Philippe Maystadt
Philippe Maystadt
Ex-président de la BEI
Opinion

26/04/14 à 12:53 - Mise à jour à 12:53

Futuroscope : on vote ce 25 mai 2064

Ce 25 mai 2064, les Bruxellois vont voter. Ils sont appelés à approuver par référendum la séparation de la Wallonie et la proclamation de la République islamique de Bruxelles. Les sondages prévoient un "oui" massif.

Futuroscope : on vote ce 25 mai 2064

© Belga

Il y a longtemps déjà que la Flandre, après la Catalogne et l'Ecosse, a proclamé son indépendance. Son territoire s'est quelque peu réduit, suite au réchauffement climatique et à la montée des eaux. Elle peine à assumer les conséquences du vieillissement de sa population d'autant plus que le gouvernement N-VA-VB a décrété pendant de nombreuses années l'arrêt total de l'immigration et a poussé les musulmans à se réfugier à Bruxelles. Quant à la Wallonie, elle a mieux réussi le "vouloir vivre ensemble" mais, malgré plusieurs plans Marshall, elle connaît toujours un chômage élevé car elle n'est pas parvenue à former suffisamment de travailleurs qualifiés.

En fait, c'est il y a une cinquantaine d'années que les choses ont commencé à prendre mauvaise tournure. Aux élections de mai 2014, la N-VA est devenue incontournable en Flandre et, pour pouvoir former un gouvernement, les francophones ont dû accepter la régionalisation complète de l'assurance-chômage et de l'assurance maladie-invalidité. Il faut dire qu'ils avaient mis le doigt dans l'engrenage lors de la réforme précédente en acceptant que l'on touche aux allocations familiales. A ces mêmes élections, on votait aussi pour le Parlement européen et on a assisté dans plusieurs pays à une forte poussée des populismes identitaires. Néanmoins, les chefs d'Etat et de gouvernement, plutôt que de choisir le candidat proposé par le parti qui pèse le plus lourd, ont préféré recourir au compromis habituel et sortir de leur chapeau une personnalité moins forte qui ne risque pas de leur faire de l'ombre. Le Parlement européen a bien protesté mais, finalement, il a dû s'incliner. Dès lors, la Commission, trop nombreuse et sans véritable leadership, a continué à s'affaiblir et à se perdre dans une multitude de petites initiatives. Elle n'a joué son rôle d'impulsion ni dans le domaine de la transition énergétique, ni dans celui de l'innovation. L'industrie européenne, pénalisée par des coûts trop élevés et trop peu innovante, a vu ses parts de marché se réduire d'année en année. Même l'Allemagne a fini par souffrir d'un manque d'investissement en R&D et d'une énergie trop chère. Aujourd'hui, plus aucun Etat européen ne figure dans le G-7.

La forte diminution de la valeur ajoutée générée par l'industrie a entraîné des difficultés de financement pour le reste de la société et y a créé des tensions de plus en plus fortes. Les régions encore riches ont cru qu'elles s'en sortiraient mieux en se délestant du boulet des régions pauvres. Ce fut le triomphe du "chacun pour soi", avec les conséquences dramatiques que l'on connaît aujourd'hui. Les populations des pays "pauvres" sont encore plus pauvres et celles des nouveaux Etats "riches" découvrent que leurs problèmes ne viennent pas seulement des autres.

L'aîné de mes petits-enfants, qui vient d'avoir 65 ans, essaie de se tenir au courant des derniers développements technologiques pour conserver son emploi car il sait que l'Etat wallon n'est plus en mesure de lui assurer une pension décente. Heureusement, il est en bonne santé car, désormais, l'assurance-maladie ne rembourse plus qu'une partie réduite des frais médicaux.

Eveillons-nous ! Ceci est un (mauvais) rêve et la réalité sera, espérons-le, différente. Mais il faut savoir que cela se joue maintenant.

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par Philippe Maystadt Président de la Fondation "Ceci n'est pas une crise"

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