Herman De Croo : "De Wever a moins peur des élections que de gouverner"

05/11/10 à 10:50 - Mise à jour à 10:50

Source: Le Vif

Chef de groupe Open VLD à la Chambre et père du président des libéraux flamands, Herman De Croo voit lentement mais sûrement se profiler le retour anticipé aux urnes. Selon lui, la N-VA y verrait un meilleur plan que d'entrer au gouvernement.

Herman De Croo : "De Wever a moins peur des élections que de gouverner"

© Belga

Un 43e deuxième mardi d'octobre au compteur. Mais la 43e rentrée parlementaire a eu un goût de cendre, pour le député Open VLD Herman De Croo. Saisi par un sombre pressentiment, comme il en a rarement éprouvé au fil de sa longue carrière politique. Prenant la parole à la Chambre il y a trois semaines, en tant que chef de groupe Open VLD, le vieux briscard jamais avare de bons mots pour détendre l'atmosphère, n'était pas d'humeur rieuse. Il humait un vent mauvais sur la scène politique : "j'ai rarement vu climat aussi irréaliste, voire angoissant." L'homme en a pourtant vu d'autres, au rayon des crises politiques. Et ce n'est pas la première fois qu'une année parlementaire débute sans gouvernement fédéral, sans discours sur l'Etat de l'Union. Il y a trois ans de cela, en 2007, la paralysie guettait déjà le pouvoir. "Mais alors au moins les négociateurs discutaient du contenu, on sentait le début d'un programme, il était question de problèmes socio-économiques." Rien de tout cela aujourd'hui. A force de ne rien voir venir depuis quatre mois, Herman De Croo s'est mis à franchement douter des bonnes volontés: "je me demande si les personnes réunies autour de la table de négociations souhaitent réellement conclure un accord et si celles qui souhaitent un accord ont été invitées à participer aux négociations", lançait-il dans l'hémicycle.

Pas folichon, le constat. Trois semaines plus tard et un conciliateur royal nommé Johan Vande Lanotte (SP.A) entretemps mis en piste, le père du président de l'Open VLD, Alexander, ne voit guère de raison de réviser son jugement. "On en est toujours là. Je crois qu'on va vers des élections", confie Herman De Croo au Vif L'Express. "Je ne vois pas Bart De Wever, et donc la N-VA, aller au gouvernement fédéral. Ils ont davantage peur d'aller au pouvoir que des élections."

"La N-VA fait beaucoup d'ombre. Mais elle a aussi un peu peur de son ombre"

Pleins feux sur les nationalistes flamands, clé de l'impasse politique. Herman De Croo revient sur une tendance lourde qui le tracasse : "cette versatilité de la démocratie", qui profite pleinement au parti de Bart De Wever. "Il y a un an et quatre mois, la N-VA devenait le cinquième parti dans son biotope, le Parlement flamand, et le restera d'ailleurs jusqu'au prochain scrutin régional de 2014. Mais en 2010, ce même parti est aussi devenu la première formation politique au Parlement fédéral." Il y a de ces ascensions fulgurantes qui font perdre tous ses moyens. "J'ai parfois le sentiment d'une équipe de football qui remporte largement le championnat, qui monte en division d'honneur et qui alors ne veut plus jouer par peur de perdre un match." A fortiori quand la star incontestée et incontournable de l'équipe rechigne à mouiller franchement son maillot dans l'aventure. "C'est un très gros problème : Bart De Wever a capté à lui seul 94% des voix récoltées par la N-VA au Sénat. Un record ! Ce parti, c'est lui." Ce poids personnel colossal repose avant tout sur le zapping électoral très en vogue en Flandre. Bart De Wever n'est pas le première et ne sera pas le dernière de ces coqueluches un temps adulées par l'électorat flamand : "il y a eu Marc Verwilghen, Guy Verhofstadt, Steve Stevaert, Yves Leterme. Aujourd'hui Bart De Wever. Soit cinq phénomènes électoraux en quinze ans. Et jamais le même. Qui sera le prochain ?" s'interroge Herman De Croo. Ce ne sera donc plus forcément l'homme providentiel de la N-VA.

A vérifier lors d'un prochain scrutin, le baromètre le plus fiable qui soit de la "versatilité démocratique" ambiante. "Plus de 36% des électeurs flamands ont changé de parti, d'avis ou de conviction en un an à peine. Cette imprévisibilité mise en exergue pour le passé, peut aussi valoir pour l'avenir", observe Herman De Croo. Le député Open VLD ne croit pourtant pas que les caprices de l'électorat puissent déjà jouer un mauvais tour à Bart De Wever et à la N-VA en cas de retour anticipé aux urnes. "Sauf si le scrutin se déroulait sur fond de crise financière et d'attaques spéculatives sur nos finances publiques, ce que je n'exclus pas.

L'électeur flamand pourrait alors en faire grief à la N-VA." Ce serait là la seule hypothèque susceptible d'entraver dans l'immédiat la marche triomphale de Bart De Wever. Herman De Croo ne va pas jusqu'à souhaiter qu'elle se réalise.

PIERRE HAVAUX

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