Nicolas De Decker
Nicolas De Decker
Journaliste
Opinion

26/11/15 à 16:28 - Mise à jour à 02/12/15 à 10:51

La Belgique, une certaine idée de la sérénité

Il ne parle plus que de sérénité, Charles Michel, depuis deux semaines, de sang-froid et de concorde.

La Belgique, une certaine idée de la sérénité

© Belga

"Il ne faut pas céder à la peur (...) Ce sont les terroristes qui créent de l'angoisse, pas le gouvernement, pas sa communication", a répété jeudi, à la Chambre, le Premier ministre libéral du Royaume de Belgique.

On le croit. Il a raison.

Il ne s'agit pas de rigoler, en Belgique, depuis deux semaines.

D'ailleurs"il n'y a pas autre chose dans la peur qu'une agitation sans résultat ", écrivait le philosophe Alain, dans un de ses Propos.

Donc on n'a pas sombré dans l'agitation, en Belgique.

Surtout pas depuis deux semaines.

Personne d'autre que les méchants terroristes n'a créé d'angoisse.

D'ailleurs,

Il y a eu un organisme fédéral très sérieux qui a dit que la menace s'arrêtait aux frontières d'une Région de dix-neuf communes et à une autre commune qui n'était pas trop loin et qui n'était pas dedans parce qu'elle était flamande et qui a quand même demandé à en être et rendez-vous compte,

Il y a eu des mesures inflexibles d'interdiction de tout transport public souterrain dans les limites de cette région, mais pas le train souterrain qui passait sous les limites de cette région et allez comprendre,

Il y a eu un organisme fédéral très sérieux qui n'a pas demandé de fermer les petites et moyennes et grandes écoles de Bruxelles et puis les très sérieux gouvernements des communautés ont décidé de fermer les petites et les moyennes et les grandes écoles de Bruxelles et la ministre de l'Enseignement a expliqué que c'était parce que les écoles n'étaient pas menacées par la menace ah bon d'accord,

Il y a eu un redémarrage des transports publics souterrains entre six et vingt-deux heures trente sauf une partie des lignes un et cinq et un petit morceau de prémétro et les chauffeurs flamands auront une prime, mais pas les autres et débrouillez-vous,

Il y a eu un organisme fédéral très sérieux qui a dit que cette menace allait durer au moins une semaine jusqu' à lundi et qu'il ne fallait rien changer aux mesures très justes et très sérieuses, mais que d'ici là avant lundi les écoles rouvriraient et les métros rerouleraient et on verrait bien à ce moment-là s'il se passe quelque chose après tout,

Il y a eu des matches de football qui ont été annulés et des matches de football qui ont été maintenus et des matches de football qui ont été maintenus, mais sans supporters visiteurs et des matches de football qui ont été maintenus, mais sans supporters du tout et un et deux et trois zéro,

Il y a eu le ministre des Affaires étrangères du même pays et du même parti que le Premier ministre qui a raconté aux Etats-Unis que dix terroristes visaient un centre commercial et personne n'a fait fermer les centres commerciaux et puis alors ?

Il y a eu un ordre de police qui a demandé aux journalistes de se taire et les journalistes se sont tus et ils ont bien aimé et les réseaux sociaux aussi et les forces de l'ordre aussi qu'est-ce que c'était marrant,

Il y a eu un ministre régalien belge et nationaliste flamand du même gouvernement que le Premier ministre qui a voulu nettoyer une commune de la région de Bruxelles pourquoi pas ?

Il y a eu tout l'univers qui s'est intéressé à un petit bout pas très propre de Bruxelles il fallait bien,

Il y a eu Questions à la Une, la VRT, Le Monde, TF1, le New York Times, France 2, Euronews, la BBC, La Repubblica, l'ARD, la Rai, Al-Jezira, CNN, Fox News, le Télévie et Viva for Life en direct de la place communale de Molenbeek et tous ensemble nous vaincrons la terreur et les bébés morts,

Il y a même eu un billet de Marcel Sel.

Heureusement il y a encore Alain.

"Tous ces mangeurs d'ombres finissent toujours par nous conduire à la guerre, parce qu'il n'y a au monde que le danger réel qui guérisse de la peur ", écrivait-il dans un autre propos. Emile Chartier, dit Alain, se contredisait parfois un peu. Il était français. Et philosophe. Et serein. Donc pessimiste.

Mais pas angoissé.

Il ne connaissait pas la Belgique depuis deux semaines, faut dire.

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