Fusillade au musée juif: des éléments "probants" contre le suspect français

01/06/14 à 09:28 - Mise à jour à 09:28

Source: Le Vif

L'homme soupçonné d'être le tueur du Musée juif de Bruxelles est resté muet depuis le début de sa garde à vue, en France. Les expertises scientifiques entamées sur ses armes et sa caméra ont toutefois commencé à fournir des éléments "probants", a-t-on appris dimanche de source proche de l'enquête.

Fusillade au musée juif: des éléments "probants" contre le suspect français

© AFP

"La police technique et scientifique de la police judiciaire commence à obtenir des résultats, même s'ils ne seront officiels qu'en début de semaine", a affirmé cette source à l'AFP. "Les premiers résultats sur les armes ainsi que les premières exploitations du matériel informatique et des images vidéo en sa possession semblent donner des résultats très probants", a-t-elle expliqué.

Une autre source proche de l'enquête a toutefois précisé qu'il était trop tôt pour savoir si le fusil d'assaut Kalachnikov et le revolver retrouvés en possession de Mehdi Nemmouche, un Français de 29 ans, lors de son arrestation vendredi à Marseille sont bien ceux utilisés pour tuer trois personnes le 24 mai dernier au Musée juif de Bruxelles.

De nombreux objets trouvés sur le suspect correspondent à ceux utilisés lors de l'attaque

L'homme interpellé vendredi après-midi à Marseille était fort connu en France pour des faits de grand banditisme. Il se serait radicalisé ces dernières années au contact de camps djihadistes en Syrie, Le suspect, né en 1985, était inconnu des services de sécurité belges.

L'homme avait pris le bus à Bruxelles dans la journée de jeudi avec un revolver dans sa veste, et un sac contenant une kalachnikov et une quantité impressionnante de munitions de gros calibre. L'arme d'assaut était emballée dans un "drap" portant des inscriptions se référant à l'État islamique d'Irak et du Levant. Quant aux munitions, il s'agissait d'un chargeur pour kalachnikov contenant 30 balles, outre 261 balles pour la même arme et 57 cartouches pour le revolver. Le sac contenait encore une cagoule, des gants noirs et une casquette de baseball. Une caméra a également été retrouvée, autant d'objets pouvant correspondre à ceux utilisés lors de l'attaque de samedi dernier à Bruxelles, a indiqué le parquet fédéral dimanche au cours d'une conférence de presse.

D'après les autorités françaises, un enregistrement a été découvert, reprenant des images d'armes et de vêtements et sur lequel un homme déclare filmer ces objets car sa caméra n'a pas fonctionné au moment de l'attaque contre les Juifs à Bruxelles, attaque qui est donc revendiquée. Il n'est cependant pas encore établi clairement si la voix sur l'enregistrement est bien celle du suspect interpellé, a précisé le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw. Le suspect n'a fait aucune déclaration depuis son interpellation.

De nationalité française et condamné à deux reprises dans l'Hexagone en 2008 et en 2009 pour vol aggravé, M. N. aurait séjourné dans la région de Courtrai où une perquisition a été menée dimanche. Deux personnes ont été entendues dans ce cadre. Un mandat d'arrêt européen a été émis à l'encontre du suspect par les juges d'instruction belges.

"Les nouveaux éléments de ce dossier ne font que mettre l'accent sur la problématique des 'returnees', à savoir les gens qui se rendent en Syrie pour combattre et reviennent ensuite chez nous. Tous nos pays européens sont actuellement confrontés à ce problème", a encore déclaré M. Van Leeuw qui précise que la problématique monopolise aujourd'hui la quasi-totalité de la section anti-terroriste du parquet fédéral.

Le procureur s'est félicité de la collaboration entre les services de police des deux pays. Des agents de la section anti-terroriste de la police judiciaire fédérale de Bruxelles se sont rendus à Paris pour assister les policiers français. De nombreux devoirs d'enquête se déroulent en Belgique et en France.

