La N-VA fortement critiquée: "les masques tombent"

30/10/13 à 16:35 - Mise à jour à 16:35

Source: Le Vif

PS, MR, cdH, FDF, Ecolo, Groen, Open VLD, sp.a et même le Vlaams Belang critiquent les propositions du parti de Bart De Wever présentées lors d'une conférence de presse ce mercredi.

La N-VA fortement critiquée: "les masques tombent"

© BELGA

La N-VA "fait des Bruxellois des apatrides du confédéralisme"

La profonde réforme de l'Etat proposée mercredi par la N-VA conduirait à nier l'identité des Bruxellois, a affirmé dans un communiqué la présidente de la Fédération bruxelloise du Parti socialiste, Laurette Onkelinx. "Nous ne l'accepterons jamais", a embrayé le ministre-président PS de la Région, Rudi Vervoort.

"Bart De Wever décline le séparatisme dans une forme de moins en moins masquée, et refuse même aux Bruxellois leur identité propre. Le rattachement forcé qu'il leur propose, soit à la Wallonie, soit à la Flandre, fait des Bruxellois des apatrides du confédéralisme", selon Mme Onkelinx. "L'histoire fourmille d'exemples de retours de balancier qui ont frappé ceux qui ont méprisé l'identité de populations dont ils voulaient régler le sort", ajoute-t-elle en "constatant que la NVA rend tout dialogue impossible avec elle sur l'avenir de Bruxelles".

Pour Rudi Vervoort, "les masques tombent". "La NVA a démontré ce qu'elle est vraiment: un parti qui ne reconnaît ni la Belgique ni Bruxelles. En voulant supprimer la Région bruxelloise, 'Région capitale' du pays, la N-VA insulte les 1.150.000 de Bruxellois(es) et met à jour son véritable dessein: torpiller notre pays, ses talents, sa créativité, son génie", affirme le ministre-président bruxellois. "Nous ne l'accepterons jamais. Et je me demande d'ailleurs à cet égard quels francophones seraient prêts à mettre cela en oeuvre avec la N-VA. Nous, jamais", lance-t-il.

Le cdH bruxellois appelle les partis à prendre définitivement leurs distances avec la N-VA Le chef du groupe cdH au Parlement bruxellois, Benoît Cerexhe, a découvert "sans surprise mais avec consternation" le programme communautaire de la NVA relatif à l'avenir des institutions bruxelloises. Il "en appelle aux autres formations politiques bruxelloises, essentiellement flamandes, mais aussi le MR côté francophone, pour qu'elles prennent définitivement leurs distances vis-à-vis d'une formation politique belgo-bruxellicide", selon un communiqué.

Les propositions de la NVA sur Bruxelles "sont 'préhistoriques' parce qu'elles ne font que reprendre la litanie usée défendue depuis des décennies, bien avant la création de la Région bruxelloise, par un Mouvement flamand qui ne voit dans Bruxelles qu'un territoire où les habitants n'ont d'autre droit que de choisir de se faire acheter ou non par les deniers flamands et d'accepter de se faire cogérer, dans un premier temps, par la Flandre et la Wallonie, pour dans un deuxième temps abandonner toute prérogative à la seule Région flamande", estime M. Cerexhe.

Elles "confirment les options défendues depuis longtemps par la N-VA, à savoir celles de la négation totale de la Région bruxelloise, de la création de sous-nationalités sur le territoire des 19 communes, de la conflictualisations des relations intercommunautaires", selon lui.

De Wolf garde "confiance dans les électeurs de ne pas s'associer à cette négation de BXL"

"Nous gardons confiance dans les électeurs de ne pas s'associer à cette négation de Bruxelles", a affirmé le chef du groupe MR au parlement bruxellois Vincent De Wolf, en référence à la profonde réforme institutionnelle présentée mercredi par la N-VA.

"Il est regrettable de constater que la N-VA refuse en fait le seul vrai 'choix bruxellois', celui de construire une région à part entière, libre de se gérer elle-même dans l'intérêt des Francophones et des Flamands de Bruxelles et travaillant aux vraies priorités que sont l'emploi, la formation, l'enseignement ou son essor économique", fait-il valoir dans un communiqué.

"La N-VA espère sans doute séduire les électeurs néerlandophones de Bruxelles et de Flandre par de belles propositions socio-économiques sciemment élaborées afin de mieux faire avaler la pilule de ses visées communautaires", ajoute-t-il.

"Nous gardons confiance dans les électeurs de ne pas s'associer à cette négation de Bruxelles, comme de vouloir mettre en présence, au lendemain des prochaines élections, des formations politiques capables de travailler ensemble à l'avenir et au bien-être des habitants du pays et de ses trois régions", conclut le député libéral.

