19/03/13 à 09:54 - Mise à jour à 09:54

L'erreur chypriote

Samedi, l' Europe et le FMI ont trouvé un accord sur un plan de sauvetage de 10 milliards d'euros pour Chypre en échange d'une taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires qui rapportera 5,8 milliards d'euros. Ce prélèvement de 6,75% sur les dépôts bancaires en deçà de 100.000 euros et de 9,9% au-delà de ce seuil a immédiatement suscité la colère à Chypre.

L'erreur chypriote

Suite aux protestations, la zone euro ne veut plus taxer les déposants à Chypre ayant moins de 100.000 euros sur leur compte, mais la décision finale reviendra aux autorités chypriotes, ont indiqué lundi soir des sources proches des discussions, à l'issue d'une réunion téléphonique des ministres des Finances de l'Union monétaire.

Malgré ce possible revirement, la crise chypriote et son approche minable par les politiques européens illustrent, une fois de plus, que les véritables solutions structurelles à la crise européenne se trouvent encore très loin.

Pas de majorité, pas d'accord

Le président conservateur Nicos Anastasiades, qui défendait bec et ongle son accord conclu la semaine passée avec l'UE et l'IMF, ne dispose que de 20 sièges 56 du parlement chypriote. S'il décide de faire passer cet accord malgré le revirement de la zone euro, il lui faudra le soutien d'autres partis, et pour les socialistes et les communistes, il ne peut en être question. S'il n'y a pas de majorité, il n'y a pas d'accord et donc un possible retour à la case départ pour Chypre, mais certainement aussi pour les leaders européens.

Argent russe

Il y a un élément systémique lié à la crise autour de Chypre puisque le système bancaire y est étroitement mêlé au monde bancaire international. Les banques chypriotes profitent d'un traitement light assez prononcé en matière de contrôle et de réglementation. Cette caractéristique explique aussi en grande partie la présence massive d'argent russe, d'origine criminelle ou non, au sein des banques chypriotes. Parmi d'autres, Herman Van Rompuy a clairement fait comprendre que le but était de faire payer la crise née à Chypre par ces "non-résidents". Si cet argument formulé par Herman Van Rompuy se défend, les déposants russes importants ont été prévenus quelques heures avant la version finale du plan de sauvetage et ont pu intervenir. C'est ce que nous apprend l'entourage de la Commission Européenne.

L'enchevêtrement de Chypre et de la Russie ne joue pas uniquement sur le plan financier. Les hauts militaires rêvent de s'installer sur cette île idéalement située sur la Méditerranée.

L'Europe joue avec le feu

L'affirmation que cette taxe sur les dépôts de banque est unique, et qu'il ne s'agit certainement pas d'un précédent conduisant à d'autres situations de crise n'est pas crédible. Les Chypriotes n'y croiront pas puisque les hommes politiques locaux leur ont promis jusqu'à quelques heures avant le dernier sommet européen qu'il n'y aurait certainement pas de telle taxe. Comme personne ne se laisse sciemment tromper deux fois de suite, il est presque sûr que les fonds seront retirés massivement dès la réouverture des banques. Même si les autorités chypriotes décidaient de faire marche arrière, la confiance de la plupart des Chypriotes est trahie et ne sera pas facile à réparer.

La fuite des capitaux

Nul doute que les citoyens d'autres pays en crise tels que la Grèce, le Portugal, l'Espagne et l'Italie, et certainement ceux qui possèdent de gros dépôts, réfléchiront sérieusement. Il s'agit plus d'une simple évaluation de risques. Une fois convaincue de la possibilité d'une telle taxe, la majorité agira. Très vite on se retrouvera avec une fuite massive des capitaux des pays voisins et la crise européenne reprendra de plus belle. La certitude qu'il n'y aura pas de telle taxe de dépôt, a disparu. Par ailleurs, partout dans la zone euro on va se demander si les garanties de dépôt données par les gouvernements tiendront toujours au moment décisif.

Dépression en perspective

Les décisions prises dans le cadre du plan de sauvetage seraient également dramatiques pour l'économie chypriote. En ce moment, celle-ci recule de 3% sur base annuelle, et cette récession s'accélérera encore. Une confiance ébranlée pèse sur les dépenses, autant sur celles des consommateurs que sur celle des producteurs. Les Chypriotes peuvent donc s'attendre à une dépression à la grecque alors que le chômage touche déjà 15% de la population. Le chômage des jeunes s'élève déjà à 30%. Le déficit budgétaire tourne autour des 6% du PIB et continuera à augmenter inévitablement.

Alors que la solution à la crise chypriote a pu être préparée pendant des mois, l'Europe échoue à nouveau. Une solution logique et constructive européenne aurait été de recapitaliser les banques chypriotes - après avoir transféré les actifs toxiques dans une bad bank - depuis le Fond Européen de Stabilité Financière (FESF) à condition d'un contrôle total européen sur ces banques (et simultanément aussi une taxation des non-résidents). Il est fort possible que les mécanismes du FESF ne soient pas élaborés pour une telle opération, mais dans ce cas il s'agit d'une illustration parfaite de la politique absolument insuffisante au sein de la zone euro. En effet, les tiraillements autour de ce FESF durent depuis des mois, comme l'a encore récemment dénoncé son directeur Klaus Regling. Les leaders politiques de la zone euro sont, soit incapables de juguler la crise de la zone euro, soit ils ne réalisent pas la gravité de la situation. On se demande quelle option est la plus inquiétante pour le citoyen.

Johan Van Overtveldt

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