L'oeuvre de la semaine : l'Eden concentrationnaire

11/02/18 à 09:33 - Mise à jour à 09:33

La scène peinte par la française Marion Charlet (°1982) se passe dans un lieu indéterminé sinon par le climat suggéré.

L'oeuvre de la semaine : l'Eden concentrationnaire

Ill : de la série Eden, 230 x 180, 2017. © Courtesy de l'artiste et de la Patinoire royale-Galerie Valérie Bach.

On imagine la douceur de la température et celle du soleil dont les habitants de cette villa profiteront. Les uns, sur les terrasses, les autres, dans la mer qui ne doit pas être bien loin. Les couleurs lumineuses pourraient évoquer ces "joies de vivre" chantées par tant de peintes du nord qui, voici plus de cent ans avaient rejoint la Méditerranée.

Sauf que la gamme chromatique hausse le ton jusqu'aux coloris acidulés et du coup, nous entraîne vers les accords d'un David Hockney et les rivages californiens. Alors, l'oeuvre vire de bord. Et on songe aux quartiers réservés des riches américains dans lesquels n'entrent ni les animaux, ni les enfants trop bruyants.

Un décor de rêve, fabriqué en deux temps. Celui de l'architecte d'abord qui sait comment séduire un public pressé et non averti. Celui de l'habitant ensuite qui ajoutera aux épures, son manque de goût que l'artiste distille au sol ou dans les détails à travers la présence d'objets moins rutilants comme des pots en plastique, une poubelle, des cartons oubliés ou encore un carillon rose fushia bambou et noix de coco.

"Pour vivre heureux, vivons cachés" dit le proverbe. Ou mieux, "entre soi". La scène, vide de personnage, révèle l'obsession du repli que vient nourrir la luxuriance du végétal. On pourrait alors voir dans cette peinture, une manière de pointer une certaine richesse vulgaire si la manière de déposer les teintes ainsi que le dessin des formes n'induisait une certaine ambiguïté du propos. En cause, le côté coloriage appliqué de l'ensemble, voire du plaisir et de l'autosatisfaction de l'auteure qui, de façon légère et très adroite, associe son bonheur à celui des propriétaires de ce type de "non-lieu" si répandu et si bien protégé.

La Patinoire royale. 15 rue Veydt - Bruxelles. Jusqu'au24 février. Du mardi au samedi de 11h à 18h. www.galerievaleriebach.com

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