"Aucune ville au monde ne peut fonctionner avec un système d'apartheid"

Le député-bourgmestre FDF de Schaerbeek, Bernard Clerfayt, a vivement dénoncé mercredi les propositions de réformes institutionnelles dévoilées par la N-VA. "Aucune ville au monde ne peut fonctionner avec un système d'apartheid aussi pernicieusement organisé", lance-t-il dans un communiqué, en référence au "choix" proposé par le parti nationaliste aux citoyens de la capitale.

"C'est un manque de respect total pour tous les citoyens et spécifiquement tous les habitants, francophones ou flamands, de la Région bruxelloise", affirme-t-il. "Outre le choix scandaleux laissé au Bruxellois entre la Wallonie et la Flandre et la suppression de la Région centrale du pays, la N-VA ne prévoit qu'un siège garanti pour les Bruxellois au Parlement fédéral. Autant dire que les Bruxellois, qui représentent pourtant 10% de la population, n'auraient même plus leur mot à dire au sein du Parlement. Ce faisant, la N-VA attaque les Bruxellois de manière frontale", selon lui.

"Les FDF ne pourront jamais entrer dans une logique où l'on renie la Belgique, la Région bruxelloise et où l'on tente de faire des Bruxellois des citoyens de seconde zone. Je me demande d'ailleurs quel parti francophone pourrait s'asseoir autour d'une table avec ce parti pour négocier un accord de gestion du pays ou de la Région bruxelloise", note encore M. Clerfayt.

Soulignant les difficultés de la N-VA dans les sondages, il voit dans ses propositions les "cris d'un animal blessé". Elles sont pour lui "ignobles et 'onbespreekbaar'".

La N-VA est un parti infréquentable, selon Charles Picqué

Le bourgmestre de Saint-Gilles et ex-ministre-président bruxellois Charles Picqué (PS) a critiqué à son tour mercredi les propositions de réformes institutionnelles de la N-VA, un parti selon lui "infréquentable".

"Les déclarations de la NVA indiquent qu'il n'y aura pas de répit institutionnel si elle remporte les prochaines élections et si elle est capable de se trouver des alliés dans d'autres partis flamands", souligne-t-il dans un communiqué.

"L'attaque frontale contre Bruxelles et ses habitants s'inscrit dans une logique de destruction du pays car Bruxelles reste un élément important de la stabilité institutionnelle de la Belgique et un trait d'union indispensable entre le Nord et le Sud du pays", ajoute M. Picqué.

Les propositions relatives à Bruxelles "sont tout bonnement imbuvables, en particulier le concept de sous-nationalité et la négation de son statut de 3ème Région". "Ceci démontre que la N-VA est un parti infréquentable pour quiconque est soucieux de l'intérêt des Bruxellois et de la stabilité du pays, condition pourtant indispensable pour affronter les effets de la crise socio-économique", conclut-il.

"Néfaste", selon Groen; "naïf" pour le Vlaams Belang

Seuls Groen et le Vlaams Belang, parmi les partis flamands, avaient réagi mercredi en fin d'après-midi aux dernières propositions institutionnelles de la N-VA, qui ont suscité une levée de boucliers du côté francophone. Le parti écologiste critique "une révolution néfaste pour les Flamands, les Wallons et les Bruxellois", tandis que le Vlaams Belang ironise sur "un attachement naïf à la Belgique".

Le chef de groupe de Groen à la Chambre, Stefaan Van Hecke, se montre très inquiet des dernières propositions de la N-VA. "Elle appelle ça du confédéralisme, mais c'est en fait du séparatisme. Aucun autre parti ne voudra négocier sur ces réformes car elles signifieront, pour nos citoyens et entreprises, que nous serons embarqués dans des années de réformes institutionnelles", selon lui. Quant au choix proposé pour les Bruxellois, M. Van Hecke y voit "un cauchemar administratif".

A l'opposé, le Vlaams Belang trouve que les propositions de la N-VA ne vont pas assez loin. "Malgré quelques propositions ambitieuses", la N-VA raisonne encore dans le modèle belge, déplore le parti extrémiste.

Maingain appelle à sanctionner électoralement les alliés francophones de la N-VA

Les dernières propositions institutionnelles de la N-VA étaient "prévisibles" et s'inscrivent "dans la suite logique de la sixième réforme de l'Etat", estime le président des FDF Olivier Maingain. Il appelle à "sanctionner électoralement ses alliés potentiels, y compris francophones".

"En déplaçant le centre de gravité de l'Etat fédéral vers les Régions et communautés, cette sixième réforme a renforcé l'espoir du nationalisme flamand de démanteler la Belgique au profit de la Flandre", argumente M. Maingain dans un communiqué. "Ceux qui, aujourd'hui, s'en offusquent en portent donc une lourde responsabilité".

"Plutôt que de courir toujours derrière la dernière exigence institutionnelle des partis flamands, il est temps, pour les partis francophones, de signifier avec détermination et clarté que Bruxelles doit devenir une région à part entière, élargie à sa véritable dimension socio-économique, condition essentielle à la stabilité institutionnelle de la Belgique", selon M. Maingain.

