Interrogations face à la "violence aveugle" après la "case prison"

30/05/18 à 08:49 - Mise à jour à 08:48

Source: Belga

Le périple meurtrier de Benjamin Herman dans la Cité ardente laisse les éditorialistes belges francophones perplexes et incrédules mercredi. La radicalisation en prison est-elle "le talon d'Achille" de la sécurité dans le Royaume, ou la "cavale sanglante", résulte-t-elle d'un "esprit dérangé et faible", "en totale rupture avec la société"? Face aux interrogations multiples, des appels aux réponses, mais aussi à la nuance, sont formulés.

Interrogations face à la "violence aveugle" après la "case prison"

© BELGA

"Les revoilà ces images, brouillées, de gens qui fuient, ces cris, ces appels à se protéger, à se planquer. (...) Les revoilà suggérés, ces mots dont on espérait être débarrassés - acte terroriste, radicalisation... (...)", déplore Béatrice Delvaux, qui signe l'édito du Soir.

"Viendra le temps des réponses à apporter aux questions qui se posent déjà suite à un geste à ce stade inexplicable", poursuit-elle. Ces réponses cibleront "le sujet très complexe de la radicalisation islamique en prison", prédit-elle. Les constats d'échec "s'appliquent-ils à ce criminel de longue durée qui, ce mardi, aurait d'abord réglé ses comptes personnels, avant de s'exhiber en ennemi des institutions? ", observe-t-elle toutefois.

"Pourquoi abattre un passant? Au nom d'un prétendu radicalisme - qui reste à déterminer - et qui délivrerait un permis de tuer? ", s'interroge aussi Philippe Martin, qui signe l'édito des titres L'Avenir. "Même s'il apparaît que Benjamin Herman était fiché, depuis l'an dernier, par la Sûreté de l'État et que cette radicalisation peut résulter de ses divers séjours en prison, le parcours de l'intéressé ressemble davantage à la cavale sanglante d'un criminel de droit commun, en totale rupture avec la société, qu'à une forme quelconque de terrorisme islamique."

La radicalisation en prison est néanmoins "le talon d'Achille de notre sécurité", assène Dorian de Meeûs dans La Libre Belgique. "Régulièrement considéré comme un risque, le phénomène est pourtant une réalité incontestable. La première des menaces serait d'en sous­-estimer l'enjeu." Il appelle à "revoir la lutte contre le radicalisme en prison pour que les établissements pénitentiaires belges ne soient plus des nids à djihadistes".

Christian Carpentier, éditorialiste en chef aux éditions Sudpresse, dresse aussi le constat d'"un Belge assez jeune, passé de la délinquance à la radicalisation lors de son séjour en prison (...) l'enceinte censée le punir, mais aussi le rendre meilleur". En dépit d'un "solide casier judiciaire" et d'être "connu de la Sûreté de l'État", l'individu a bénéficié d'autorisations de quitter la prison. Dès lors, "comment se fait-il que le risque qu'un individu pareil représentait pour la société n'ait pas été évalué correctement par ceux dont c'est le métier? ", critique M. Carpentier.

"La Belgique, depuis vingt ans et l'affaire Dutroux, n'a toujours pas trouvé de réponse infaillible au suivi sérieux des dossiers judiciaires et particulièrement carcéraux", observe à cet égard Joan Condijts dans L'Echo.

"Peut-être se revendiquait-il d'un dieu? D'une vision radicale de l'islam? Peut-être s'est-il radicalisé en prison? ", formule l'éditorialiste au sujet de l'assaillant. "Toutes des questions qui surgissent déjà et qui vont peupler, à tort ou à raison, les conversations, les débats publics et les pages de nombreux médias. Des questions simples qui ont généré, génèrent et généreront des réponses qui se doivent d'être nuancées...", met-il en garde dans le quotidien économique.

"Les morts de Liège, comme bien d'autres tombés ces dernières années, méritent, sinon exigent que nos institutions travaillent sans relâche à contrer ces obscurantismes isolés ou organisés qui imprègnent notre société", exhorte-t-il en conclusion.

Enfin, Jean-Marc Ghéraille, dans La Dernière Heure, livre, comme d'autres, un hommage à "Lucile et Soraya". "Deux prénoms qui s'ajoutent malheureusement à la trop longue liste des policiers décédés en service". Il salue les "vrais héros du quotidien" reliés par un "fil rouge": "celui de l'humanité et le sens du dévouement".

Nos partenaires