L'accord sur le nucléaire se fait attendre

10/09/14 à 18:50 - Mise à jour à 22:19

Les négociateurs de la coalition de centre-droite se sont limités mercredi à parcourir les textes relatifs à l'énergie nucléaire dont ils avaient discuté la veille et qui n'étaient plus très loin de faire l'objet d'un accord. Ils se sont ensuite concentrés sur les chapitres justice et sécurité. Ils reprendront vraisembablement jeudi le dossier du nucléaire pour s'accorder définitivement.

L'accord sur le nucléaire se fait attendre

© Reuters

Peu détails ont filtré jusqu'à présent sur le consensus qui s'est dégagé entre le MR, la N-VA, le CD&V et l'Open Vld. L'activité des centrales de Doel 1 et 2, censées fermer l'an prochain, serait prolongée de dix ans. Le principe d'une fermeture définitive des réacteurs nucléaires en 2025 serait en revanche maintenu et aucune nouvelle centrale nucléaire ne serait construite. Jeudi, les négociateurs s'attacheront à retirer les derniers "crochets" du texte de l'accord. Une communication à la presse pourrait avoir lieu. Les discussions sur la justice ont bien avancé, a-t-on indiqué dans l'entourage des négociateurs. Les négociateurs ont bouclé la moitié de la deuxième lecture de la note des formateurs Charles Michel et Kris Peeters sur le sujet.

Doel 1 et 2 : "le choix irréfléchi de la suédoise"

Ecolo-Groen et le sp.a ont exprimé mercredi leur opposition à toute prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires de Doel 1 et 2 telle qu'envisagée par la future majorité "suédoise". Selon le député Kristof Calvo, ces vieilles centrales sont précisément à la base des problèmes actuels. Pour lui, pareille prolongation n'apportera en outre pas de solution à court terme aux déficits de courant redoutés. Du côté du sp.a, on parle de choix irréfléchi dans le chef de la "suédoise". "Ce sont précisément ces vieilles centrales qui entravent l'accès de fournisseurs étrangers à notre réseau électrique", accusent les socialistes flamands. Les écologistes déplorent de leur côté l'insécurité juridique qui caractérisent selon eux la production électrique en Belgique alors que le gouvernement démissionnaire vient tout juste de confirmer la fermeture de Doel 1 et 2. "C'est un revirement jamais vu. Qui va encore vouloir investir dans une capacité énergétique lorsque les partis de gouvernement changent chaque année de direction? ", interroge M. Calvo. Pour lui, une prolongation de dix ans de deux réacteurs serait insensée. "On aura alors un arrêt du nucléaire plutôt qu'une sortie progressive du nucléaire. En prolongeant Doel 1 et 2 jusqu'en 2025, cela signifiera une fermeture de tout le parc nucléaire en une seule fois. Il vaudrait mieux agir de manière progressive". Pour le député vert flamand, la prolongation envisagée à court terme des deux réacteurs ne résoudra rien en termes de sécurité d'approvisionnement. M. Calvo rappelle l'audition de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire la semaine dernière à la Chambre où il est apparu que les études et les opérations de prolongation prendront des années, commente-t-il. A ses yeux, les alternatives à une prolongation de Doel 1 et 2 sont plutôt un élargissement de la réserve stratégique, le recours à des centrales au gaz, un renforcement des capacités de production renouvelable, et la conduite d'économies d'énergie.

Greenpeace s'invite à la porte des négociations

Une vingtaine de militants de Greenpeace ont mené mercredi une action devant la présidence de la Chambre où ont lieu les discussions en vue de former un gouvernement fédéral. Ils ont installé un fût géant sur le trottoir de la rue de la Loi et trois d'entre eux s'y sont enchaînés. Une banderole annonçant "The End" a également été déployée au fronton de l'édifice. L'opération lancée peu avant 14h vise à protester contre le projet de la coalition suédoise de prolonger de 10 ans la vie des centrales nucléaires de Doel 1 et 2 dont la fermeture était prévue l'an prochain. "C'est un non sens total! Cela coûtera très cher et il y a clairement un problème de sécurité. On parle ici de prolonger l'existence de réacteurs qui ont 40 ans", a expliqué le directeur de Greenpeace Belgique, Michel Genet. Selon lui, ce projet, qui vise à répondre au problème de pénurie d'électricité cet hiver, s'apparente à du "bricolage". "En 2021-2022, le gouvernement nous dira à nouveau que l'on n'a pas le temps et que l'on continue avec le nucléaire". Des solutions aux problèmes énergétiques que la Belgique connaît existent dans le domaine des énergies renouvelables, a-t-il fait remarquer. "C'est la faillite du nucléaire qui nous a mis dans cette situation", a-t-il ajouté. Les manifestants qui filtraient l'entrée de la présidence ont expliqué leurs revendications aux négociateurs. Un peu avant 15h30, la police a commencé l'évacuation des militants écologistes. Le MR, la N-VA, le CD&V et l'Open Vld étaient tout près d'un accord mardi soir sur le nucléaire et l'approvisionnement énergétique de la Belgique mis en péril cet hiver. La vie des centrales de Doel 1 et 2 serait prolongée de 10 ans mais plus aucune nouvelle centrale nucléaire ne serait construite et l'extinction définitive du nucléaire aurait bel et bien lieu en 2025. "Il n'y a pas encore de décision qui a été prise", a souligné le co-formateur Kris Peeters (CD&V) à son arrivée à la présidence de la Chambre. "Nous avons un débat qui n'a pas encore été tout à fait clôturé. C'est un débat très compliqué, qui met en jeu le pouvoir d'achat des ménages et la compétitivité des entreprises", a indiqué l'autre co-formateur Charles Michel (MR). La présidente de l'Open Vld a mis en avant la nécessité d'une "vision globale" de ce dossier. "Il y a un débat à long terme sur le nucléaire mais aussi un débat sur le black-out qui menace et la sécurité d'approvisionnement", a-t-elle dit. Les centrales de Doel 1 et 2 ont été construites en 1975, tout comme Tihange 1 dont le gouvernement précédent a prolongé la durée de vie. Ces deux réacteurs devraient fermer en février et décembre 2015 mais l'arrêt des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 à la suite de micro-fissures détectées dans leur cuve a toutefois conduit certains partis de la coalition a demander la prolongation des deux premières centrales. Les quatre partis de la coalition "suédoise" ont recommencé leurs travaux mercredi avec la justice. Les chapitres énergie et mobilité seront repris plus tard.

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