Ettore Rizza
Ettore Rizza
Journaliste au Vif/L'Express
Opinion

05/06/12 à 11:55 - Mise à jour à 11:54

François Hollande, président mème

Aussi carrée qu'un cliché d'Instagram et détournée à des centaines de reprises avant même sa diffusion officielle : avec François Hollande, l'art souvent très formaté de la photo présidentielle vient d'entrer à pieds joints dans l'ère du Web 2.0.

François Hollande, président mème

© Twitter / ‏@GrandjeanMartin

Hollande et le bonhomme nu de la Redoute, ou Hollande à la place du bonhomme nu, Hollande en Monsieur Trololo, star russe du Net décédée le même jour, Hollande et le "chatcopter" néerlandais, Hollande et le dépeceur canadien Luka Rocco Magnotta... Hier, l'imagination des internautes a crépité au moment de revisiter la photo présidentielle qui ornera les 36 000 mairies de France. Il est rare d'observer en direct la naissance d'un mème internet.

Un mème ? C'est le terme pompeux qui désigne ces blagues de potache soudain multipliées à l'infini dans la communauté Web. Le président précédent Nicolas Sarkozy en avait déjà fait les frais, mais lui, c'était pour son affiche de campagne électorale, "la France forte". Au terme de son mandat donc.

François Hollande, le "président normal", entame donc son quinquennat de la façon la plus normale qui soit sur la toile, celle de la dérision. Mais peut-être faudrait-il parler d'affection ? Contrairement aux parodies de l'affiche sarkozienne, la photo de Raymond Depardon semble bénéficier d'une large clémence. Comme si la pose commune de cet homme presque anodin dans des jardins certes extraordinaires avait su désamorcer la hargne des détourneurs. Avec comme résultat ce florilège de pastiches drôles, lourds ou incompréhensibles, mais qui témoignent tous d'une forme d'appropriation de la figure présidentielle.

Plutôt que de s'en offusquer, à la manière du PS bruxellois devant un récent détournement du film La Chute qui mettait en scène Philippe Moureaux sous la moustache de Hitler, le nouveau président français serait bien inspiré de prendre ce florilège de parodies gentillettes pour ce qu'il est : le témoignage d'un état de grâce 2.0.

E.R.

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