L'oeuvre de la semaine: Sombre beauté

04/10/15 à 16:31 - Mise à jour à 16:31

Il suffisait à Cézanne de quelques pommes, à Chardin de quelques fleurs... Du presque rien mais disposé avec soin et face auquel, l'oeil des peintres entendent le murmure du temps qui passe. Car bien davantage que la prouesse, s'impose au créateur une méditation sur le temps.

La lumière y joue un rôle essentiel. Elle peut, comme dans la nature morte hollandaise du XVIIe siècle cristalliser l'espace ou, comme dans la production espagnole, y introduire une dimension de mélancolie. C'est dans cette voie que nous emmène l'ensemble de photographies récentes de Christian Carez.

L'oeuvre de la semaine: Sombre beauté

© Carrez

Le motif est simple : une plante verte en pot dont, au fil des jours, il suit la lente et inexorable fin. Posé devant un fond gris, le "calathea" révèle d'abord sa fière vitalité, ses brillances, ses élans un peu lourd et par-dessus tout, la somptuosité de ses accords chromatiques entre vert assourdis et violets naissants. Choisi avec soin, le point de vue révèle dans les premières prises de vue, la vigueur des contours végétaux et la complexité de l'ensemble. Mais bientôt, apparaissent les signes d'assèchement. Les feuilles courbent la tête, se plient, se brisent. L'eau leur manque. Les lumières se figent. L'angle remplace la courbe. A la verticalité ascendante, succède l'affaissement et la rigidité.

Mélancolie donc ? Pas sûr. Quoique Carez dont la petite enfance débuta au coeur de la seconde guerre mondiale nous aura par le passé révélé cette tendance. On songe entre autres à la série Mishmash (présentée à l'Iselp en 2009) et qui allait à la rencontre de son passé. Mais, une fois encore, la beauté couvre la réalité à la manière d'un filtre. Elle en signe même la victoire sur le sujet. Carez ne vise donc pas à soumettre son travail à un concept même si la mort annoncée n'est pas le fait de la nature mais bien celle d'un abandon dont l'homme est seul responsable.

Bref, d'une mise à mort. Voici un demi-siècle, l'Allemand Vostell photographiait les états successifs d'un cageot de salades au fil d'un périple qui l'emmenait de gare en gare. On est ici aux antipodes de ces productions aussi superficielles que littérales qui firent portant les heures chaudes de l'art des années 60-70.

Salon d'art et de coiffure. 81, rue de l'hôtel des monnaies 1060 Bruxelles. Jusqu'au 17 octobre.

www.lesalondart.be

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