Le procureur a encore ajouté que l'Ocam (Organe de coordination de l'analyse de la menace) maintenait un niveau d'alerte maximal (4) pour les lieux en Belgique où se rassemblent des personnes de la communauté juive, une décision prise dans la foulée de l'attaque du 24 mai au Musée Juif de Belgique.

Turtelboom loue l'action des services de police et de sécurité

La ministre de la Justice Annemie Turtelboom a remercié et félicité dimanche l'ensemble des services de police et de sécurité pour leur action. "Une semaine après les événements dramatiques, nous pouvons probablement parler d'une importante percée dans l'enquête devant mener au coupable de la fusillade au Musée juif à Bruxelles", a indiqué la ministre sortante dans un communiqué.

Mme Turtelboom a évoqué dimanche le travail d'enquête intensif accompli depuis une semaine par une centaine d'agents de police en collaboration avec l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM) et la Sûreté de l'Etat. Les services policiers étrangers ont également été impliqués avec le résultat que l'on connaît.

Annemie Turtelboom a par ailleurs annoncé que la problématique des combattants syriens serait à nouveau abordée jeudi lors du conseil des ministres européens de l'Intérieur et de la Justice.

Milquet: La lutte contre le radicalisme, une priorité politique et budgétaire

La lutte contre le radicalisme et le terrorisme doit devenir une priorité politique et budgétaire, tant au niveau national qu'européen, a indiqué dimanche dans un communiqué la ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet à la suite de l'interpellation d'un suspect dans le cadre de l'enquête sur la fusillade au Musée Juif à Bruxelles.

La ministre espère que la prévention du radicalisme deviendra une des priorités de tous les niveaux de pouvoir, car toutes les compétences sont concernées (jeunesse, enseignement, communes...). Mme Milquet se montre satisfaite de l'arrestation du suspect "dans le cadre des contrôles renforcés décidés justement par les ministres de l'Intérieur des deux pays dans le cadre du renforcement des mesures de contrôle ciblées en matière de lutte contre la criminalité et le terrorisme". Elle a également énuméré les différentes mesures prises récemment pour traiter la problématique des jeunes Belges et non Belges résidant en Belgique partant et rentrant de Syrie ("Returnees"), notamment l'entrée en fonction en 2014 de 80 policiers supplémentaires au sein de la cellule terrorisme de la police judiciaire fédérale de Bruxelles, la mise en place de la Task Force "Syrie" comprenant tous les services de sécurité et la plate-forme des "Returnees".

"Cette plate-forme vise à screener, sur la base de toutes les informations disponibles, toutes personnes belges ou non, résidant en Belgique et revenant de Syrie. Pour chaque profil, selon les éléments du dossier, une répartition entre services est faite et il y a soit une arrestation, soit un suivi judiciaire, soit, si il n'y a pas de dossier judiciaire ouvert, un suivi soit par un service de renseignements soit par la police locale." La ministre a encore rappelé le lancement, en collaboration avec ses vis-à-vis français, Manuel Valls, et maintenant Bernard Cazeneuve qu'elle a rencontré dimanche soir à Paris, d'un groupe des ministres de l'Intérieur européens touchés par le même phénomène. La prochaine réunion de ce groupe est prévue jeudi en marge du Conseil Justice et Affaires intérieures à Luxembourg.

La famille du suspect "très choquée"

La famille du suspect arrêté à Marseille s'est dite dimanche "très choquée", après avoir appris la nouvelle "par la télévision". "On est très choqués. On n'est pas bien et on ne s'y attendait pas", a déclaré à la presse une tante de Mehdi Nemmouche, devant la maison d'un quartier résidentiel de Tourcoing (Nord), où l'homme de 29 ans a vécu quelque temps.

Elle décrit son neveu, placé dans un foyer d'accueil peu après sa naissance avant d'être hébergé par sa grand-mère à l'âge de 17 ans, comme "quelqu'un de gentil, d'intelligent, scolarisé, qui avait fait une année d'université", mais aussi "très discret" et qui "ne se confiait pas facilement".

