Indignation générale suite aux aveux de Vangheluwe

15/04/11 à 08:28 - Mise à jour à 08:28

Source: Le Vif

Stefaan De Clerck stupéfait, Pieter De Crem stupéfait, Karin Lalieux "écoeurée", les députés flamands indignés, l'évêché de Bruges abasourdi,...l'interview donnée jeudi soir par l'ancien évêque de Bruges Roger Vangheluwe suscite de nombreuses réactions.

Indignation générale suite aux aveux de Vangheluwe

© Belga

"A un moment où la société tente de se redresser après les ravages qu'il a provoqués, son apparition dans les médias est particulièrement déplacée", juge le ministre qui parle de "gifle à ses victimes et à l'ensemble des victimes" mineures d'actes sexuels.

Selon Stefaan De Clerck, en réagissant de la sorte, l'ancien évêque "méconnaît totalement les travaux et les conclusions de la Commission parlementaire d'enquête auxquelles doivent répondre les autorités ecclésiastiques".

Le ministre appelle les autorités de l'Eglise à "adopter les mesures qui s'imposent pour mettre fin au comportement irresponsable l'ex-évêque, d'autant plus qu'il apparaît aujourd'hui que les sanctions provisoires prises à son égard par le Vatican n'ont pas pu susciter chez lui une prise de conscience de la portée dramatique des actes dont il s'est rendu coupable".

L'Eglise n'a pas réagi aux conclusions de la Commission spéciale sur les actes sexuels commis sur des mineurs dans le cadre d'une relation d'autorité. Elle n'a pas réagi non plus jeudi soir après la minimisation par l'ex-évêque Roger Vangheluwe des actes dont il s'est rendu coupable, ceux-ci ayant placé l'Eglise dans le collimateur après la mise au jour de nombreux témoignages mettant en cause des dignitaires de la religion catholique.

"L'Eglise doit intervenir"

Le ministre de la Défense Pieter De Crem (CD&V), lui-même catholique, a regardé "avec stupéfaction" l'interview de l'ancien évêque de Bruges. "Il y aura beaucoup de travail, aussi auprès de la base, pour rétablir la confiance", a-t-il déclaré dans De Ochtend, l'émission de Radio 1 (VRT).

Pieter De Crem a regardé l'interview "avec stupéfaction et douleur, d'abord pour les victimes". Il se joint à la réaction de son collègue de la Justice Stefaan De Clerck. "L'Eglise doit agir", a estimé Pieter De Crem.

Indignation des députés flamands

La plupart des députés flamands qui ont participé à la Commission parlementaire sur les abus sexuels commis dans une relation d'autorité se sont indignés des propos tenus par Roger Vangheluwe.

Les évêques de Belgique doivent donner un signal et prendre leurs distances avec M. Vangheluwe, estime Renaat Landuyt (sp.a) qui a dénoncé une minimisation des faits.

"Il doit être très douloureux pour les victimes de constater que rien n'a changé chez l'intéressé", a-t-il souligné.

Siegfried Bracke (N-VA) dit espérer que l'interview n'est pas "représentative de l'Eglise". Le député regrette que l'ancien évêque n'établisse pas un lien spécifique entre l'Eglise et les abus. "L'Eglise est quand même une institution qui, par excellence, est fondée sur des valeurs", a-t-il ajouté.

Le vice-président de la Commission, Stefaan Van Hecke (Groen! ), n'a pas mâché ses mots: "Dégoûtant", a-t-il lancé. Selon lui, le prêtre n'a pas paru affecté par ces faits: "Une gifle à la face des victimes".

La vice-présidente Carina Van Cauter (Open Vld) a quant à elle dénoncé "une absence totale de sentiment de culpabilité".

De son côté, le sénateur Rik Torfs (CD&V) a estimé que Roger Vangheluwe n'aurait pas dû s'exprimer et que "c'est un homme qui a un problème". "En parlant aussi superficiellement de ces affaires, il ne rend pas service à l'Eglise", a-t-il ajouté, tout en considérant que l'interview montre que l'ancien évêque n'a pas pris conscience de ses actes. "C'est particulièrement douloureux pour les victimes", a-t-il encore dit.

