Hendrik Vos
Opinion

10/06/11 à 09:28 - Mise à jour à 09:28

La N-VA devient eurosceptique

En Flandre, le débat sur la politique européenne n'a jamais fleuri. Pourtant, la plupart des lois en vigueur en Belgique nous ont été imposées par l'Europe, mais, apparemment, cela ne vaut pas de longues discussions.

Hendrik Vos Directeur du Centre d'études européennes de l'université de Gand

Les partis ne partagent-ils pas tous les mêmes idées au sujet de l'UE ? De temps en temps, les sociaux-démocrates manifestent leur mécontentement parce qu'à leurs yeux l'Europe est trop libérale. Sans en venir à une vraie contestation. Au contraire. Le plus souvent, ils plaident pour une Europe plus forte, capable de mener une authentique politique sociale.

Le Vlaams Belang fut longtemps le seul parti à se montrer sceptique vis-à-vis de l'Europe. Mais le VB n'attache pas une grande importance à l'Europe. Il n'a donc pas fait de grand battage autour de ce sujet. Le parti se profile uniquement en déclarant son hostilité à l'éventuelle entrée de la Turquie dans l'Union. Mais, depuis peu, les esprits ont changé en Flandre. Lors des dernières élections européennes, la Lijst Dedecker (LDD) a dressé un programme très critique. LDD compte un seul eurodéputé, le Néerlandais Derk-Jan Eppink. Il se définit lui-même comme euroréaliste. Il fait partie d'un groupe rassemblant les conservateurs britanniques et quelques élus de la droite, surtout polonaise et tchèque.

Ce qui est nouveau, c'est que le plus grand parti de Flandre, la N-VA, vient de découvrir l'euroscepticisme. Elle s'est opposée, d'abord, à la perception de recettes directes pour alimenter le budget européen. La N-VA ne veut pas d'impôts européens. Quelque temps après, elle a défendu l'instauration d'un meilleur contrôle aux frontières intérieures de l'Union, pour combattre les flux migratoires. Et Bart De Wever a introduit, voici peu, à Anvers, le président tchèque Vaclav Klaus, eurosceptique déclaré. A cette occasion, De Wever s'est posé en euroréaliste.

Voilà, à première vue, une évolution insolite. Dans le passé, la N-VA s'est toujours voulue proeuropéenne. Frieda Brepoels, seul membre du parti au Parlement européen, adhère au groupe réunissant quelques partis régionalistes et des verts, dont Ecolo. Elle a toujours voté en faveur d'un impôt européen et de l'extension des compétences de l'Union. Elle s'était indignée des propos tenus par Vaklav Klaus, au Parlement européen, en 2009. Les positions que défend aujourd'hui la N-VA sont davantage celles exprimées par Eppink que par son eurodéputée.

Mais cette volte-face ne devrait pas nous surprendre outre mesure. Il suffit de regarder le reste de l'Europe. Les partis conservateurs de droite privilégiant les idées nationalistes ont partout le vent en poupe. Geert Wilders aux Pays-Bas, Marine Le Pen en France et autres Vrais Finlandais. Tous lancent leurs flèches sur l'Europe. Les critiques à l'égard de l'Europe sont souvent inspirées par le populisme politique. Par exemple, le plaidoyer pour contrôler de nouveau les frontières pour combattre la migration illégale est peu réaliste. D'abord, parce que les frontières ne seront jamais imperméables. Impossible d'installer des barbelés autour de notre pays, ni de semer une flopée de mines antipersonnel dans nos régions limitrophes. Ensuite, parce que personne n'acceptera d'affronter les files d'attente aux postes-frontière parce que les services douaniers devront ouvrir tous les coffres de voiture pour être sûrs qu'aucun "illégal" ne s'y cache. Une politique de migration requiert des mesures plus appropriées. Or rien ne vaut l'action concertée des Etats membres, tous confrontés aux mêmes défis. Il n'empêche qu'une large frange des Européens sont réceptifs au discours antieuropéen. Il est frappant que la N-VA ait attendu si longtemps avant de tirer la carte de l'euroscepticisme. En tout cas, le mérite lui revient d'avoir lancé le débat en Flandre. Il reste aux autres partis à démontrer avec de solides arguments que les solutions populistes ne sont pas toujours salvatrices.

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