" Il y a en Belgique une conception idéalisée du fédéralisme "

20/04/15 à 11:05 - Mise à jour à 11:05

Source: Le Vif/l'express

Les confrontations PS-MR sont saines pour notre fédéralisme, estime Christian Behrendt, constitutionnaliste de l'ULg. Mais attention: il faut se respecter davantage et collaborer.

" Il y a en Belgique une conception idéalisée du fédéralisme "

© Belga

Le Vif/L'Express :Les incidents qui opposent les gouvernements du Premier ministre Charles Michel (MR) et du ministre-président wallon Paul Magnette (PS) risquent-ils de mettre à mal notre fédéralisme ?

Christian Behrendt : Il y a, en Belgique, une perception un peu idéalisée de ce que doit être l'Etat fédéral. On se dit qu'il doit être parfait, fonctionner sans aspérités entre les différentes entités. Toute divergence de vue est dès lors considérée comme un dysfonctionnement. Or, quand j'étudiais aux Etats-Unis, un professeur me disait que le fédéralisme était toujours un peu "messy ": désordonné, pas très esthétique. C'est parfois un peu le système D. Jusqu'à un certain degré, le fait qu'il y ait des tensions est inéluctable en raison de légitimités différentes entre entités, d'autant qu'il y a, chez nous, une équivalence des normes: un décret wallon vaut une loi fédérale. C'est particulièrement vif en ce début de législature entre l'Etat fédéral et les entités fédérées, mais cela a aussi été le cas par le passé entre entités fédérées. Nous avons, par exemple, attendu 42 ans avant de conclure un accord culturel entre les deux principales Communautés du pays. Depuis toujours, en Allemagne, les entités riches comme la Bavière ou le Bade-Wurtemberg critiquent la loi spéciale de financement parce qu'elle leur serait défavorable. Cela ne les empêche pas de fêter le succès de leur équipe nationale, ce n'est pas pour cela qu'elles réclament l'indépendance.

Chez nous, avec la sixième réforme de l'Etat, on a quand même ouvert une période de confrontations.

C'est un test de maturité de notre fédéralisme. L'essentiel, c'est que l'on reconnaisse l'autre entité dans son essence même. De la part du fédéral, la Région wallonne doit être reconnue comme seule maître de ses compétences, ce n'est pas une province du fédéral. De même, chaque ministre fédéral doit être reconnu dans son rôle.

Cela n'a pas toujours le cas ces derniers temps ?

Ne pouvant pas vérifier ce qui s'est réellement dit au sein du Comité de concertation (NDLR : entre gouvernement fédéral et gouvernements régionaux), je ne vais pas m'embarquer dans des considérations plus précises. Mais c'est un principe fondateur. On a tout intérêt à ce que ce comité, légalement prévu pour organiser le dialogue, fonctionne. Au sein de celui-ci doit régner un respect mutuel. De même, j'ai des difficultés à imaginer que tel ou tel ministre fédéral soit moins spontanément le bienvenu dans une ville parce qu'il vient de tel ou tel parti. Il faut avoir du respect pour la fonction, même si on a peut-être moins d'affinités avec celui qui l'incarne.

Charles Michel et Paul Magnette jouent-ils aux apprentis sorciers avec notre fédéralisme relooké, au sein duquel la répartition des compétences est parfois floue ?

Je n'utiliserais pas ce terme, mais je comprends que vous le fassiez. Les relations humaines jouent un rôle important au-delà des institutions. C'est un nouveau système et vous avez tout à fait raison de signaler qu'il y a, en outre, des compétences concurrentes. Je peux vous dire que le Premier ministre et le ministre-président devront se voir régulièrement et que nous avons tout intérêt à ce que cela se passe bien. Dans de très nombreux cas, il sera nécessaire de conclure des accords de coopération et chacun devra y mettre du sien. La sixième réforme de l'Etat génère aussi des modifications fondamentales puisqu'à titre d'exemple, le budget wallon est passé de 7,6 à 13,5 milliards. La Région doit désormais gérer 25,99% de l'IPP, ce qui est quand même autre chose que les 100 francs forfaitaires de la radio-télé redevance. Il faut préparer l'avenir. La Flandre et Bruxelles n'attendent pas, il faut aussi que l'on y réfléchisse au Sud. C'est un beau chantier.

L'intégralité de l'entretien dans Le Vif/L'Express de cette semaine. Avec le dossier "Michel-Magnette : pourquoi tant de haine ?"

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