Jean-Denis Lejeune : "les droits des victimes sont bafoués"

24/07/12 à 14:21 - Mise à jour à 14:21

Source: Le Vif

"Les droits des victimes sont bafoués", a réagi ce mardi Jean-Denis Lejeune, le père de Julie, à la sortie de l'audience du tribunal d'application des peines de Mons, qui se prononcera prochainement sur la demande de libération conditionnelle de l'ex-compagne de Marc Dutroux.

Jean-Denis Lejeune : "les droits des victimes sont bafoués"

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"On dirait un ange. Elle fait profil bas comme (lors de son procès) à Arlon", s'est exclamé M. Lejeune. Il estime que ses droits de victime sont bafoués. "Si vous êtes un criminel, vous avez droit à un avocat Pro Deo. Nous, nous payons nos avocats. Et nous ne pouvons même pas en savoir plus sur sa demande de reclassement", a-t-il déclaré, en référence au refus du tribunal d'autoriser son avocat à avoir accès au dossier.

Jean-Denis Lejeune a également insisté sur le fait que, pour lui, Michelle Martin était responsable de la mort de sa fille et de trois autres enfants. "Elle savait où était la cache. Elle pouvait les libérer. En outre, elle était récidiviste."

Enfin, le père de Julie considère qu'une libération, même à une centaine de kilomètres, restait un danger pour la société. "Ce n'est que déplacer le problème", a-t-il conclu.

Le parquet pas opposé à la libération de Michelle Martin

La position du parquet par rapport à la demande de libération de Michelle Martin n'a pas changé, selon le procureur général de Mons, Claude Michaux. "J'estime que, quoiqu'il ait fait, quand quelqu'un a passé autant d'années en prison, un congé pénitentiaire est une bonne manière d'assumer sa liberté."

"Lorsque l'on est en prison, on n'a plus d'initiative", estime-t-il encore. "On doit être préparé à une remise en liberté. C'est dans l'intérêt de tout le monde."

Dans le cas de Michelle Martin, le problème est, selon le procureur général, que le parquet n'est doté que d'une partie du pouvoir. "Le parquet n'a pas de pouvoir pour ces congés pénitentiaires. Le législateur devrait trancher à ce sujet. Ou alors il faudrait revenir au système antérieur où l'exécutif décidait tout."

La décision sera connue le 31 juillet

Le tribunal d'application des peines de Mons s'est penché mardi sur la demande de libération de Michelle Martin. Celle-ci avait été condamnée en 2004 pour association de malfaiteurs impliquée dans des enlèvements et séquestration d'enfant.

Me Georges-Henry Beauthier, l'avocat de Laetitia Delhaye, de sa maman et de Jean-Denis Lejeune, a demandé à avoir accès au dossier afin d'analyser la demande de reclassement.

Cette demande lui a été refusée. L'avocat a annoncé qu'un recours serait plus que probablement introduit. "Je vais encore en discuter avec mes clients mais nous allons très certainement saisir la cour de Cassation pour qu'elle casse cette décision. Si elle ne le fait pas, nous irons jusqu'à la cour européenne de Strasbourg."

Selon l'avocat des parties civiles, cette décision est contraire à trois arrêts de la cour européenne datant de 1994, 1997 et 2004. "Il est notamment écrit que le droit serait illusoire s'il permettait qu'une décision judiciaire reste inopérante au détriment d'une des parties. L'exécution d'un jugement doit faire partie intégrante d'un procès. La victime doit pouvoir jouir du principe d'égalité des armes. L'article 6.1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'hommes et libertés fondamentales relatif au procès équitable était applicable aux parties civiles."

Me George-Henry Beauthier estime que les droits des victimes sont bafoués. "Nous devons nous exprimer sur quelque chose et nous ne savons pas quoi. Nous n'avons accès à aucune pièce."

Selon le procureur général, Claude Michaux, la loi veut que les parties civiles n'aient pas accès au dossier. "Maintenant, on verra ce que la cour de Cassation en dit", conclut-il.

Quant à l'avocat des parents d'Eefje Lambrechts, Frank Nicaise, il a rappelé qu'il s'opposait à cette demande de libération qu'il juge prématurée. Il a notamment rappelé que Michelle Martin n'avait entamé aucune démarche d'indemnisation des victimes.

Le Vif.be, avec Belga

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