La Flandre et Maingain torpillent la métropole bruxelloise

14/03/11 à 11:46 - Mise à jour à 11:46

Source: Le Vif

Une "communauté métropolitaine" pour sortir du guêpier bruxellois? Vande Lanotte (SP.A), puis Reynders (MR) y ont songé. Piste recalée par le FDF Maingain. Et par les Flamands : Kris Peeters (CD&V) en tête, qui flaire un piège.

La Flandre et Maingain torpillent la métropole bruxelloise

© Belga

La solution relèverait du bon sens. Et sur le papier, le concept en jette. Il fait les yeux doux à un territoire bruxellois qui étouffe dans ses limites administratives réduites à 19 communes. Pourquoi pas une "communauté métropolitaine" en guise de ballon d'oxygène ? Un espace élargi à vocation socio-économique riche de près de 3 millions d'habitants, qui soulagerait les maux d'une Région bruxelloise désargentée et à l'étroit avec son million d'âmes. Les décideurs économiques ont cessé d'en rêver secrètement. Ils sont déjà passés à l'acte. En 2008, les organisations patronales de Bruxelles, de Flandre et de Wallonie s'unissent pour lancer la "Brussels Metropolitan Region." Première tentative de faire tourner ce moteur économique de la Belgique à plus haut régime, en le faisant rayonner dans son hinterland brabançon. Le projet a reçu en décembre dernier son Business Route-plan 2018.

Calculs pervers

Ça roule ? En réalité, cela s'embourbe toujours sur le terrain politique et communautaire. Non pas que l'idée d'une "communauté métropolitaine" à la sauce bruxelloise ne trotte pas dans la tête de responsables politiques. Elle a même fait son petit bonhomme de chemin au fil des actuelles négociations institutionnelles. Dans sa note restée sans lendemain, le conciliateur royal Johan Vande Lanotte (SP.A) l'avait reprise à son compte, quoique en la maintenant dans un certain flou. L'informateur Didier Reynders (MR) a aussi voulu "tester le truc" au cours de sa récente mission. En songeant à y intégrer un volet culturel ainsi que le domaine de l'enseignement, aux côtés de compétences socio-économiques. Las : le sac de noeuds bruxellois faillirait à sa réputation si l'apparent bon sens devait l'emporter. Au lieu d'une piste prometteuse à explorer sur le plan institutionnel, certains n'en retiennent qu'une embrouille à débusquer. Et le calcul pervers est effectué des deux côtés de la frontière linguistique.

"La Communauté métropolitaine de Bruxelles est un piège." A peine évoquée, Olivier Maingain, président du FDF, a tenu, par voie de presse, à étouffer dans l'oeuf la piste de réflexion. Ce nouveau "bidule institutionnel" ne serait qu'un leurre, ne ferait que compliquer la donne bruxelloise. Pis : il ferait peser la menace d'une cogestion de la Région bruxelloise par les deux grandes communautés du pays. Bref, décrète Olivier Maingain, il n'y a rien de bon à espérer de ce côté-là : ses combats cruciaux, l'élargissement de Bruxelles et la pleine compétence de la Communauté française en périphérie bruxelloise, n'y gagneraient pas un pouce de terrain.

Kris Peeters ferme la porte


Le président du FDF appréciera de ne pas être contredit dans le nord du pays. Cette "communauté métropolitaine" inspire aussi la méfiance et la suspicion. La Flandre y voit le plus sûr moyen de tomber dans le panneau de l'élargissement de Bruxelles que lui tendraient insidieusement les francophones.... La manigance présumée a récemment fait débat au sein de la commission de l'Economie du parlement flamand. Matthias Diependaele, député N-VA, a tiré l'alarme : "Qu'il ne s'agisse pas d'élargissement mais de coopération me paraît évident. Mais là réside bien le danger. On peut plaider pour une coopération socio-économique. Mais d'autres, des politiciens francophones, veulent en même temps en faire un dossier institutionnel. Nous ne pouvons l'accepter. Il ne peut être question de développer un niveau de pouvoir supplémentaire." Le député Open VLD Sven Gatz ne dit pas autre chose : "Un certain nombre de politiciens francophones, pas tous mais suffisamment nombreux et peut-être même trop nombreux, envisagent ce projet d'une autre manière que la nôtre." Que ceux-là sachent qu'ils font fausse route et mènent un combat dépassé, avertit le député libéral : "L'élargissement d'un territoire n'est plus de ce temps. Il y aura sans doute toujours des aspirations, mais cela a mené à beaucoup de conflits au XXe siècle. Le XXIe siècle est celui de la collaboration transfrontalière." Vue sous le prisme flamand, la philosophie du projet métropolitain fait d'ailleurs ses preuves : "Courtrai coopère avec Lille au sein d'une " communauté urbaine ", parce que Courtrai sait que Lille, même si une frontière d'Etat les sépare, n'a pas l'ambition d'annexer Courtrai."

La Flandre doute manifestement de la pureté de certaines intentions francophones, quand il s'agit de transposer ce modèle de coopération à l'échelle bruxelloise. Invité à livrer le fond de sa pensée, le ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V) a tenu à ruiner tout éventuel espoir : "Qu'il y ait une récupération politique, je ne peux l'empêcher. Mais il ne peut y avoir de doute : on ne touchera en rien aux frontières ni aux compétences propres des pouvoirs concernés, en cas de coopération dans le cadre d'une communauté d'intérêts socio-économiques Bruxelles-Flandre." Instituer une communauté métropolitaine par loi spéciale, donner à des communes (celles à facilités linguistiques par exemple...) la possibilité d'intégrer cette nouvelle instance sur une base volontaire ? Poussé dans ses retranchements par un élu Vlaams Belang, Kris Peeters ferme résolument la porte : "Je ne peux empêcher que d'autres tentent d'introduire cette idée. Ils essaient d'en faire autre chose que ce qui est permis à mes yeux." La communauté métropolitaine a du plomb dans l'aile pour résoudre le casse-tête bruxellois. Il faudra trouver une autre porte de sortie.

PIERRE HAVAUX

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