" Je vais forcer les banques à renégocier les dettes des fermiers "

26/07/13 à 10:02 - Mise à jour à 10:02

Source: Le Vif

Soufflet aux grands producteurs agricoles, bras de fer avec les banques pour aider les fermiers surendettés... Au moment où s'ouvre la Foire de Libramont, Carlo Di Antonio, le ministre régional CDH de l'Agriculture, se lâche.

" Je vais forcer les banques à renégocier les dettes des fermiers "

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Le Vif/L'Express : La Foire de Libramont s'ouvre. Pensez-vous y recevoir un bon accueil ?

Carlo Di Antonio : Je crois, oui. Cette année, nous avons été à la rencontre de nombreux agriculteurs pour définir un Code wallon de l'agriculture qui sera une première chez nous et qui devrait permettre de rendre notre agriculture plus compétitive. Le texte vient de passer en première lecture au gouvernement. On peut espérer un vote au parlement d'ici à décembre.

Comment comptez-vous rendre l'agriculture wallonne plus compétitive ?

En diminuant les coûts de production. Exemple : le coût de la mécanisation est énorme chez nous car nos fermiers ont beaucoup de grosses machines. Il faut changer cette mentalité. Via les prochaines aides européennes, nous privilégierons les agriculteurs qui se regroupent pour acheter des machines. La compétitivité est impérative, car nous produisons six fois plus que ce que nous consommons.

La Politique agricole commune (PAC) vient de faire l'objet d'un accord politique européen. Cela signifie quoi pour la Wallonie ?

Il y aura moins d'aides pour nos agriculteurs. On le savait. La Belgique était historiquement bien servie au niveau des subventions agricoles qu'il fallait rééquilibrer entre pays européens. Les aides à la Wallonie diminueront de 4 % dès 2014 pour en arriver à une diminution globale de 18 % en 2019. Cela représente tout de même un cinquième... Raison pour laquelle il faut booster la compétitivité. Maintenant, on peut utiliser ces aides de manière souple. Ainsi, je compte donner une surprime aux 30 premiers hectares exploités, ce qui permettra de mieux aider les petites et moyennes exploitations.

Où en est le projet de banque foncière que vous aviez annoncé dans Le Vif/L'Express du 17 mai dernier ?

C'est une partie essentielle du Code de l'agriculture. La banque foncière permettra de gérer les terres dont les différentes administrations wallonnes - y compris les communes - sont propriétaires. L'idée est de faciliter l'accès des jeunes à la terre dont les prix ne cessent de grimper. La banque offrira aussi ses services aux investisseurs privés qui se réfugient de plus en plus dans les terres agricoles pour diversifier leur portefeuille, comme le fait Albert Frère, mais qui n'ont pas, comme ce dernier, les moyens d'exploiter eux-mêmes la terre. Ils n'auront pas à s'occuper des relations contractuelles avec les agriculteurs. Un peu sur le modèle d'une agence immobilière sociale. Nous en avons déjà rencontrés.

Les suicides d'agriculteurs sont en hausse. Cela vous préoccupe?

Bien sûr. Ces suicides sont souvent liés au surendettement. Mon administration a lancé une étude sur le taux d'endettement des agriculteurs. J'en ai reçu un l'autre jour qui avait contracté huit emprunts différents en dix ans, avec un taux moyen de remboursement à 6 % ! L'idée est d'aider les fermiers à renégocier leurs dettes. Ça ne plaît pas aux banques, mais je vais les forcer à accepter, en leur offrant en contrepartie 100 % de garanties wallonnes sur les prêts agricoles renégociés.

L'interview intégrale dans Le Vif/L'Express de cette semaine.

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