Grève générale : " A tout moment, la rue peut aussi dire non "

26/01/12 à 10:03 - Mise à jour à 10:03

Source: Le Vif

Les organisations syndicales fourbissent leurs armes en vue de la grève générale de ce 30 janvier. Notamment les métallos. Si le programme du gouvernement ne peut être revu qu'à la marge, l'action devrait servir de coup de semonce avant le contrôle budgétaire de février, sans doute douloureux...

Grève générale : " A tout moment, la rue peut aussi dire non "

© Image Globe

" Austérité : ça sent le pavé. " Le calicot, posé au pied de la tribune, donne d'emblée le ton. Ils sont environ 200, délégués et militants wallons et bruxellois de la FGTB-Métal, à se retrouver à Namur, le 20 janvier dernier, pour déterminer le programme d'actions d'après la grève nationale du 30 janvier. Et revenir encore sur sa raison d'être.

" Je vous souhaite une bonne année, une bonne santé et surtout beaucoup de courage, lance Manuel Castro, président des métallos du Brabant. Car nous sommes désormais en guerre. " Dans la salle, les hommes - les femmes sont rares dans leurs rangs - écoutent, opinent du chef, échangent un commentaire avec leurs voisins. Sur l'écran géant, les calculs qui rappellent l'impact des mesures annoncées par le gouvernement sur les prépensionnés, les demandeurs d'emploi et les salariés, défilent. Des murmures s'élèvent. Et quand les métallos murmurent...
Ce n'est pas pour rien que ceux-ci ont la réputation d'être les fers de lance de mouvements sociaux. "Tout le monde nous regarde, rappelle l'orateur. Grâce à vous, on peut faire avancer le débat au niveau européen. Souvenez-vous des Grecs, rappelez-vous comme ils ont été isolés. Cela ne peut plus arriver. Mais pour remporter ce combat, il faut construire le rapport de force, donc informer les travailleurs et leur expliquer dans le détail ce qui les attend. Victoria o muerte !", termine Manuel Castro avant de regagner sa place sous les applaudissements.

Les lumières s'éteignent et laissent éclater la bande-son du groupe rock Eiffel. " A tout moment, la rue peut aussi dire non ", lance le chanteur, tandis que sur l'écran défilent des images de manifestations et des témoignages de syndicalistes et de travailleurs. Chacun le dit à sa manière, mais tous disent la même chose : " Assez ! " " Oui, il arrive que lors d'une manifestation, on casse l'une chose ou l'autre. Mais la crise, elle, casse des millions de vie ", rappelle un responsable de l'organisation dans ce film. " Les gens ne vous en veulent pas si vous échouez dans un combat, embraie un autre. Ils vous en veulent si vous n'avez pas tout tenté. " Passe à l'avant-plan une banderole : " Le fond de l'air est rouge. " On reconnait la devanture d'une banque, sauvée il y a quelques mois par l'intervention du gouvernement fédéral, des travailleurs en colère de Cockerill Sambre, des images des grandes grèves de l'hiver 1960. Durant les neuf minutes que dure la vidéo, le temps se suspend pour les délégués et militants métallos, prêts à la fois à battre des mains en mesure et à se lever à la minute pour remettre le monde à l'endroit. " Quand le peuple rêve, il aime disposer de lui-même ", crie la bande son.

Envie d'une autre vie
Retour au réel et aux lumières du Palais des Congrès. Nico Cué, leader des métallos de Bruxelles et de la Wallonie, s'avance vers le pupitre. Point de veste, encore moins de cravate, juste un pull garni d'un petit crocodile, vert, incongru en ce lieu. Il tapote le micro. " Vous m'entendez bien ? " Non, à vrai dire, tant les haut-parleurs crachotent, à intervalles irréguliers. Des "Non ! ", " Plus fort !" et autre "Dépose ton micro et parle comme ça ! " fusent, colorés d'accents qui disent de suite d'où viennent ceux qui les portent.

" La société qui se prépare sera d'une violence inouïe, commence Nico Cué. Nous, délégués syndicaux, avons envie d'une autre vie. Pas seulement pour nous, mais pour nos proches, et même pour ceux que nous n'aimons pas. Lors des dernières élections, nous avons voté pour la gauche, et nous nous retrouvons avec un programme de droite. Il est le Premier ministre de qui, Di Rupo ? Des marchés financiers ? Des agences de notation ? Son programme ne prévoit pas un balle pour l'emploi. On n'y trouve pas une ligne sur un projet de croissance ambitieux et précis. Mais qu'est-ce que les socialistes foutent dans ce gouvernement ? Camarades, il va falloir mener une bataille très dure parce que nous sommes dans une révolution néoconservatrice. On vit peut-être un moment historique. Ces trente dernières années, on s'est bien battus, mais on a perdu des points face au grand capital. Si nous ne montons pas aujourd'hui au combat, comment sera le monde dans quinze ans ? "

Une sonnerie de GSM se fait entendre sur l'air de Dalida "Parle plus bas car on pourrait bien nous entendre". Difficile de ne pas sourire. A la tribune, Nico Cué rappelle que le nombre de millionnaires en Belgique ne cesse d'augmenter, évoque le salaire des patrons, parle de ses craintes pour l'indexation automatique des salaires. Et des menaces qui pèsent, affirme-t-il, sur les organisations syndicales, dans tous les pays d'Europe. "Nous serons la prochaine cible, camarades."

Puis il se fait concret. Il y a la grève du 30 janvier, certes. Mais si rien ne bouge, il faudra beaucoup plus qu'une grève nationale pour faire trembler les lignes. "Nous proposerons 48 heures de grève en avril et, s'il le faut, 72 heures en juin. Camarades, faites des économies !" lance-t-il. En février, lors du prochain contrôle budgétaire, de nouvelles mesures d'austérité sont à craindre. Il s'agit, pour les syndicats, de faire comprendre au gouvernement que ce n'est pas du côté des salariés et des demandeurs d'emploi qu'il faudra alors venir piocher pour combler le trou des finances publiques. Ces actions sont donc aussi des coups de semonce. "On ne laissera pas passer ça, prévient Nico Cué. Nous nous battrons, pour notre dignité et celle de tous."

Au milieu des applaudissements, l'Internationale éclate. "Nous ne sommes rien, soyons tout", chantent les métallurgistes. A la sortie de la salle, des casques sont distribués à chacun d'eux. "Un casque de chantier pour construire une société meilleure, leur dit-on. Prenez-les, vous en aurez besoin dans les semaines qui viennent."

Dans le hall, les métallurgistes se tapent sur l'épaule et s'embrassent. "Le ton est dur mais c'est bien le message de la base, qui est très remontée, commente Jean-Marc Schollaert, délégué brabançon. Les travailleurs ne veulent pas aller manifester à Bruxelles entre la gare du Midi et la gare du Nord. Ils veulent bloquer tout le pays." "On va déjà assurer le 30 et puis on verra, embraie Vincent Esposito, délégué de la région liégeoise. S'il faut aller plus loin, on le fera. De toute façon, on n'a plus rien à perdre. Les gens sont motivés pour se battre. D'accord pour que chacun mette la main à la pâte, en temps de crise. Mais allons chercher l'argent là où il est !" Les délégués remontent le col de leur veste. Au dehors, il pleuvine sur la place... d'Armes.

Laurence van Ruymbeke

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