La farce grimaçante

25/05/13 à 10:25 - Mise à jour à 10:25

Source: Le Vif

Cela se passe dans une de ces maisons bruxelloises construites au bon temps de Leopold II.

La farce grimaçante

© Thierry Mortiaux

La lumière filtre à travers les fenêtres côté rue et trace sur le plancher de l'appartement situé selon toute vraisemblance à l'étage, des formes obliques qui n'entament pas la pénombre protectrice. Le peintre ventripotent et fier de l'être porte une robe de travail qu'un jupon, maladroit gonfle comme voile au vent. A ses pieds, mis à part quelques tubes de couleurs et un pot de térébenthine dans lequel patientent deux pinceaux, un enfant assis.

Reléguée au fond, entre une farde de dessins et un paravent, le modèle nu n'offre de son anatomie que son dos et ses fesses. Par contre dans cet atelier qui n'est pas sans évoquer celui d'un certain Monsieur Courbet, les visiteurs se sont assis. Sur le divan défoncé, l'homme affiche entre ses rides, la fierté imbécile du bourgeois engraissé de bonnes intentions. Par exemple, celle de commander un portrait de sa fille ou de sa jeune maîtresse au maître du lieu qui acceptera, ne fût-ce que pour payer son loyer. Elle porte les vêtements blancs de la virginité qui célèbrent les épousailles de la belle renfrognée avec Dieu (si elle a douze ans) ou avec son protecteur (si elle a quelques années de plus). A vous de choisir. Peut-être trouverez vous d'autres indices que le graveur Thierry Mortiaux, avec un délice aussi angélique que provocateur glisse dans ce huis clos mordu aux acides.

Guy Gilsoul

Bruxelles, le Salon d'Art. 81 rue de l'hôtel des monnaies. Jusqu'au 13 juillet.

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