Gérald Papy
Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Opinion

15/11/12 à 12:05 - Mise à jour à 12:05

Gaza-Israël : l'engrenage d'une nouvelle guerre

Elections israéliennes en janvier, demande d'adhésion de la Palestine à l'Onu fin novembre : les violences entre Palestiniens et Israéliens ne peuvent se comprendre qu'à l'aune d'enjeux internes chez les deux belligérants.

Gaza-Israël : l'engrenage d'une nouvelle guerre

© Reuters

Après l'élimination mercredi dans un bombardement israélien à Gaza d'un chef de la branche militaire du Hamas Ahmad Jaabari, les Palestiniens ont répliqué jeudi matin par des tirs de roquettes qui ont tué trois civils israéliens dans la localité de Kyriat Malachi. Israéliens et Palestiniens de Gaza ont ravivé un tel cycle d'attaques et de représailles que l'on ne voit pas ce qui pourrait éviter une nouvelle forme de guerre, sans nécessairement atteindre l'ampleur de la dernière en date, l'Opération "Plomb durci", en 2008-2009, qui avait fait plus de 1000 morts, essentiellement des civils palestiniens.

Après la poussée de fièvre du week-end (attaque d'un véhicule militaire israélien par un groupe palestinien, faisant quatre blessés, bombardements israéliens en représailles, tuant six palestiniens, tirs de roquettes palestiniennes sur le sud d'Israël en représailles aux représailles), un arrêt des combats semblait pourtant se dessiner mercredi matin grâce à une médiation égyptienne. C'est pourtant le moment qu'a choisi le Shabak, le service de renseignement intérieur d'Israël, pour éliminer le chef des Brigades Ezzeddine al Qassam, la branche militaire du mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir dans la Bande de Gaza depuis 2005. Ahmad Jaabari, 52 ans, a été tué dans son véhicule par un missile qui a aussi coûté la vie à quatre officiers supérieurs de l'appareil militaire islamiste. Parallèlement, des bombardements ont visé la police et les forces de sécurité palestiniennes. Des dirigeants du Hamas ont annoncé qu'avec l'assassinat d'Ahmad Jaabari, Israël avait "ouvert les portes de l'enfer".

Dès mercredi soir, le président américain Barack Obama a appelé les deux parties à une "désescalade" de la violence tout en justifiant le droit d'Israël à se défendre devant "les tirs nourris de roquettes tirées de Gaza contre des civils israéliens". Après l'attaque anti-israélienne de jeudi matin, la question est plutôt de savoir de quelle nature sera la réplique israélienne : poursuite des bombardements "ciblés" ou opération terrestre potentiellement autrement plus dévastatrice ?

A dix semaines des élections législatives de janvier, le Premier ministre Benjamin Netanyahou ne peut pas se permettre d'apparaître faible ou affaibli par la confrontation en cours. Les événements de ces derniers jours rappellent immanquablement la période qui avait précédé les élections générales de 1996. Le 5 janvier de cette année-là, Yahia Ayache, l'artificier de la même branche militaire du Hamas était tué par l'explosion d'une mini-bombe placée dans son téléphone portable. Une vague d'attentats meurtriers s'en suivait en Israël. Et le Premier ministre sortant, Shimon Pérès, qui avait succédé à Itzhak Rabin assassiné quelque mois plus tôt, perdait à la surprise générale le scrutin du 29 mai au bénéfice d'un certain... Benjamin Netanyahou.
Aujourd'hui, le Premier ministre du Likoud prend beaucoup moins de risques en se lançant dans une confrontation ouverte avec le Hamas. Une réponse forte a le soutien d'une majorité d'Israéliens. Le mouvement islamiste palestinien n'a peut-être plus la capacité de mener en Israël une campagne d'attentats comme celle de 1996. L'opposition israélienne au gouvernement droite - extrême droite est morcelée, etc... Alors qu'elle le sert plutôt qu'elle le pénalise, on ne voit donc pas ce qui retiendrait Benjamin Netanyahou de s'engager dans une vaste opération contre le Hamas à Gaza. Le pari n'est cependant pas sans risque sur un plan international. Réélu, Barack Obama peut se considérer plus libre, à un moment donné qui ne se profile pas encore, d'accroître la pression sur le gouvernement israélien. C'est un nouveau pouvoir, islamiste, qui préside aux destinées de l'Egypte et sa disposition à jouer un rôle de médiateur peut s'émousser. Enfin, toute réponse israélienne disproportionnée face au Hamas ne fera que conforter le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans son intention de soumettre l'adhésion de la Palestine à l'ONU avec le statut d' "Etat observateur non-membre", devant l'Assemblée générale le 29 novembre. Un geste qu'Israël juge déjà comme "une déclaration de guerre". Du reste, cette initiative rappelle les dissensions entre acteurs palestiniens, Hamas et Fatah au pouvoir en Cisjordanie, et renvoie peut-être aussi à l'origine de la nouvelle crise à Gaza : quel intérêt avait un groupe d'extrémistes palestiniens de Gaza à rallumer la mèche de la confrontation avec Israël ?

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