Ecoeurée, Karine Lalieux dénonce les silences de l'Eglise

L'interview de l'ancien évêque de Bruges est "la plus écoeurante que j'ai pu lire depuis longtemps", a réagi jeudi soir la députée Karine Lalieux (PS) qui a présidé la Commission spéciale sur les violences sexuelles commises sur des mineurs notamment par des gens d'Eglise. La députée dénonce l'absence de réaction de l'Eglise depuis le dépôt du rapport de la Commission.

La Commission spéciale de la Chambre a rendu ses conclusions depuis deux semaines et depuis lors l'Eglise se tait dans toutes les langues, a fait observer la députée. "La seule réaction que nous ayons à ce jour est celle de M. Vangheluwe, les septante pages de notre rapport démontrent que l'Eglise a voulu étouffer sa responsabilité, que faut-il en conclure si aujourd'hui elle ne condamne pas", s'interroge Mme Lalieux.

Dans ce type d'affaires, "il n'y a que la justice des hommes qui peut se prononcer, ce qui arrive démontre la nécessité de mettre en place au plus vite un tribunal arbitral", a souligné la présidente de la Commission spéciale.

"Aujourd'hui, M. Vangheluwe témoigne de ce qu'il n'a toujours pas compris qu'il est un criminel, et que les crimes sont du ressort du droit pénal. Il continue à relativiser, presqu'en riant. Il a le sentiment d'une totale impunité et la douleur doit être terrible pour l'ensemble des victimes. Les sanctions de l'Eglise ne sont que des pseudo-sanctions", a jugé Karine Lalieux, dénonçant la "protection" dont il a pu bénéficier de la part de la hiérarchie ecclésiastique.

L'évêché de Bruges se dit abasourdi

"Nous sommes totalement surpris, sans voix, abasourdi après avoir regardé l'interview de Monseigneur Vangheluwe", a réagi jeudi soir la porte-parole de l'évêché de Bruges, Doenja Van Belleghem, estimant qu'il n'est pas opportun de la part de Roger Vangheluwe de s'exprimer en public à ce sujet et que cela n'aide pas l'Eglise.

De son côté, la Conférence des évêques de Belgique n'a pas souhaité faire de commentaires jeudi soir. "Nous avons décidé de ne pas faire de commentaires. Nous devons d'abord laisser cela décanter", a déclaré son porte-parole.

Le théologien Jürgen Mettepenningen se dit "écoeuré"

Le théologien Jürgen Mettepenningen a réagi jeudi soir, lors de l'émission Terzake de la VRT, à l'interview. "Je suis écoeuré", a-t-il dit.

Selon le théologien, ancien porte-parole de Monseigneur Léonard, cette interview lasse apparaître Roger Vangheluwe comme quelqu'un qui ne prend pas conscience de ce qu'il a fait et minimise ses actes.

Jürgen Mettepenningen constate en outre que l'ancien évêque ne ressent pas la sanction qui lui a été infligée par le Vatican comme une sanction. Enfin, le théologien doute également des déclarations de Roger Vangheluwe quand il dit que l'argent qu'il a versé à sa victime ne visait pas à acheter son silence.

"Un mythomane"

Roger Vangheluwe est un "mythomane", a réagi l'avocat Walter Van Steenbrugge, qui assure, avec sa collègue Christine Mussche, la défense de 74 victimes d'abus sexuels de la part de prêtres. Selon l'avocat, qui intervenait dans le cadre de l'émission Terzake de la VRT, l'ancien évêque de Bruges passe "d'une déclaration scandaleuse à une autre".

L'avocat estime que dans son interview accordée à la chaîne VT4, Roger Vangheluwe "minimalise l'affaire" et "ne se rend clairement pas compte de ce qu'il a fait endurer à ses victimes".

L'avocat qualifie également de mensonge les déclarations de l'ancien évêque selon lesquelles il aurait donné "des millions de francs" à son neveu, abusé pendant 13 ans et dont Walter Van Steenbrugge est l'avocat.

L'avocat, qui dit par ailleurs mettre la dernière main à une citation officielle visant le pape, juge tout aussi fausses les déclarations de l'ancien évêque selon lesquelles il n'existe aucune plainte officielle contre lui.

De son côté, l'avocate Christine Mussche estime que l'interview est une énième offense au neveu de l'ancien évêque de Bruges. "Je crains les conséquences que cela va avoir pour lui", a-t-elle dit.

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