Olivier Mouton
Olivier Mouton
Journaliste politique au Vif/L'Express
Opinion

06/01/15 à 11:33 - Mise à jour à 11:33

L'improbable mea culpa de Di Rupo et la rupture démago de Charles Michel

L'ancien Premier ministre révèle chaque jour combien il a avalé des couleuvres au Seize. Son successeur fait feu de tout bois pour clamer sa volonté de rupture. Bienvenue au paradis de la com'...

L'improbable mea culpa de Di Rupo et la rupture démago de Charles Michel

© Belga

C'est le monde à l'envers ! Elio Di Rupo, redevenu "simple" président du PS après son heure de gloire au Seize, a fait son mea culpa ce matin sur la Première : il "assume" la décision prise par son gouvernement d'exclure les chômeurs n'ayant pas fait preuve de leur volonté réelle de trouver un emploi, mais il "regrette" cette demande "100% libérale". Désormais, il se dit prêt à soutenir une initiative du gouvernement Michel qui reviendrait sur cette mesure qui renverra en 2015 quelque 50.000 personnes à la charge des CPAS. Cet aveu de l'ancien Premier ministre a été exprimé avec des tremolos dans la voix : "J'ai le coeur qui saigne quand je pense à tous ces gens. Croyez-moi, je n'en dors pas."

Rendez d'abord à César ce qui appartient à César : cette mesure soi-disant 100% libérale a été prise par Monica De Coninck, une ministre... socialiste, flamande certes, mais socialiste quand même. Pas plus tard que le 30 décembre 2014, elle assumait vraiment, elle, dans un entretien au Soir : "Allocations d'insertions ? Je ne regrette rien !" Et d'ajouter : "Les supprimer après trois ans, je dis que c'est positif..." Cette interview, précisons-le, a été relayée avec empressement sur les réseaux sociaux par le PTB.

Le reste de l'opposition fédérale francophone s'est d'ailleurs gargarisée de cette sortie très chrétienne d'Elio Di Rupo. "Exclusion des chômeurs : une grave erreur du PS, clame Olivier Maingain, président du FDF et chantre du libéralisme social, qui gouverne quand même la Région bruxelloise avec les socialistes. Avec l'indexation des salaires pour tous, il a privilégié les nantis au détriment des plus faibles." "Maintenant qu'on sait qu'il a le coeur qui saigne, Di Rupo ferait oeuvre utile en s'engageant partout où le PS est à la manoeuvre à activer tous les dispositifs possibles et imaginables pour pallier, dans l'urgence, la perte des revenus des exclus plutôt que d'attendre de soutenir le revirement des libéraux", souligne pour sa part l'Ecolo Zakia Khattabi, qui craint un "effet de com'".

Au sein d'une opposition francophone plurielle à gauche, le PS sera constamment rappelé à ses responsabilités passées par le PTB, Ecolo voire le FDF, sans oublier la FGTB. Elio Di Rupo devra en tenir compte s'il veut reconquérir le coeur du peuple de gauche.

Cela dit, il y a effectivement quelque chose de surréaliste à voir le Montois espérer obtenir des virages sociaux de la part d'un gouvernement de droite, au sein duquel la N-VA appelait ouvertement en campagne électorale à une limitation dans le temps de ces allocations de chômage - une mesure non reprise dans l'accord de gouvernement. Cela dit, il faut le souligner : le PS s'essaye à une attitude plus "constructive" dans l'opposition. Le député Ahmed Laaouej ne vient-il pas de déposer au parlement une proposition de loi visant à instaurer une taxation du capital ? Là encore, il est pour le moins surprenant de voir le PS implorer le gouvernement Michel à prendre des mesures contre les plus riches... qui lui ont été refusées sous la majorité précédente.

On perçoit chaque jour combien Elio Di Rupo et singulièrement l'aile la plus à gauche du PS ont avalé des couleuvres durant ces deux années et demi de prise de responsabilités. Il n'est peut-être pas loin le temps où les socialistes francophones dénonceront les effets pervers pour la Wallonie et Bruxelles de la sixième réforme de l'Etat et de la révision de la loi spéciale de financement.

L'actuel locataire du Seize, Charles Michel, fait quant à lui feu de tout bois pour rattraper les errements initiaux de sa communication, insistant à chaque phrase sur, ce "gouvernement que je dirige" comme s'il devait asseoir son autorité. Fin décembre et début janvier, il a été omniprésent dans les médias pour expliquer et expliquer encore sa politique. L'exercice est délicat tant il doit s'employer dans le même temps à démontrer que son gouvernement a osé la rupture après vingt-cinq années de PS au pouvoir, tout en rassurant sur les accents sociaux du libéralisme. Une pédagogie au cours de laquelle il multiplie les charges contre l'inaction du PS au pouvoir.

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Entre devoir d'inventaire des années Di Rupo et rupture michelienne, le monde politique francophone n'en a pas fini de se déchirer

Sur la Première, lundi, Charles Michel a lancé, en parlant de lutte contre le djihadisme : "Le gouvernement précédent n'a pas été à la hauteur. Avant la fin janvier il y aura un conseil national de sécurité qui aura pour objectif de coordonner tous les services de sécurité pour réduire les risques au maximum." Rappelons quand même que le MR faisait partie de ce gouvernement précédent. Joëlle Milquet, ministre CDH de l'Intérieur sortante, n'a quant à elle guère apprécié l'allusion. "Je m'étonne que le simple changement de nom cosmétique de l'actuel "Collège du renseignement et de la sécurité" en un "Conseil national de sécurité" soit présenté comme un événement majeur par Charles Michel", a-t-elle ironisé ce matin. Avant de lancer, cinglante : "La sécurité est une affaire trop importante pour en faire une affaire de démagogie électoraliste déplacée."

Il n'y a pas à dire, la trêve de Noël à peine terminée, les haines corses resurgissent, rue de la Loi. Entre devoir d'inventaire des années Di Rupo et rupture michelienne, le monde politique francophone n'en a pas fini de se déchirer, chacun multipliant les effets de com' pour se positionner.

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