Jules Gheude
Jules Gheude
Essayiste politique
Opinion

20/10/14 à 10:02 - Mise à jour à 10:25

La Belgique peut-elle encore tenir longtemps ?

Après les péripéties politiques de ces derniers jours, qui peut penser que la Belgique peut encore tenir longtemps ?

La Belgique peut-elle encore tenir longtemps ?

© Belga

Nous l'avons déjà écrit, l'accord de la "suédoise" nous agrée dans la mesure où il est vraiment susceptible de redresser la situation économique et budgétaire, tout en veillant à préserver les aspects sociaux fondamentaux. N'en déplaise aux organisations syndicales qui ont déjà décidé de paralyser la machine.

L'accord de gouvernement met l'accent sur la concertation sociale. Mais, comme l'a rappelé opportunément Patrick Dewael à la Chambre ce 15 octobre, lorsqu'elle cette concertation ne peut aboutir, c'est au gouvernement qu'il revient de décider. Empêcher qu'il en soit ainsi revient à saper les fondements mêmes de la démocratie.

Cela étant dit, il nous faut évoquer la polémique suscitée par l'attitude de deux membres N-VA de la nouvelle coalition et que l'opposition francophone n'a pas manqué de monter en épingle pour perturber les débats à la Chambre lors de la lecture et de l'examen de la déclaration gouvernementale.

Jan Jambon, le ministre de l'Intérieur, et Théo Francken, le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, ont, en effet, participé à des réunions ayant un lien avec la collaboration durant la Seconde Guerre Mondiale.

On touche ici à un domaine extrêmement sensible, à propos duquel le Nord et le Sud ont une approche diamétralement opposée.

Dès le milieu du XIXe siècle, le Mouvement flamand s'est organisé. De culturel au départ il a rapidement pris une coloration politique, l'objectif étant que la Flandre puisse obtenir ses lettres de noblesse au sein d'un Etat sous influence essentiellement francophone.

Durant les deux conflits mondiaux, ce Mouvement flamand a noué des contacts avec l'occupant en pensant que, vu les gènes germaniques, l'Allemagne permettrait à la Flandre d'accéder plus vite à l'autonomie politique. Rappelons-nous la libération des prisonniers de guerre flamands dès le début de la Seconde Guerre.

Les collaborateurs flamands, dans leur esprit, ont donc agi par idéal pour leur région : "Alles voor Vlaanderen, Vlaanderen voor Kristus". Aussi la répression sévère dont ils firent l'objet fut très mal perçue au Nord. Dans les décennies qui suivirent, de nombreuses propositions de loi flamandes furent ainsi introduites pour obtenir l'amnistie.

Certes, la Wallonie ne fut pas épargnée par la collaboration. Mais le dossier Léon Degrelle s'inscrit dans un tout autre contexte. Comme le fait remarquer fort justement Guido Fonteyn dans son livre "Les Wallons", en 1979 : "Certes, il y a eu collaboration en Wallonie comme en Flandre. Mais, la collaboration s'inscrit dans une certaine mesure au sein du Mouvement flamand, mais nullement dans le Mouvement wallon. Durant la guerre, la ligne du Mouvement wallon passe uniquement par la résistance".

Il ne s'agit nullement, dans notre chef, de légitimer la collaboration flamande, mais de rappeler les raisons qui l'ont engendrée.

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Si la coalition suédoise devait mourir prématurément, le nationalisme flamand progresserait encore, rendant impossible la mise sur pied d'un nouveau gouvernement

Bart De Wever a dit un jour que Flamands et Wallons vivaient sur des planètes différentes. Ce qui vient de se produire le confirme une fois plus.

En 1983, l'hebdomadaire "Knack" consacra une série d'articles à la Flandre des années 1940-1980. En guise d'introduction, on pouvait lire ceci : au début, il y eut la guerre, la collaboration et la répression. Aucune chronique sur la Flandre contemporaine n'est possible sans un regard en arrière (...) vers cette période troublée. Pratiquement toute la génération politique qui jouit du pouvoir et de la notoriété dans la Flandre actuelle, a dû confronter ses actes et ses idées aux événements d'il y a près d'un demi-siècle.

Une chose est sûre : si la coalition "suédoise" devait mourir prématurément, le nationalisme flamand progresserait encore, rendant cette fois impossible la mise sur pied d'un nouveau gouvernement.

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