La Belgique rend hommage à ses 22 ressortissants tués en 1994 au Rwanda

08/04/14 à 10:50 - Mise à jour à 10:50

Source: Le Vif

Deux ministres fédéraux, l'armée belge et le gouvernement rwandais ont rendu mardi un vibrant hommage aux dix Casques bleus assassinés à Kigali le 7 avril 1994 et aux douze civils belges qui ont perdu la vie durant les trois mois du génocide rwandais la même année, en présence d'une bonne partie des victimes indirectes de ces massacres, très émues.

La Belgique rend hommage à ses 22 ressortissants tués en 1994 au Rwanda

© Image Globe

Les ministres des Affaires étrangères et de la Coopération au développemment, Didier Reynders et Jean-Pascal Labille, ont notamment déposé une gerbe face à la plaque reprenant les noms des dix commandos de Flawinne qui ont perdu la vie au premier jour de génocide de 1994, alors qu'ils étaient chargés de protéger la Première ministre, Agathe Uwilingiyimana, une Hutu modérée.

Ils se sont aussi recueillis devant le petit bâtiment aux murs verdâtres du Camp Kigali, encore criblés d'impacts de balles témoignant de la résistance des dix Casques bleus à leurs assaillants, des membres des Forces armées rwandaises (FAR) qui les considéraient comme responsables de l'attentat commis la veille contre l'avion du président hutu Juvénal Habyarimana, l'élément déclencheur des tueries.

"Hier, nous nous sommes inclinés ensemble à la mémoire de toutes les victimes du génocide (qui fit de 800.000 morts, selon l'Onu, à un million, selon Kigali) perpétré il y a vingt ans contre les Tutsi au Rwanda, y compris la mémoire de ceux qui ont tenté de s'opposer et ont été massacrés parce qu'ils oeuvraient pour un Rwanda démocratique. Aujourd'hui, nous continuons cet hommage ici, dans ce lieu qui comme tant d'autres pour nous témoigne de ce drame indescriptible qu'a été le génocide de 1994", a résumé M. Reynders.
"Pour la Belgique, c'est bien entendu un lieu particulier. Il nous rappelle que notre pays a été intimement lié à cette tragédie. Il nous rappelle aussi le traumatisme vécu par 22 familles et l'ensemble du peuple belge à l'occasion de l'assassinat de compatriotes pourtant venus aider le peuple rwandais", a-t-il ajouté.

Rappellant la "résistance acharnée" des dix Casques bleus, il a noté qu'ils étaient venus au Rwanda, loin de chez eux, pour contribuer à la paix. "Ils se sont soudain retrouvés piégés dans une explosion de haine et de violence", a dit le chef de la diplomatie belge.
Il a également évoqué le cas des douze civils belges "tombés lors de ces événements douloureux".

"Certains ont été tués en raison de leur mariage avec un ou une tutsi. D'autres ont été victimes de la propagande anti-belge qui faisait rage à cette époque, entretenue notamment par la sinistre radio Mille Collines, qui désignait les Belges comme complices du FPR (le Front patriotique rwandais, la rébellion essentiellement tutsi qui a fini par prendre le pouvoir à Kigali en juillet 1994, mettant fin au génocide) et responsables de l'assassinat du président Habyarimana", a-t-il poursuivi.

M. Reynders a aussi rendu un - rare - hommage aux huit membres rwandais du personnel de l'ambassade de Belgique assassinés pendant le génocide.

"A vous tous qui avez perdu des proches, je voudrais dire: vingt ans après ces terribles événements, nous ne les avons pas oubliés, nous ne les oublierons pas", a-t-il lancé, promettant aussi la poursuite des procès en Belgique contre les responsables présumés du génocide.
M. Labille a pour sa part demandé à titre personnel "pardon" aux familles des dix Casques bleus et "à tous les militaires", saluant leur action lors du génocide rwandais.

"Nous devons être fiers, très fiers, de ce que nos militaires ont, dans des conditions épouvantables, réalisé ici", a-t-il affirmé.

"Et en leur hommage, je souhaite mon nom personnel demander pardon à vous et à tous les militaires. Ces hommes ont sacrifié leur vie pour sauver leur vie. Quoi de plus noble", a-t-il lancé.

M. Labille n'exerçait aucune responsabilité politique en 1994, même si son parti, le PS, siégeait alors au gouvernement qui avait décidé le 12 avril de retirer unilatéralement le contingent de Casques bleus belges de la Mission des Nations unies d'assistance au Rwanda (Minuar).

Lors de la cérémonie de mardi, les familles des victimes militaires se tenaient parmi les dix stèles dressées depuis dix ans dans le Camp Kigali. Ces pierres en granit noir, ornées de fleurs pour l'occasion, ont des pointes coupées net - comme le furent les vies de ces dix hommes - et des crants indiquent l'âge de chaque militaire défunt qu'elles représentent.

Labille demande "pardon" aux familles

Le ministre belge de la Coopération au développement, Jean-Pascal Labille, a demandé mardi à titre personnel "pardon" aux familles des dix Casques bleus assassinés le 7 avril 1994 à Kigali à tous les militaires, saluant leur action lors du début du génocide rwandais, voici vingt ans.

"Nous devons être fiers, très fiers, de ce que nos militaires ont, dans des conditions épouvantables, réalisé ici", a-t-il affirmé lors d'une cérémonie d'hommage aux 22 victimes belges - militaires et civiles - du génocide qui fait aussi de 800.000 morts, selon l'Onu, à un million, selon Kigali.

"Et en leur hommage, je souhaite mon nom personnel demander pardon à vous et à tous les militaires. Ces hommes ont sacrifié leur vie pour sauver leur vie. Quoi de plus noble", a lancé M. Labille devant le petit bâtiment du Camp Kigali aux murs verdâtres, encore criblés d'impacts de balles témoignant de la résistance des dix Casques bleus à eurs assaillants, des membres des Forces armées rwandaises (FAR) qui les considéraient comme responsables de l'attentat de la veille contre l'avion du président Juvénal Habyarimana.
M. Labille, qui est ministre de la Coopération au développement depuis janvier 2013, n'exercait aucune responsabilité politique en 1994, même si son parti, le PS, siégait alors au gouvernement.

Il a toutefois dénoncé l'"irresponsabilité", la "lâcheté" de certains lors de déclenchement du génocide, alors qu'une population se faisait "massacrer pour sa soi-disant appartenance à une ethnie".
C'était un "abandon de poste de la communauté internationale et de trop de responsables politiques", a-t-il dit.

Nos partenaires