Il faut stopper l'hystérie autour des combattants belges en Syrie

Source: Le Vif

Il est temps d'arrêter l'hystérie autour des jeunes Belges musulmans qui partent se battre en Syrie. Le sujet semble, de plus en plus, servir de paravent à des problèmes beaucoup plus sérieux sur lesquels le gouvernement n'a pas d'emprise.

Il faut stopper l'hystérie autour des combattants belges en Syrie

© Reuters

Qu'est-ce que vous venez faire en Turquie, Monsieur? Vous prélasser sur la plage ? Admirer les trésors culturels turcs et bien manger? Pouvez-vous le prouver ? N'avez-vous pas l'intention de continuer vers la Syrie afin de participer au Jihad pour lequel vous avez subi un lavage de cerveau en Belgique ? Votre but n'est-il pas d'y mourir en martyr ? Pouvons-nous fouiller vos bagages pour vérifier que vous avez assez de tenues de plages qui prouvent que votre voyage se termine effectivement sur nos plages et pas par une guerre contre Assad ? Pouvons-nous vous demander de vous déshabiller afin que nous puissions vous fouiller ? Voulez-vous me suivre, Monsieur...

Comment la ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet s'imagine-t-elle la procédure de contrôle renforcée pour les voyageurs belges qui vont en Turquie ? Va-t-on soumettre tous les Belges qui partent en vacances en Turquie à un interrogatoire ? La police et la douane doivent-elles contrôler les bagages dans tous les aéroports belges et turcs ? Doivent-elles, comme la police anversoise, établir une liste pour arrêter les djihadistes ?

La RTBF a diffusé un reportage sur deux garçons de 16 et 14 ans qui n'ont pas été retenus alors qu'ils se rendaient en Turquie. La ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet avait pourtant annoncé que la Belgique et la Turquie avaient conclu un accord pour les contrôles plus sévères vis-à-vis des combattants potentiels pour la Syrie.

Par souci de clarté, ces jeunes ne sont pas partis pour la Syrie. Ils se trouvaient sur un vol de Turkish Airlines de Bruxelles à Istanbul, une ville située à des milliers de kilomètres de la frontière syrienne. Ils ont fait un voyage entrepris quotidiennement par des milliers de personnes. Et parmi eux, beaucoup de jeunes... Mais maintenant, avec l'actualité récente, on se demande comment ces deux garçons ont pu entamer leur voyage... Risible?

Depuis des semaines, l'actualité politique est dominée par les jeunes musulmans belges qui partent en Syrie pour lutter contre le régime du président Assad. Dans un climat de surenchère politique rarement vu, les propositions spectaculaires pour empêcher ces jeunes de partir sont lancées les unes après les autres.

Le bourgmestre d'Anvers, Bart De Wever, a proposé des sanctions administratives communales, le bourgmestre de Vilvorde souhaite confisquer les papiers des jeunes radicalisés et la ministre de l'Intérieur a déposé une proposition de loi visant à interdire la participation à la guerre en Syrie.

Lorsque Joëlle Milquet s'est rendue au conseil des ministres avec 10 propositions spectaculaires pour retenir les candidats combattants, elle s'est vue rappeler à l'ordre, sur presque toute la ligne, par Elio Di Rupo et les autres ministres. Il n'y aura pas d'arrêté royal visant à interdire la participation aux combats en Syrie. Il n'y aura pas de mesures pour confisquer leurs papiers aux jeunes. Les autres huit propositions ont été renvoyées aux groupes de travail.

Milquet avait encore son accord avec la Turquie en guise de faux-fuyant. Après le reportage de la RTBF, il n'en reste pas grand-chose. Et heureusement! Ce n'est pas parce que quelques jeunes de notre pays sont radicalisés qu'il faut rejeter tout l'état de droit.
Il est temps de cesser l'hystérie autour des jeunes Belges musulmans qui partent combattre en Syrie. L'agitation politique suscitée par ce dossier semble, de plus en plus, servir de paravent à des problèmes beaucoup plus sérieux sur lesquels le gouvernement n'a pas d'emprise: le chômage croissant et la disparition d'une prospérité due à une économie qui va de plus en plus mal.

Donnez aux jeunes un pays où il fait bon vivre et travailler, et ils auront beaucoup moins envie de mettre leur vie en jeu dans une guerre lointaine.

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