

Pourtant, loin d'une véritable révolution, ce sont surtout des ajustements qu'espèrent les citoyens, certains légers, d'autres plus conséquents, mais tous fondamentaux pour restaurer la confiance et le dialogue. Il s'agit de moralité, de transparence, d'ouverture, de représentativité et d'efficacité.

Il s'agit de vision à long terme et non d'échéances électorales, de bien commun et non d'intérêts partisans.

Il s'agit de lutter contre les conflits d'intérêts et la concentration des pouvoirs. Il s'agit de combattre la corruption et le népotisme. Il s'agit de débarrasser le système de toutes les entraves qui empêchent la démocratie d'être véritablement représentative. Il s'agit de permettre au citoyen de se réapproprier les prérogatives qui lui ont été confisquées depuis trop longtemps et de lui permettre d'assumer enfin sa part des responsabilités.

Il s'agit, à l'instar de nombreuses initiatives locales qui naissent dans des domaines aussi divers que la permaculture, la transition énergétique ,l'aide aux familles, le recyclage, le troc, les monnaies locales ou les écoles de devoirs, de faire en sorte que notre système politique puisse lui aussi "entrer en transition".

La question est donc de savoir comment le système va pouvoir intégrer ce nouveau paradigme, car il n'est plus l'heure pour les politiques de se demander s'il faut ouvrir le débat sur un changement de société, la mutation est déjà en cours, elle est irréversible.

Il faut réfléchir à intégrer ce changement dans le fonctionnement des institutions quitte à prendre le risque d'y perdre certaines de leurs prérogatives, mais de gagner en respect et en proximité.

Il est plus que souhaitable en tout cas que ce ne soit pas, une fois encore, au travers des extrêmes que les citoyens soient obligés de s'exprimer...

Belvox est une initiative citoyenne indépendante de toute formation politique qui milite pour la moralisation de la vie politique, la rationalisation des institutions et l'instauration d'un modèle démocratique participatif.

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