Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Opinion

06/03/13 à 11:46 - Mise à jour à 11:46

Jackpot pour la N-VA

Et une nouvelle victoire par K.-O., une ! Avec la régularité et la puissance d'un bulldozer, la N-VA aligne les matchs gagnés en quelques rounds. Et ses adversaires sont chaque fois évacués du ring sur un brancard.

La démission de Steven Vanackere, ce mardi, que le parti de Bart De Wever peut se targuer de n'avoir même jamais demandée, l'illustre magistralement : un vice-Premier ministre tombé, le gouvernement fédéral enrhumé, le CD&V affaibli.

Un an avant les élections de tous les dangers, de tous les enjeux, le coup est important. Et renforce donc, encore, le parti nationaliste flamand, pratiquement en campagne depuis l'avant scrutin de 2010 - il l'était pour les législatives, il l'est resté durant l'interminable formation du gouvernement, il l'a poursuivie avec l'avènement de l'équipe Di Rupo, il l'a prolongée pour les communales d'octobre dernier et il continue à la mener depuis dans l'optique de son triomphe annoncé au printemps 2014.

Pour la N-VA, le dossier ACW/Belfius, qu'elle a déballé elle-même, se révèle jusqu'ici du pain bénit. Les rapports très ambigus entre la banque publique et le mouvement ouvrier chrétien flamand permettent à De Wever de convaincre l'électorat flamand non encore acquis à sa cause que l'Etat belge, via la banque (Belfius) dont il est le principal actionnaire, a financé avec l'argent du contribuable la gauche chrétienne (l'ACW). L'homme le plus puissant de Flandre, donc de Belgique, éclabousse ainsi, en un coup, presque tout ce qu'il combat, inlassablement, pour parvenir à son objectif d'évaporation de la Belgique : l'Etat fédéral, son gouvernement, les piliers qui font l'ADN belge, la gauche associative, le régime actuel de chômage et le parti qui, en Flandre, lui résiste jusqu'ici le moins mal tout en conservant une vision fédéraliste du pays.

Par la bande, De Wever atteint aussi le PS, son meilleur ennemi, de l'autre côté de la ligne de front. Parce que le Parti socialiste, toujours premier en Wallonie, est, avec le CD&V (mais en Flandre, donc, lui), le dernier à incarner et cultiver encore, nettement, "la pilarisation" en Belgique. Longtemps, catholiques et socialistes (nettement moins les libéraux) ont fonctionné en authentiques mondes sociaux : autour du parti, chacun développait ses écoles, ses mouvements de jeunesse, ses associations, son syndicat, sa mutuelle, ses banques animés de la même idéologie, garantissant l'équilibre du pays mais ouvrant grand les portes à toutes les formes de clientélisme, de nominations purement politiques et de confusion d'intérêts. Le PS représente dès lors la cible idéale pour la N-VA : wallon, lié (comme inféodé ou contrôleur) à un syndicat ultra puissant, freinant dès lors tout progrès, représentant la Belgique d'hier. Or, "la Belgique" et "hier" sont deux notions, deux réalités, dont les nationalistes flamands veulent se débarrasser.

Du coup, l'affaire ACW/Belfius donne davantage de poids à leurs accusations. De légitimité à leur revendications. Et d'armes à leur combat.

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