La Belgique, pays "le moins transparent" dans la lutte contre Daech

25/05/16 à 15:44 - Mise à jour à 15:44

Source: Belga

La Belgique a été le pays "le moins transparent" de tous ceux qui ont participé en 2014 et 2015 à la campagne aérienne contre le groupe djihadiste Etat islamique en Irak, ont affirmé mercredi les écologistes francophones et flamands, en citant un rapport indépendant de l'ONG britannique Airwars.

La Belgique, pays "le moins transparent" dans la lutte contre Daech

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Cette étude d'Airwars "démontre un black out total dans le chef de l'armée" sur les opérations aériennes en Irak, menées sous le nom de code d'"Opération Desert Falcon" (ODF), a affirmé le député Benoît Hellings (Ecolo), dans un communiqué adressé à l'agence Belga.

"Il est temps que la Défense arrête de rendre toute information à ce sujet quasi-automatiquement classifiée" (secrète, ndlr), a ajouté M. Hellings au nom du groupe Ecolo-Groen à la Chambre.

"Une question aussi importante que la guerre doit pouvoir faire l'objet d'un débat public de qualité, basé sur des informations vérifiées et des résultats vérifiables. Ça n'est pas le cas aujourd'hui", a fait valoir le député écologiste.

Selon les Verts, Airwars a analysé dans le détail l'opération Desert Falcon, soit l'intervention des six F-16 belges en Irak en 2014 et 2015. L'ONG a analysé les données transmises par la Défense belge et ce que celle-ci a précisément réalisé. "Le rapport s'avère particulièrement critique et conclut que la Belgique est la moins transparente des douze partenaires de la coalition présente en Irak. Seul le Bahrein est +moins transparent+, mais ce pays n'est responsable que d'un seul bombardement (au tout début de l'opération), a souligné le député écologiste.

Entre le 5 octobre 2014 et le 24 avril 2015, la Belgique n'a communiqué que deux fois au sujet de ces opérations aériennes. "Ces communications étaient sibyllines, voire volontairement incomplètes. Les raisons invoquées sont que le secret protège les troupes du danger qu'une telle opération leur fait encourir", a noté M. Hellings.

Il dénonce l'argument "fallacieux" selon lui de la sécurité "invoqué à tout bout de champs" pour maintenir le débat sur l'efficacité militaire et politique de ces frappes dans les coulisses de l'état-major. "Ce secret rend le contrôle public des opérations militaires en cours impossible. Dans une démocratie, c'est un problème", selon lui.

La Belgique ne donne jamais d'informations sur les lieux des bombardements, les dates, le nombre de munitions utilisées/d'attaques/de victimes civiles, contrairement au Canada, à la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis notamment. Il est impossible de vérifier de façon objective le nombre de victimes civiles. Entre le 5 octobre 2014 et le 2 juillet 2015, les attaques de la coalition auraient fait entre 624 et 892 victimes. D'après les accords internes à la coalition, chaque pays est individuellement responsable de ses "dommages collatéraux". C'est entre autre la raison pour laquelle il est important d'avoir davantage de transparence. Le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Canada et la France donnent tous beaucoup plus d'informations quant aux bombardements spécifiques, aux victimes civiles possibles, permettant ainsi des vérifications externes. Il est possible d'évoluer vers la transparence, comme le montre l'exemple du Danemark, qui a très mal commencé en la matière mais qui est devenu bien plus transparent depuis, a ajouté le député Ecolo.

C'est pourquoi Ecolo-Groen demandera à la présidente de la commission de la défense nationale, Karolien Grosemans (N-VA), que ce rapport puisse être analysé et débattu prochainement à la Chambre. Ecolo-Groen interrogera aussi le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), à ce sujet et lui demandera d'appliquer une politique de communication nettement plus transparente pour l'élargissement des opérations militaires en Syrie décidé récemment par le gouvernement fédéral. "Les citoyens belges ont le droit d'avoir toute l'information nécessaire concernant l'impact qu'auront ces nouveaux bombardements", a conclu M. Hellings.

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