Gérald Papy
Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Opinion

22/06/12 à 08:59 - Mise à jour à 08:59

Hollande ou les limites du pouvoir absolu

Grâce à leur victoire aux élections législatives de dimanche, les socialistes ont parachevé leur mainmise sur le pouvoir en France.

Elysée, Assemblée nationale et Sénat, présidence de 22 des 25 régions et d'une majorité de grandes villes... : cette responsabilité engage d'autant plus le gouvernement envers tous les Français que ceux-ci avaient livré, à l'issue du premier tour de la présidentielle, la photographie d'une France majoritairement à droite. Car, avec une majorité absolue socialiste à l'Assemblée, le pouvoir gagne en cohérence ce qu'il risque de perdre en tolérance. L'histoire contemporaine française fourmille de suffisamment d'exemples, à gauche et à droite, d'instrumentalisation du pouvoir à des fins partisanes ou personnelles pour qu'on n'omette pas de s'inquiéter des éventuelles dérives d'un pouvoir omnipotent. Même sous la République exemplaire promise par François Hollande, dont l'image a déjà été écornée, dans un registre il est vrai moins préjudiciable à l'Etat, par l'exposition publique d'une rivalité entre son ex et son actuelle compagnes.

L'ivresse de la concentration des pouvoirs fera-t-elle mentir la consigne de sobriété que le nouveau président a imposée à ses ministres ? Si tel était le cas, la réalité économique devrait vite dégriser les "parvenus" en puissance. Après les législatives, certains ont cru pouvoir faire le parallèle entre le Mitterrand de 1981 et le Hollande de 2012, l'enthousiasme en moins. C'est faire fi des changements qui ont été opérés dans l'exercice du pouvoir, à travers des délégations tant vers la "France d'en bas" avec la décentralisation que vers une Europe de plus en plus fédérale sur les dossiers économiques et internationaux. Doté des pleins pouvoirs, le président français n'en a pas pour autant les mains libres. La crise de la dette, métastase des débâcles financière et économique, lui rappelle crûment que l'avenir des Français se joue aussi à Bruxelles et à Berlin.

"La gauche peut-elle battre la crise ?", titrait cette semaine en Une le journal Libération avec un Hollande en Superman. Certainement pas en agissant en solo et en matamore. L'accent mis depuis le 6 mai par Paris sur un volet "croissance" à la politique d'austérité de l'Union européenne a, à tort ou à raison, soulevé des espoirs dans les pays les plus touchés par la crise. Mais, dans le même temps, on mesure bien les résistances qui, au sein des Etats les plus robustes, obèrent la moindre inclinaison du diktat de l'austérité, par nécessité ou par raideur idéologique. La marge de manoeuuvre s'en trouve considérablement réduite ; elle semble même substituer au clivage gauche-droite une fracture entre les nationalistes et les fédéralistes, entre les égoïstes et les solidaires.

En Europe, François Hollande a poussé le souci de "normalité" jusqu'à prétendre parler à tout le monde d'égal à égal. Cette stratégie a des vertus : elle peut faire émerger des convergences inusitées ou flatter les petits pays toujours méfiants face à la domination d'un directoire de grandes nations. Mais elle nie aussi une réalité incontournable. L'Allemagne est la première puissance économique du continent et son alliance avec la France a souvent été le moteur de l'édification européenne. Les tensions observées entre Paris et Berlin ces derniers jours, avant même l'ouverture d'un débat de fond sur les - nouvelles ? - orientations de la politique économique et budgétaire européenne, augurent mal de la cohésion pourtant indispensable. Dans le contexte actuel de crise, ne pas tout mettre en £uvre pour y remédier serait criminel.

GÉRALD PAPY

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