"Le régime de l'apartheid, voulu par la N-VA, signifie l'appauvrissement de tous les Bruxellois. Ce régime conduirait à la concurrence sociale, destructrice des solidarités", ajoute-t-il, en référence au choix de sécurité sociale proposé par la N-VA à Bruxelles.

"Le plus grave, c'est qu'il y a des personnalités francophones, principalement au MR, qui sont disposées à privilégier des accords avec la N-VA. La meilleure façon d'empêcher la N-VA de nuire, est de sanctionner électoralement ses alliés potentiels, y compris francophones", conclut M. Maingain.

"Si la N-VA veut partir, elle doit savoir que ça se fera sans Bruxelles"

"Si la N-VA veut partir, elle doit savoir que ça se fera sans Bruxelles", affirme le secrétaire d'Etat bruxellois Ecolo Christos Doulkeridis, en réaction aux dernières propositions institutionnelles de la N-VA.

"Dans le contexte pré-électoral actuel, on comprend que la N-VA cherche à se positionner une nouvelle fois sur un terrain communautaire, tombant, une fois le plus, le masque sur ses intentions réelles pour la Belgique et pour Bruxelles. Nous n'avons pas de temps à perdre dans le piège grossier que nous tend la formation nationaliste", estime-t-il.

"Le rôle des autres formations politiques francophones ou néerlandophones n'est pas de prendre position en fonction d'un agenda que veut fixer la N-VA. Notre priorité est de rester focalisés sur le travail que nous menons pour améliorer le quotidien des Bruxelloises et des Bruxellois", ajoute le secrétaire d'Etat en charge du logement, également ministre-président du gouvernement francophone bruxellois (Cocof).

"Le temps est venu d'apaiser les tensions communautaires qui ont émaillé la vie politique de notre pays durant les années écoulées et de mettre en pratique la 6e réforme de l'Etat", poursuit-il, insistant sur le statut de Bruxelles en tant que région à part entière.

"Si la N-VA en a marre de la Belgique, qu'elle l'assume complètement et arrête de se retrancher derrière des propositions pseudo-confédéralistes. Et si elle veut partir, elle doit savoir que ça se fera sans Bruxelles", conclut-il.

"L'heure n'est pas au retour de combats d'un autre âge"

"L'heure n'est pas au retour de combats d'un autre âge", a commenté la vice-Première ministre cdH Joëlle Milquet, en réaction aux propositions institutionnelles de la N-VA.

Celles-ci "sont bien évidemment, et sans surprise, totalement inacceptables et elles ne méritent pas de longs communiqués de presse ni de développements vu leur caractère totalement excessif et provocateur. A l'heure où le pays se redresse, retrouve un avenir pacifié et serein et où Bruxelles se développe comme une Région à part entière ouverte à tous, l'heure n'est pas au retour de combats d'un autre âge", souligne-t-elle dans un bref communiqué.

"Le Bruxellois devient un citoyen de second rang"

Le ministre bruxellois Guy Vanhengel (Open Vld) a critiqué mercredi soir les propositions institutionnelles de la N-VA, qui conduisent selon lui à nier les habitants de Bruxelles. Ceux-ci "deviennent des apatrides", a-t-il déclaré sur la VRT.

"Les deux grandes entités, la Flandre et la Wallonie, vont gérer Bruxelles et le Bruxellois devient une sorte de citoyen de second rang, soumis à Anvers ou Namur", selon M. vanhengel.

Les idées de la N-VA ne peuvent pas fonctionner, a-t-il ajouté. Le choix proposé par la N-VA revient à demander de choisir entre son père et sa mère et "les Bruxellois ne veulent pas choisir". D'après lui, la N-VA a mal évalué la région bruxelloise.

La N-VA veut faire de Bruxelles un deuxième Sarajevo

Les propositions institutionnelles de la N-VA "ont le mérite de la clarté: elles veulent faire de Bruxelles un deuxième Sarajevo", a affirmé la députée flamande Yamila Idrissi (sp.a) sur TV Brussel.

Obliger à choisir entre la Flandre et la Wallonie est "un camouflet pour les Bruxellois". "Il y a à Bruxelles de nombreuses familles mélangées linguistiquement. Beaucoup de Bruxellois ne veulent pas choisir pour la communauté française ou néerlandophone. La N-VA veut monter les gens les uns contre les autres, comme elle le fait à Anvers", a-t-elle dit à Belga.

Selon la députée flamande, la N-VA n'a pas de vision pour le développement de la ville. "Notre capitale a de grands problèmes, notamment en termes de pauvreté et d'emploi. Mais là-dessus, je ne lis pas grand-chose dans les propositions de la N-VA".

Nos partenaires