La famille n'a "plus eu de contact avec lui" à partir du milieu des années 2000, alors qu'il était en détention. "Apparemment, il était dans une prison dans le sud. Nous, on ne savait plus rien. Il ne voulait pas donner de ses nouvelles, il ne voulait pas nous causer de problèmes", a expliqué un autre membre de sa famille.

A sa sortie de prison, fin 2012, la famille a "eu la surprise de le revoir. Il est venu faire un petit bonjour, pour nous rassurer, puis on ne l'a plus jamais revu", a témoigné sa tante. "Il ne fréquentait pas la mosquée, il ne parlait pas de religion (...). C'est forcément en prison" qu'il a pu se radicaliser.

Le jeune homme était tombé à l'adolescence "dans la petite délinquance", mais son arrestation dans le cadre de l'enquête sur la tuerie du Musée juif de Bruxelles, un "acte horrible, odieux", constitue "un fossé", a estimé l'un des membres de sa famille.

Mehdi Nemmouche avait déjà été condamné par la justice, notamment dans une affaire de braquage, a déclaré dimanche son avocate Me Soulifa Badaoui.

Soupçonné d'avoir été en Syrie auprès de jihadistes

Mehdi Nemmouche, est soupçonné, selon une source proche de l'enquête, d'avoir été en Syrie en 2013 auprès de jihadistes. Il était fiché pour ces raisons par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), a dit cette source.

Remis dès vendredi aux agents de la DGSI, il a été placé en garde à vue notamment pour assassinat et tentative d'assassinat en lien avec une entreprise terroriste, a précisé une source judiciaire. Sa garde à vue, qui a débuté vendredi à la mi-journée, peut durer 96 heures, c'est-à-dire jusqu'à mardi, voire 144 heures, jusqu'à jeudi, si les enquêteurs devaient invoquer une menace terroriste imminente. Au cours des 24 premières heures, le suspect
a gardé le silence.

Mêmes armes, même casquette

Le suspect a été arrêté à la gare routière Saint-Charles à Marseille par les douaniers, alors qu'il se trouvait dans un autocar en provenance d'Amsterdam via Bruxelles.

Selon des sources proches de l'enquête, il était en possession dans ses bagages d'un fusil d'assaut Kalachnikov et d'un revolver avec des munitions. "Des armes du type de celles utilisées le 24 mai à Bruxelles", a expliqué une de ces sources.

Il avait aussi une caméra portative de type GoPro. Parmi ses vêtements, il y avait une casquette semblable à celle que portait le tireur du Musée juif d'après les images de vidéosurveillance diffusées par la police belge.

Arrêté "dès qu'il a mis le premier pied en France"

Le président français François Hollande a affirmé dimanche que le suspect de la fusillade au Musée juif de Bruxelles avait été arrêté "dès qu'il a mis le premier pied en France", soulignant l'efficacité des forces de l'ordre. "Nous les combattrons, nous les combattrons, nous les combattrons", a-t-il dit au sujet des jihadistes qui rentrent en Europe après avoir combattu en Syrie.

"Tout le gouvernement est mobilisé pour suivre les jihadistes et éviter qu'ils puissent nuire", "notamment lorsqu'ils reviennent en France ou en Europe", a-t-il affirmé, "c'est une lutte de tous les instants". Selon François Hollande, "c'est le sens" du plan d'action gouvernemental présenté en avril pour lutter contre ces filières jihadistes, qui va "être amplifié dans les prochains mois".

La justice belge demande l'extradition

Un mandat d'arrêt européen a été émis par la justice belge en vue de l'extradition de Mehdi Nemmouche. Le délai d'exécution de l'extradition de l'intéressé n'est pas encore connu, a indiqué dimanche Eric Van der Sypt, porte-parole du parquet fédéral.

Le parquet fédéral livrera davantage d'informations sur les progrès réalisés dans le cadre de l'enquête, dimanche après-midi à 15 heures.

La tuerie du Musée juif de Bruxelles a fait trois morts, un couple d'Israéliens et une bénévole française, ainsi qu'un blessé grave, un employé belge, abattus en plein samedi après-midi par un tueur. La justice belge a retenu dès lundi la piste terroriste.

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