Joëlle Milquet vante les accommodements raisonnables

12/10/12 à 11:41 - Mise à jour à 11:41

Source: Le Vif

Décidément, Maghreb TV, la télévision belgo-marocaine diffusée à Bruxelles, libère la parole de certains élus.

Joëlle Milquet vante les accommodements raisonnables

© Capture d'écran maghrebtv.be

C'est lors d'un talk show avec le fondateur-animateur de Maghreb TV, Mohammed Tijjini, que Philippe Moureaux, il y a quelques mois, avait déjà osé des comparaisons osées avec Goebbels à propos de l'émission de la RTBF, "Faut-il craindre l'islam ?". Cette fois-ci, c'est la ministre de l'Intérieur, candidate CDH à la Ville de Bruxelles, Joëlle Milquet, qui s'est lancé dans un vibrant éloge des accommodements raisonnables, alors que tout le monde, ou presque, en pense le plus grand mal.

Pour mémoire, ce terme désigne le traitement dérogatoire à la règle commune de revendications de personnes souffrant de discriminations, à l'origine, à cause d'un handicap. Au Canada, puis en Belgique, certains experts de l'immigration ou représentants de milieux associatifs auraient aimé étendre cette technique juridique à d'autres formes de "discriminations" : religieuses, par exemple. Port du voile islamique dans les écoles, nourriture halal, horaires séparés pour les hommes et les femmes dans les piscines : toutes choses que, dans son interview à Maghreb TV, la ministre de l'Intérieur soutenait et soutient encore.

Se revendiquant à la fois de l'humanisme et de l'universalisme, la ministre plaide: "Une fois de plus, on a stigmatisé des conclusions, quand on parle par exemple des accommodements raisonnables, c'est quoi l'accommodement raisonnable, c'est de dire dans une société, où on a des pratiques religieuses, et des pratiques de vie différentes parce que, on ne mange pas de la même manière, halal, etc., de dire, voilà, on adapte un tout petit peu, pas dans les règles, les règles doivent être les mêmes pour tout le monde, on adapte un tout petit peu, dans les écoles, ou les horaires de piscine, le fait que les femmes puissent nager ensemble, où est le problème ? Je trouve que c'est une question de respect ! Et d'autres ont considéré qu'on était en train de battre en brèche la neutralité, la laïcité ..."

Or, ayant initié le processus des Assises de l'interculturalités dans sa fonction ministérielle précédente, elle est bien placée pour savoir - et elle le regrette au micro de Mohammed Tijjini- que les conclusions de ces Assises ont été rejetées avec force. Par tous les partis démocratiques, excepté le sien et Ecolo, mais aussi par une bonne partie de la société civile. La revendication d'une plus grande visibilité de l'islam dans l'espace public est, en effet, un phénomène très bruxellois. Il heurte le sens de l'universalisme de la gauche classique, comme en témoigne l'essai que Jean-Philippe Schreiber, professeur d'histoire à l'ULB, vient de consacrer au sujet : La crise de l'égalité, à paraître bientôt aux éditions Espace de Libertés. "J'observe une régression généralisée dans plusieurs domaines, comme si la démocratie que nous avions construite depuis deux siècles avait atteint un pic et se trouvait sur la pente descendante, déclare-t-il au Vif/L'Express dans un entretien à paraître le 18 octobre prochain.. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne l'égalité. On a cru compenser les inégalités sociales qui frappent lourdement les immigrés, souvent issus de pays musulmans, par la satisfaction de revendications particularistes, souvent religieuses, au détriment des valeurs démocratiques de progrès."

Marie-Cécile Royen

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