Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

15/07/11 à 09:07 - Mise à jour à 09:07

Jamais sans mon Copernic

LE "GRRRRRRRRRRRRAND" SORCIER DE LA N-VA A ENCORE sévi. Comme dans un mauvais feuilleton, à moins qu'il ne s'agisse d'une tragédie grecque... ou belge, qui sait ?

Jamais sans mon Copernic

Par Christine Laurent

Les principes avant le pouvoir et ses compromissions, tel est le credo de Bart De Wever. Le leader nationaliste flamand aurait bien tort de se gêner : près de la moitié de la Flandre est à ses pieds. Apparemment, le temps n'a pas prise sur sa popularité galopante. Doté d'une estime de soi inoxydable, De Wever n'a rien perdu de son mordant. Il poursuit inlassablement son travail de sape d'une Belgique honnie, faisant éclater au passage tous les codes. Gargantuesque, son appétit féroce n'est jamais rassasié. Tout naturellement, il a donc retoqué la note du formateur Di Rupo. Coup de bluff, coup de poker, coup de com' ? Rien de tout ça, tant il est illusoire de croire qu'on peut amener à signer un compromis un homme qui a basculé définitivement dans un radicalisme sans issue. D'autant plus que l'électorat suit. Désormais, le parti nationaliste flamand est crédité de 40 % des intentions de vote au Nord. Qui dit mieux ?

De fait, la perspective d'une négociation reste une torture pour la N-VA. Elle devrait lâcher du lest, prendre ses responsabilités au risque de perdre une partie de ses voix, si volatiles. Et puis, c'est bien la tête de l'exécutif d'une Flandre indépendante que son président convoite, tandis qu'il n'a que mépris pour le fédéral, symbole du pouvoir usurpé par un establishment francophone arrogant. La ritournelle se fait alors répétitive jusqu'à l'asphyxie. Pour exercer une forte influence, mieux vaut exciter la haine. Les discours, millimétrés, fustigent les blocages (dont, comble de l'ironie, la N-VA est responsable), mais sans apporter aucune solution. Une logorrhée assourdissante qui tourne en rond. Et le bon peuple, charmé, d'applaudir tant il veut croire aux mirages agités sous ses yeux : demain, la Flandre sera indépendante, un sorte d'éden inspiré de Disneyland, le paradis !

La situation prêterait à rire si elle n'était aussi grave. Et les regards, tout naturellement, de se tourner du côté du CD&V, le seul parti susceptible de déverrouiller l'impasse dans laquelle notre pays est aujourd'hui bloqué. Car, à moins de sortir une nouvelle note qui serait un pur copier-coller du programme de la N-VA, Di Rupo ne peut que miser sur un retournement de veste de Wouter Beke et de ses acolytes. Pas simple, tant ceux-ci sont entortillés dans des luttes internes sans fin. Les vieux caciques y ont bien du mal à retenir une jeune aile nationaliste sensible au chant des sirènes de la N-VA.

Mea culpa, mea maxima culpa. Reconnaissons qu'au Sud on a bel et bien sous-estimé cette conscience flamande, cette dynamique nationaliste de fond qu'Yves Leterme a été le premier à canaliser. L'apparence, si lisse, du Premier ministre aujourd'hui, son discours suave nous font oublier son engagement de longue date en faveur du "combat" flamand. Souvenons-nous des "cinq minutes de courage politique" à propos de la scission de BHV ! Mais au sein de son parti, il y a bien plus régionaliste encore. Pour le parti chrétien, engranger une véritable réforme est donc absolument crucial. Avec une N-VA en embuscade, et des troupes au bord du divorce, il ne peut se permettre le moindre faux pas. Une donnée que doivent impérativement intégrer les francophones. Pour avoir une chance, une seule, d'avoir le CD&V à la table des négociations, c'est cette "révolution copernicienne" qu'il faudra lui consentir, la signature d'un compromis durable étant à ce prix. Exorbitant, accuseront certains. Sans aucun doute, mais avons-nous encore le choix ?

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