Eddy Eerdekens
Opinion

23/04/13 à 15:55 - Mise à jour à 15:54

L'annus horribilis du roi Albert

Bien qu'on ne soit qu'au milieu de l'année, celle-ci menace de tourner à l'annus horribilis pour la famille royale. Les spéculations sur l'abdication du roi Albert font la une, le prince Philippe n'a pas encore le statut de successeur à part entière, la reine Fabiola ne réussit pas à faire taire les critiques suscitées par sa fondation et toute la famille verra bientôt diminuer ses moyens financiers.

L'annus horribilis du roi Albert

© Belga

Commençons par la bonne nouvelle. 2013 semble sonner le glas des gaffes du prince Laurent. Pendant des années, seules les bêtises du plus jeune fils du roi Albert et de la reine Paola faisaient l'actualité. Mais on pardonnait beaucoup au prince pas très dégourdi, mais sympathique, qui aimait véhiculer une image d'original et d'outsider. Jusqu'à ce que ses intérêts douteux au Congo et sa diplomatie parallèle avec les opposants au régime libyen le mettent en cause. Le gouvernement a placé le prince sous curatelle et le roi lui a refusé l'accès au palais. Le Prince Laurent a tiré ses leçons. Cette année, aucune gaffe n'a été signalée dans les journaux.

Jusque-là, rien que des bonnes nouvelles pour le roi Albert.

Mais depuis la polémique suscitée par le discours de Noël où le roi a mis la population en garde contre le populisme et les "conséquences dramatiques des années trente", la famille royale a fait la une de façon un peu moins positive.

Tout a commencé par la fondation contestée de la reine Fabiola, une fondation créée pour éviter que la fortune de la reine ne tombe aux mains du fisc après son décès.

Les arrangements de la veuve de Baudouin ont suscité tellement de mécontentement que la Chambre s'est décidée à réformer les dotations de la famille royale. D'après ce qu'on dit, le roi Albert s'est mis en colère et aurait exigé que la reine Fabiola mette un terme à ses arrangements. En janvier, Fabiola s'est excusée de la fondation de Fons Pereos et a fait savoir qu'elle y mettrait un terme. Aujourd'hui, près de cinq mois plus tard, la fondation existe toujours. Bien que son avocat Jean Van Rossum ait assuré fin avril que le conseil d'administration enverrait une demande de résiliation au tribunal de première instance de Bruxelles, il s'avère que la démarche n'a toujours pas été entreprise. Il n'y a eu aucune demande. Et les révélations douteuses ont continué. Cette semaine encore, il s'est avéré que la reine voulait mettre sa villa espagnole Motril à l'abri en la mettant au nom de sa fondation.

Si on part du principe que la reine n'est pas de mauvaise foi, elle aborde ce dossier très maladroitement. Fabiola, de plus en plus incontrôlable, semble capable de dézinguer à elle seule les intérêts financiers de toute la famille royale.

En janvier, une enquête réalisée à la demande de VTM dévoile que 52 pour cent des Flamands sont favorables à la suppression de la royauté contre 22 pour cent des Wallons. 42 pour cent des Belges disent "avoir une grande confiance" en le roi Albert alors que seulement 23 pour cent font confiance au prince Philippe. Et ce sondage nous amène à la seconde préoccupation du roi. Depuis l'abdication de la reine Beatrix, les spéculations sur l'abdication d'Albert vont bon train. Le roi serait fatigué. Il en aurait assez. De nombreuses sources de la rue de la Loi sont certaines que le roi cédera le trône à son fils aîné encore cette année.

Le prince Philippe rêve de devenir un monarque à l'instar du roi Baudouin, un souverain qui unit le peuple et maintient l'union du pays. Il abhorrerait devoir céder du pouvoir et se conformer à un rôle plus cérémonieux. Il s'estime prêt à régner et le fait comprendre à l'issue de toutes ses missions économiques à l'étranger.

À sa grande frustration, peu de gens partagent son point de vue. Depuis son mariage avec la princesse Mathilde, Philippe a grandi dans son rôle. Le prince héritier timide, malhabile et gauche a pris un peu de confiance en lui et n'a plus été pris en défaut depuis des années.

Il a troqué son hélicoptère contre une paire de chaussures de sport et a été - très probablement à son étonnement -complimenté de plus en plus souvent, parfois prudemment, par les journalistes et les entrepreneurs pour la façon dont il ouvre les portes aux entreprises belges à l'étranger. Cependant, qu'il soit un meilleur prince ne signifie pas pour autant qu'il serait meilleur roi qu'Albert.

L'abdication volontaire du roi Albert est peu probable. Aucun souverain ne l'a précédé dans l'histoire de notre pays. En outre, laisser le trône à Philippe à quelques mois des élections dont dépend la survie de la Belgique telle que nous la connaissons serait faire preuve de peu d'intelligence politique.

Mais le pire est encore à venir. Le premier ministre Di Rupo a préparé une proposition de réforme des dotations royales beaucoup plus poussée que les opposants les plus fervents de la royauté n'auraient jamais osé rêver. Bientôt, la famille royale devra, comme tous les habitants et les entreprises de notre pays, payer des impôts. Le gouvernement ne veut pas, comme il a été convenu, attendre l'intronisation de Philippe, pour réformer les dotations. Il souhaite adopter la réforme le plus vite possible.

La proposition du premier ministre, pourtant un défenseur inconditionnel de la royauté belge, doit affecter le roi Albert. Même si le roi a prôné lui-même une solution pour les dotations, il apprécie sans doute peu que Di Rupo ait été plus loin que les recommandations du sénat.

La proposition de Di Rupo constitue la plus grande réforme depuis la naissance de la Belgique. Les membres de la famille royale perdront leur dispense fiscale et à l'avenir les dotations seront limitées au roi, au prince héritier, à leurs veuves respectives et au roi retiré de ses fonctions. Le prince Laurent et la princesse Astrid perdent donc leur dotation. Ils passeront d'abord par une période de transfert durant laquelle ils devront se conformer à un code déontologique.

Toutes les dotations seront désormais vérifiées par la Cour des Comptes et chaque année, la famille royale rendre compte de toutes les prestations des membres de la famille.

Pour la reine britannique Elizabeth II 1992 s'est révélée une annus horribilis. 21 ans plus tard, il semble que ce soit le tour du roi Albert. La famille royale est rognée financièrement, elle doit payer ses impôts, se conformer aux conditions pendant que la population spécule sur l'abdication du roi et se pose plus de questions que jamais quant à la continuité de la monarchie : le roi avait sans doute imaginé une fin de règne moins mouvementée.

Eddy Eerdekens

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